Sud berges.

Publié le 6 Décembre 2013

Sud berges.

Malgré que nous soyons rentrés de notre semaine de vacances dans le Hunan depuis quelques temps déjà (*), nous n'avons pas encore récupéré Angelo et Louis, qui sont toujours chez mes beaux-parents. La justification fastoche, c'est qu'ils apprécient la campagne, et nous le confirment à grands renforts de gloussements téléphoniques à chaque fois qu'on leur passe un coup de fil. Même si c'est vrai, ce n'est pas pour autant la vraie raison. Si on ne les a pas récupéré, c'est surtout parce que ça fait un bien fou quand les mômes nous foutent une paix royale. Et le meilleur moyen qu'on ait trouvé jusqu'ici pour qu'ils nous foutent une paix royale, c'est qu'ils soient loin. Moi, j'ai repris le travail sereinement, et je peux m'en extraire le soir, ne subissant plus le raffut enfantin des deux garçons. Pour Caili, c'est encore mieux : en dehors de deux trois coups d'aspirateur par ci par là vite fait bien fait, les vacances continuent.

Comme nous sommes libres, nous sortons même de temps en temps le soir, petit plaisir mondain que nous avions relégué à un inaccessible luxe. Ce qui est super aussi, c'est qu'on n'a plus besoin de planifier quoi que ce soit... Alors que quand les enfants sont là, c'est toute une gestion. Et puis quand j'ai un déplacement professionnel pas trop loin et pas trop coûteux -c'est un business, il faut compter un peu-, j'emmène Caili avec moi. Ces circonstances professionnelles et événementielles la ravissent tant qu'elle s'habille comme si nous étions invités à un mariage.

Ainsi la semaine dernière nous sommes allés à Huzhou, dans la province adjacente du Zhejiang, à un peu plus d'une heure de route. Je devais y rencontrer le patron d'une usine de crayons pour y discuter de nos problèmes de communication. C'est autant ironique qu'absurde, comme prétention, « discuter de nos problèmes de communication » : à relire cette proposition, la contradiction est par essence vouée à l'échec. J'aurai du plutôt écrire « Je devais y rencontrer le patron d'une usine de crayons pour y entamer un dialogue de sourds ». Enfin bon.

L'usine est plutôt pas trop mal organisée, même si, quand on a l'habitude, on se rend compte que les traçages d'emplacements au sol dans certains ateliers sont exclusivement décoratifs, et que malgré les dispositions prises pour que la production évolue dans un ordre précis d'une étape à une autre, il n'est pas rare de voir passer des produits en sens inverse. C'est de l'ISO à la chinoise : les procédures existent, elles ont bien été mises en place, mais on les suit au gré de l'humeur. C'est toujours amusant de voir à quel point, en Chine, la règle n'existe que pour être transgressée : au final, elle ne rime plus à rien. Mais elle est là : c'est un refuge qu'on ne respecte pas. Pour autant l'essentiel est abouti : on a un certificat ISO à secouer devant les clients, comme un torchon rouge face au taureau.

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Ça me rappelle la triste expérience de garderie que nous avions eu il y a un an et demi avec Angelo ; expérience fort brève s'il en est, puisqu'il n'y était pas resté plus de deux semaines. L'endroit était très bien, et l'équipe d'éducateurs était très concernée par les marmots. La plupart d'entre eux, en plus d'une jeunesse énergique, donnait le sentiment de travailler par passion. En plus cette garderie était à deux pas de chez nous, ce qui était aussi pratique que rassurant. Le seul bémol, c'est que ce n'était pas donné. De mémoire il y en avait pour à peu près mille cinq cent euros par an et par enfant. Et c'était juste une garderie pré-maternelle : on y apprenait des comptines, et pas à compter. Même si ce n'était pas un établissement du tiers-monde, ce n'était pas non plus une garderie cinq étoiles pour enfants d'expatrié : c'était une garderie 100 % chinoise, où Angelo était le seul métis. D'ailleurs, avec sa petite spécificité, il emballait toutes les gonzesses. Et je ne dis pas ça parce que c'est mon fils : on a des preuves.

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Tout ça pour dire que l'expérience s'est très mal conclue : Angelo a attrapé une vilaine crève qui s'est rapidement transformée en pneumonie, et son état s'est avéré tel que nous avons du l'hospitaliser pendant sept jours. Louis venait de naître, et comme les deux frangins partagent tout, il s'est retrouvé tout contaminé de la pneumonie de l'aîné. Louis a du à son tour passer dix jours à l'hosto... Alors qu'il en avait à peine quarante. Le propriétaire de la garderie a eu peur que nous portions plainte, car il était bien précisé dans les règles de l'établissement que l'accès était interdit à tout enfant malade ou qui semblait malade, pour éviter la contagion. Or le staff s'en fichait. C'était à la chinoise, sans calcul du risque, à la ça-ira-bien-comme-ça.. Pourtant, la maman d'un des camarades d'Angelo avait bien dit à l'éducatrice « mon fils se remet à peine d'une pneumonie ». Mais ça n'a pas empêché d'accepter le gamin, tout toussotant qu'il était encore. Deux jours après, Angelo tombait malade.

En plus, en Chine, les médecins ont une démarche très progressive vis-à-vis des traitements, particulièrement quand il s'agit d'enfants. Au su du risque encouru pour tout, tout le temps, on peut le comprendre : même en Occident, on n'est pas à l'abri d'un problème avec un médicament, alors en Chine... Rien que d'y penser, j'en ai froid dans le dos. A y penser, c'est dingue tout de même, cette existence sans filet, même pour des choses aussi essentielles que la santé.

Enfin bref. En l’occurrence, quand nous sommes allés à l'hosto la première fois pour faire diagnostiquer Angelo, nous avons eu droit à des médocs minimalistes qui n'ont pas guéri le petit. Au contraire, entre temps, son état s'est empiré. Et il a fallu y retourner. C'est assez régulier, cette façon de procéder : on donne un traitement à l'enfant en disant « si ça ne va pas mieux dans trois jours, revenez me voir, et on lui donnera quelque chose de plus fort ». Une fois sur deux, nous avons droit à un match retour à l’hôpital du peuple -en Chine, héritage du communisme, la médecine est d'état-.

Quelques jours plus tard, un soir, alors qu'il en était pourtant déjà à sa troisième consultation chez le médecin -au-delà du fait que le gamin n'allait pas mieux, ça n'est pas gratuit-, Angelo paraissait particulièrement indolent. Je me replonge dans ce souvenir avec effroi, car je voyais le petit, heure après heure, s'éteindre un peu plus, comme s'il allait partir. Il était déjà fort tard, mais à voir son état, Caili et moi-même l'avons embarqué dans l'auto, et avons foncé sur les chapeaux de roue jusqu'aux urgences.

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L’hôpital du peuple, de nuit, c'est la cour des miracles. Les urgences sont débordées, le nombre de patients venant consulter est délirant en rapport du nombre de docteurs présents. Il faut jouer des coudes, avec son gosse prostré dans les bras, alors que le médecin est assailli de toutes parts. Alors que nous arrivons finalement devant lui, celui-ci, soucieux, nous demande de faire passer une radio au petit. Diagnostic : pneumonie carabinée. Traitement : hospitalisation immédiate. Et quand j'en demanderais un peu plus au toubib quant au pronostic, il me répondra avec gravité « oui, c'est grave. Il ne faut pas perdre de temps et l'hospitaliser immédiatement ». J'étais si terrifié que je lui en ai demandé plus « mais ses jours ne sont pas en danger tout de même ? ». Mettez-vous à ma place : c'est mon fils, je le vois baisser un peu plus à chaque instant, comme un moribond, et je suis en Chine, où ma compréhension du mal dont souffre le petit n'est pas aussi évidente que face à un médecin français en France. Figurez-vous que le médecin m'a engueulé ! Je paraphrase à peine sa réponse, qui était en quelque sorte « je ne sais pas s'il va s'en sortir ! Il faut que tu l'hospitalises et tu verras bien ! Au suivant ! » conclue-t-il pour se débarrasser de moi. Car il n'avait pas à attendre de suivant : une dizaine de personnes était dans son cabinet en même temps que moi, Caili, et le pauvre Angelo, jouant des coudes et des épaules pour se faire diagnostiquer en premier. J'ai regardé Caili. Elle était apeurée. Nous avons fais ce que nous savons faire de mieux : gueuler. Mais il n'y avait rien à faire : l'hosto n'avait plus un lit de libre pour accueillir Angelo. Et malgré le discours alarmiste du toubib, l'administration considérait que ça pouvait bien attendre le lendemain, qu'un lit se libère. Et encore, Angelo était sur liste d'attente. Bref, nous n'étions certain de rien, sinon de l'inexpressivité croissante du visage d'Angelo, qui au fur et à mesure des heures, palissait et s'éteignait un peu plus. Finalement nous sommes allés en périphérie de la ville, dans une clinique privée, où le petit a pu être accueilli. Comme je l'écrivais, il est donc resté sept jours, jusqu'à ce que son petit frère prenne le relais pour dix jours. En si peu de temps, j'ai claqué mille cinq cent euros. Je me demande comment font les humbles. Si nous n'avions pas, par sécurité, un peu de sous de côté pour faire face à ce genre d'impondérables que personne ne souhaite, comment aurions-nous fait ? Est-ce que dans ce genre de circonstances, le gouvernement chinois laisse les individus accéder néanmoins aux soins ? Honnêtement je l'ignore, et j'évoque peu le sujet avec Caili : étant chinoise, elle est certaine que le fait d'en parler va nous attirer le mauvais œil. Pas étonnant en tous cas que les chinois s'inquiètent de leur hygiène de vie : quand la sécu n'est qu'embryonnaire, mieux vaut tout faire pour rester en bonne santé...

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Quand tout cela a été réglé, que nos deux petits garçons sont rentrés à la maison sains et saufs, la question de la garderie s'est posée... Et a trouvé une réponse immédiate : il était hors de question qu'Angelo y refoute le moindre orteil. Il en avait suffisamment souffert, et nous avions été bien assez inquiets. Quand nous avons demandé le remboursement, nous avons été réglé avec une diligence étonnante. La direction avait trop peur qu'on lui intente un procès. En discutant avec Caili, j'ai même appris qu'il était impératif de produire un certificat médical officiel avant que l'enfant puisse participer aux activités avec les autres bambins. Et pourtant, le jour de la rentrée, nombreux sont les parents qui ont déposé leur enfant en précisant qu'ils apporteraient le certificat médical plus tard. A questionner les autres parents, la plupart ne l'ont jamais fais, et ça ne leur a jamais été demandé. Il y a une règle, mais on se demande pourquoi elle existe. La négligence de la règle devient la règle. Et pour tout c'est ainsi en Chine.

Ça s'en ressent dans la communication. J'en reviens à notre déplacement, la semaine dernière, à Huzhou, dans cette usine de crayons. Le patron de l'usine n'est ni méchant, ni même idiot. Son anglais, sans être impeccable, est agréable à l'oreille, il est propre sur lui sans être clinquant, souriant même quand on l'engueule, et il nous a accueilli comme on accueille des amis de longue date. Le bonhomme véhicule une image plutôt positive. Bonne apparence, bonne face.

Par contre, quand on n'est plus dans le même bureau, c'est la catastrophe. Il met deux semaines et attend trois relances pour répondre à un e-mail. Et comme il est brouillon, il lit la première question de l'e-mail, y répond -en général trop sommairement, car il a le défaut de nombreux chinois : il ne cherche pas à comprendre la raison qui motive la question posée-, et clique sur « envoyer »... Sans avoir réalisé que dans le même message, après la première question, il y en avait une deuxième, une troisième, et ainsi de suite...

Et quand, enfin, après quinze jours, je reçois une réponse à ma missive électronique, non seulement la première question ne trouve pas de réponse suffisamment précise pour que je puisse avancer, mais en plus il n'y a pas de réponse aux questions suivantes. Comme son chinois est meilleur que le mien, Caili a pris le relais au téléphone pour discuter avec le bonhomme. Mais ça n'a pas changé grand chose. Elle a eu droit à des discours comme « je suis à Hong Kong, et je répondrais dans trois jours quand je rentrerai à l'usine ». J'en ai déduis que depuis la dernière fois que je suis passé à Hong Kong, ils avaient débranché l'internet dans toute la péninsule. Ou encore « je suis à l'extérieur ce matin... Je te réponds cet après-midi ». Et évidemment, dans les deux cas, nous n'obtenons jamais les réponses demandées, ni même aucune forme de réponse d'ailleurs. C'est le black out. Et on ne comprend pas pourquoi.

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Le problème organisationnel de l'usine, en dehors des procédures ISO théoriques, est flagrant. Lors de l'entretien, je lui ai parlé de ces relations numériques et épistolaires qui restaient désespérément unilatérales. Et quand je suis rentré dans le détail des e-mails qui n'avaient pas eu de réponse, avec les dates et le contenu, posté derrière son clavier, il n'a pas été fichu de les retrouver. Je me suis permis de passer derrière son PC, et c'est moi-même qui les ai pointé derrière son écran, parmi les cent quatre-vingt douze messages présents, dans sa boite de réception, depuis trois mois -d'après ce que j'ai rapidement entrevu-, et aux quels il n'a toujours pas répondu. Ça m'a fait sourire. Même si presque deux cent e-mails, c'est beaucoup, ce n'est pas énorme sur trois mois.

Me voyant sourire, et avec une fierté bancale, il conclura pour me rassurer qu'à partir de maintenant « aucun de tes messages ne passera plus à la trappe, et j'y répondrai dans les un ou deux jours maximum, puisque soit moi soit une de mes deux assistantes prennent connaissance de tous les e-mails ». Un patron m'aurait dit ça à mon arrivée en Chine il y a dix ans, j'en serai resté éberlué : ils sont trois à lire les e-mails, et malgré tout plusieurs centaines n'ont pas été régularisées depuis plusieurs mois ! Mais après dix ans à contempler ce genre d'incohérence, je me suis limité à un soupire de résignation. Si à trois ils n'y arrivent pas, il faut songer à embaucher une dizaine d'assistantes supplémentaires, rien que pour la gestion des e-mails du patron.

C'est bien sûr ironique : les deux assistantes s'en contrefoutent, lisent les e-mails en diagonale sans jamais y répondre, alors qu'il leur fait confiance de manière pleine et entière. Et rajouter dix assistantes ne fera que ralentir encore plus un délai de réponse déjà inexcusable. C'est très chinois, cette multiplication d'individus coûteux, et qui, paradoxalement, impactent négativement l'activité. Face à la concurrence, qu'elle soit en Chine ou internationale, ce genre de structures démentes ne pourra pas survivre... Même si le produit qu'elles fabriquent est bon.

Le bonhomme s'est confondu en excuses, et j'ai pu avoir sur place les réponses à mes questions. C'était assez désarmant tout de même, car mes interrogations étaient somme toutes très simples, et sur le fond ne nécessitaient vraiment pas un déplacement. Maintenant, du fait de ce cumul de semaines de retard à obtenir des réponses basiques, l'échéance de livraison s'est éloignée, et j'ai un client qui commence, tout naturellement, à taper du pied. Je me disais aussi que rencontrer le gars face à face permettrait de lisser le relationnel à l'avenir, et avec un peu de chance, il prendrait l'habitude de revenir vers moi dans des délais acceptables. Et puis surtout, je voulais comprendre d'où venait le problème. Force est de constater qu'il n'y a pas de mauvais volonté chez le gus. La structure est juste organisée au shaker. Et même en ayant diagnostiqué le problème, je ne peux pas y apporter beaucoup de solution, à part décrocher mon téléphone à chaque fois que je lui envoie un mail, et le rappeler tous les jours pour obtenir ma réponse.

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Il y avait une dernière chose à vérifier, et qui concernait ce qu'on appelle « le décor ». Il s'agit des mentions et logos à graver sur les crayons commandés. Dés que je l'évoque, depuis son bureau, le patron hurle à une de ses assistantes de nous apporter une impression de ces décors. D'un pas trottinant, elle est arrivée et les a posé sur la table basse autour de laquelle nous étions assis.

Et là, elle s'est mise à me lister tout un déroulé de modifications à effectuer. J'ai soupiré à nouveau, pour l'arrêter en cours de route, sans même tenter de comprendre le moindre de ces changements. Cela faisait deux mois que l'on travaillait sur le contenu de ces gravures, et depuis deux mois, ça n'allait jamais. J'ai, en tout, demandé quatre fois au client de m'envoyer des décors modifiés. Or trois semaines plus tôt, par ras-le-bol de ces allers-retours, j'avais passé avec Caili le temps nécessaire derrière QQ avec la graphiste de l'usine, pour bien m'assurer d'avoir fais un tour exhaustif de toutes les ultimes dernières modifications finales à conclure pour qu'on n'ait plus jamais à y retoucher -QQ c'est le logiciel de chat le plus couramment utilisé en Chine-. Suite à cela, j'avais communiqué les éléments au client, pour que son graphiste effectue à la lettre ces tous derniers changements. Il me les avait renvoyé, et je les avais transmis à l'usine après les avoir moi-même contrôlé : on avait atteint la perfection, et changer la moindre virgule, ça aurait été aller vers l'amoindrissement. Pourtant, deux semaines plus tard, et à ma surprise totale, voilà que la grognasse inconnue me fait part de nouvelles modifications. J'aime bien les chinois, mais travailler avec eux exige des nerfs d'acier. Et encore, Dieu merci, je ne travaille plus pour eux.

De guerre lasse, j'ai pris les pages imprimées, et ai jeté un bref coup d’œil. C'est alors que j'ai froncé les sourcils : ces décors n'étaient pas les dernières versions que je leur avais fais parvenir deux semaines auparavant. C'est dingue : depuis quinze jours ils n'avaient pas avancé sur le dossier, tout ça parce qu'ils n'avaient pas su lire leurs e-mails, alors qu'ils avaient tous les éléments pour finaliser. On venait de perdre encore deux semaines, pour rien. Le pire, c'est que tout sympa qu'il soit, ça n'avait pas l'air d'embarrasser le patron. A sa mine ravie de me voir lui repasser à nouveau la dernière version des décors sur une clé USB, je le sentais sorti d'un mauvais pas. Pourtant, c'était la honte : on ne peut justifier une telle bourde que par la stupidité.

En tout, nous avons mis deux heures à faire le tour des quelques broutilles qui auraient pu être réglées en dix minutes par e-mail. Ensuite, il a voulu polir les choses, me promettant des délais de réponse dorénavant raisonnables, et me rassurant à grands coups de certificats ISO, de GMPC, et d'autres parchemins derrière lesquels il a escamoté son manque flagrant de coordination, comme on balaie la poussière sous le tapis. Sa phrase a été « on efface tout et on recommence ». Vu le peu de chemin parcouru en un laps aussi long, c'est le genre de sentence qui fait peur.

Sud berges.

Nous étions arrivés vers neuf heures, et il n'était pas loin de onze heures quand nous avons terminé, et il nous a proposé d'aller déjeuner. Les chinois mangent assez tôt. Je m'y suis habitué, et malgré ce que mon tour de taille rabelaisien dément -si une voiture devait rouler autour de ma taille, elle serait obligée de s'arrêter en chemin pour refaire le plein-, je trouve ces horaires très sains. C'est particulièrement agréable le soir : en mangeant vers dix-huit heures, on ne se sent pas lourd quand arrive l'heure du coucher.

Mon problème, c'est que ça me laisse tout le temps de grignoter du chocolat entre temps. C'est une lapalissade, je sais, mais croyez-moi, c'est lourd d'être gros. Je suis pataud, et quand, assis, je me penche pour serrer les lacets de mes chaussures, je suis obligé de retenir ma respiration jusqu'à ce que mon visage soit gyrophare, en espérant que mes chaussures soient inamovibles avant que je ne manque d'oxygène. En plus je porte des sortes de rangers : les lacets n'en finissent pas. J'aurais mieux fais d'adopter des godasses à velcro.

Quand je me regarde torse nu dans la glace, je tente de me donner l'illusion de la contenance en rentrant le bide. Mais même avec les poumons et les entrailles ratatinées au maximum contre la colonne vertébrale, j'ai un ample bourrelet abdominal récalcitrant qui surplombe la ceinture en bouée sans canard. Mais je me suis résigné. Ras-le-bol des régimes. En fait perdre du poids ne me pose pas de problème. J'avais un taux de cholestérol outrageux il y a trois ans, et en suivant un régime de verdure, j'ai perdu dix kilos en deux mois. Vous n'imaginez pas le bien-être retrouvé : plus que dix kilos de perdus, c'est dix ans que j'avais retrouvé. Et puis un peu plus d'un an après, j'ai eu l'idée saugrenue d'arrêter la cigarette. En quelques mois, j'ai repris une à deux tonnes, au garrot. C'est pesant d'être gros. Il y a un an, je me suis remis au régime, cette fois via l'acupuncture. Ça n'a pas trop mal marché. En fait l'acupuncture ne fait pas perdre de poids directement, mais agît en coupe-faim. Le problème, c'est que dés que j'ai arrêté l'acupuncture, j'ai recommencé à avoir faim. Ou plutôt à avoir envie de manger. J'ai du mal à faire la différence. Ajoutez à ça un mois et demi en France à s'enivrer de plats du terroir arrosés de bons vins, et c'est le retour au volume bibendum en bonne et due forme. Et pour ce qui est des formes... Hélas... On me coule les pieds dans le béton et je ressemble à un culbuto.

Tout ça pour dire qu'il nous a emmené dans un petit resto très simple, et très proche de l'usine : nous nous y sommes rendus à pied. Moi, j'avais un peu faim. Mais quand j'ai l'appétit d'ouvert, je ne pense pas à la gastronomie chinoise. Enfin, il serait plus juste de dire que je ne pense PLUS à la gastronomie chinoise, parce que ça a été longtemps le cas. J'ai plutôt envie de me faire un repas italien, ou tout du moins occidental. Je sais, ça manque d'exotisme. Mais depuis le temps que je vis en Chine, la dînette locale, avec sa foultitude de petits plats colorés, ne recèle plus la même dose de rêve aventureux. Maintenant, l'exotisme, c'est la rareté. Et le bien-être, c'est de replonger un peu dans sa culture jusque dans l'assiette. Ça ne veut pas dire que la cuisine chinoise est mauvaise. Au contraire, la Chine jouit d'une des meilleures gastronomies au monde. Et pour ce qui est de l'assiette, j'aurai pu m'expatrier dans de biens pires contrées. La perfide Albion par exemple. Dans n'importe quel pays à travers le monde, vous trouverez toujours des restaurants chinois, italiens, japonais, français... Mais jamais un restaurant anglais (**). Leur bouffe est comme leurs femmes. Le jour où Miss Monde sera anglaise, c'est que les canons de beauté auront changé : dents en avant et oreilles décollées. En Angleterre, les seules femmes canons qu'on trouve sont celles qui s'envoient en l'air dans les cirques.

M'en voulez pas. Faut bien que je tape un peu sur les anglais : avec les allemands, ce sont un peu nos ennemis héréditaires. En plus d'habitude je ne tape que sur les chinois, et on va me taxer de racisme. Les anglais, ça va, c'est pas du racisme.

Sur le chemin du restaurant, nous avons croisé une bande de petits jeunes de la campagne. Ils sont facilement reconnaissables, avec leurs caractéristiques presque claniques : vestes étroites élimées, jeans trop courts et cheveux dans tous les sens, le tout avec la certitude de paraître mode et cool. Alors qu'ils sont le reflet de ce qu'ils sont : de sympathiques ploucs avec des rêves citadins. Évidemment, les rires fusent autour de mon passage occidental. L'un d'eux à la coupe de cheveux la plus incroyable que je n'ai jamais vu. Plus étonnant que la Gorgone, particulièrement pour des jeunes dignes de Zola (***). J'en étais médusé. Le volume de sa tignasse, à la forme ananas – glandoïde indéfinissable et unique, dépassait le cubage de n'importe quelle tignasse, même après mise en plis. Je n'ai pas pu m'en empêcher : comme les chinois le font de temps en temps quand ils croisent un occidental, je suis allé lui demander si je pouvais prendre une photo à ses côtés. C'est le cliché introductif à l'article. J'ai été éberlué quand je l'ai pris par l'épaule : le jeune homme était tellement frêle que j'ai eu peur de le casser. Il était souriant, et sympa. Et le voir se faire immortaliser à côté de ma mine blafarde a fait monter une allégresse chez ses copains qui le propulsera sans nul doute au firmament des superstars de son village. C'est bien là tout le mal que je lui souhaite. Je rigole, mais quand je pense à la condition dont sont issus ces jeunes, et quand j'imagine -sans peine- la croisade qu'à leur âge ils s'apprêtent à mener pour réussir à vivre décemment, je leur souhaite un courage infini, et respectueux. Pour le coup, je réalise à quel point j'ai du bol d'être né où je suis né.

Arrivés au restaurant, quelques dizaines de mètre plus bas, choisir des plats n'a pas été facile. Comme je n'aime pas faire d'histoires quand je suis invité, j'ai indiqué à Caili de choisir avec le patron de l'usine ce que tous deux aimaient. Et coup de chance, afin que je sois certain de démarrer un régime involontaire, il s'est laissé tenté par... Du groin !

Sud berges.

J'ai connu pire. Je me souviens de ce restaurant « de luxe » perdu dans la campagne autour de Ninghai où j'avais eu bien du mal à trouver de la nourriture qui pouvait convenir à mes saveurs culturelles. Encore une fois, je me déplaçais pour Onesource. Un fournisseur roublard m'accompagnait. Dans le grand hall étaient alignées des reproductions de plats en plastique, afin de faciliter le choix, et d’attiser visuellement l'appétit. Une serveuse en qipao ouverte depuis la cuisse jusqu'à l'infini suivait chacun de mes pas avec un calepin pour prendre la commande. A voir toutes ces saloperies comestibles en toque alignées dans des assiettes poussiéreuses, de désespoir, je m'étais rabattu sur des œufs durs. Alors que je m'apprêtais à en mettre un dans mon assiette, le fournisseur est venu me susurrer à l'oreille « je pense que tu ne vas pas aimer manger ça. Ce n'est pas un œuf dur. C'est un poussin cuit à l'étouffée dans sa coquille avant de naître ». J'ai fermé les yeux, et ai reposé l’œuf avec une moue dégoûtée et fatiguée. Et encore, on est en Chine ! Qu'est-ce que ça doit être en Angleterre !

Finalement Caili a gentiment choisi un plat d'omelette à la tomate pour moi. Elle a dégusté le groin avec le boss de l'usine. Ils ont jacté pendant tout le repas. Moi je mangais une bouchée pendant qu'ils en gobaient dix, histoire de faire durer mon repas autant qu'eux. C'est à se demander comment j'arrive à prendre du poids.

A la fin du repas, j'ai pris la parole avec pour seul objectif d'être poli. Aussi ai-je demandé au patron « nous ne sommes pas très loin du lac Taihu, n'est-ce pas ? ». En fait ce n'était pas vraiment une question : j'avais remarqué la proximité du lac sur le GPS à l'aller. C'est un très beau lac, mondialement connu en Chine. Et alors que je n'avais rien demandé, le patron répond qu'il va nous emmener sur les rives du lac, toutes proches, et plus particulièrement à l'hôtel Sheraton, qui en lèche les berges. J'ai soupiré. C'est bien chinois: à deux pas se trouve l'exceptionnel paysage offert par un superbe lac, et le gars nous invite à visiter un hôtel cinq étoiles.

Repu de groin, le patron s'est levé et a réglé la note. Puis nous sommes retournés à l'usine où il a récupéré sa voiture pour nous emmener à l'hôtel précité. Personnellement, je me contrefichais d'aller voir un hôtel, d'autant plus que je n'avais pas encore pris le temps de revoir « le chien des Baskerville », récemment téléchargé en pied de nez Hadopi. Et cette mention du lac Taihu, c'était juste pour meubler la conversation. Je n'avais aucune envie d'aller faire la tournée des popotes de tous les hôtels rupins du bled hideux. Dix minutes plus tard, après avoir traversé zone industrielle sur zone industrielle, la voiture s'arrête devant un bâtiment dont l'exceptionnel forme en arc me laissera sans voix. Une fois de plus, j'avais été mauvaise langue. C'était le Sheraton de Huzhou, et il fallait le voir pour le croire : gigantesque, à la chinoise, et surprenant au point qu'on se demande comment il peut sortir de l'imagination de quelqu'un d'équilibré. J'ai immédiatement trouvé qu'il y avait du génie là-dedans... Jusqu'à ce que le patron me dise « ici, on l'a surnommé l'abattant W.C. ».

Sud berges.

Je n'avais même pas réalisé aux premiers abords ce que la forme rappelait, trop estomaqué par la prouesse architecturale. Il m'emmerdait, le patron, avec son chiotte. Moi, je le trouvais plutôt épatant, l'abattant. Ce que j'aime -entre autres- en Chine, c'est que les gens ont des imaginations souvent surdimensionnées... Mais ils se donnent les moyens de leurs ambitions, aussi surdimensionnées soient-elles. On ne peut qu'être épaté par ces idées de grandeur mises en pratique.

Ensuite, le patron a insisté pour que nous rentrions dans le lobby pour deviser le luxe de l'endroit. A l'entrée, les grooms déguisés en maréchaux d'Empire nous ont demandé pour quelles raisons nous souhaitions rentrer -à l'évidence, il doit y avoir beaucoup de curieux, mais à l'accoutumée, ma face blanche est un excellent laisser-passer-. Caili a psalmodié avec assurance que nous voulions voir l'hôtel pour voir s'il correspondait à nos standards de confort avant d'y louer une chambre -le prix n'en est d'ailleurs pas si délirant pour un cinq étoiles : 350 euros la nuit-. Nous avons fais un tour que j'ai rapidement écourté : je me sens très mal à l'aise dans les lieux très riches, au même titre que je suis embarrassé en compagnie des gens bourrés de fric, et que je ne supporte pas la moindre marque de snobisme ou de luxe. En sortant, Caili a toisé le groom pour lui faire comprendre qu'il nous était inenvisageable de passer deux minutes de plus dans un tel taudis.

Et puis le patron nous a ramené à l'usine, où nous avons récupéré l'auto. Avant de partir, il me dira sur le ton de la confidence « je te promets que dorénavant je répondrais à tes e-mails dans les deux jours maxi ». Le soir-même je lui écrivais un message. J'attends toujours la réponse. C'était il y a une semaine.

Caili ne voulait pas rentrer immédiatement. Moi, j'avais l'envie inverse, appréhendant le boulot qu'il me restait à accomplir. Mais c'est elle qui avait raison : la vie est courte. Et à proximité se trouve un petit village traditionnel du Jiangnan nommé Nanxun. Cela fait des années qu'on se disait qu'on devrait aller le visiter. Comme il était tout près, nous avons sauté sur l'occasion. Mes e-mails pourraient bien attendre le soir ou le lendemain.

Malgré le GPS, il n'a pas été très facile de trouver l'endroit. Je ne sais pas si c'est parce que le schéma routier et autoroutier change si fréquemment, mais le GPS a une indiscutable tendance à préconiser des cheminements qui sont au mieux difficiles à suivre, et au pire complètement incompréhensibles. Et dans le cas présent, je me suis contenté d'utiliser le GPS comme d'une boussole, privilégiant la direction, mais pas la route.

C'est joli, Nanxun. Mais c'est joli comme Zhuozhuang, ou comme Wuzhen, ou bien comme Xitang, ou encore comme Tongli, voire même comme Hongcun, ou plus proche, Luzhi. C'est pour cela que je ne vous en parlerais pas : en une décennie, je les ai tous fais. Nanxun dont être le dernier village traditionnel incontournable du Jiangnan qu'il me restait à visiter. C'est à ce genre de constat que l'on réalise que le temps a passé. Il y a quelques années, j'aurai écris un article complet, boursouflé d'exotisme aux saveurs épicées, saupoudré de pagodes aux moucharabiehs boisés, aux toits en pisé, aux tuiles courbes anthracites, garni de ponts arqués et de lotus flottants sereinement. Et puis pour ce qui est des villages traditionnels, j'ai déjà été particulièrement éloquent. Dans mon précédent blog, un article complet racontait un week-end entre amis à Xitang. Et puis le troisième épisode de ma séries avortée « en Chine avec l'expat » avait pour thème une visite artistique de Wuzhen, un autre village traditionnel.

Sud berges.

Il y a plein de rêveurs occidentaux qui me trouvent bien pathétique quand je leur explique ça. Ils ne comprennent pas pourquoi je ne visite pas chaque temple et chaque pagode devant lesquels je passe. Je le faisais les premières années. Mais après dix ans ici, aller visiter tous les temples disponibles, ce serait comme de m'arrêter en France dans chaque ville et village pour en visiter l'église : l'exotisme du tourisme en question est assez limité.

Pour autant, si ces rêveurs souhaitent découvrir notre région de Chine, Nanxun peut être une très bonne halte, par rapport aux autre villages traditionnels. Tout dépend de ce qu'on recherche. Nanxun n'a pas encore été transformé en parc d'attraction. Ce n'est pas encore une machine à flouze packagée en boutique de souvenirs hors de prix. C'est un village, un vrai, avec ses habitants, son humilité pauvre, ses sourires, ses petite vieux assis sur les berges à discuter ou à jouer aux cartes pendant que les plus jeunes battent le linge dans le canal. Nanxun, c'est la Chine d'antan. C'est une capsule temporelle, un village oublié par les paillettes du miracle économique. Pour combien de temps ?

Il faut bémoliser cette authenticité à un détail près : quand je suis arrivé à l'entrée avec ma bonne femme et ma bonne face de laowai, un pseudo-gardien nous a demandé d'aller acheter un ticket de cent kuais chacun ! Ça fait tout de même vingt cinq euros, alors que les autres chinois rentraient et sortaient comme bon leur semblait. C'est pareil à Suzhou, dans une rue tellement authentiquement traditionnelle qu'elle enchaîne bar sur restaurant sur boutique de souvenirs : elle est devenue payante pour les touristes à tronche blanche. Et expliquer à l'entrée que je ne vis ici depuis dix ans ne change rien. Enfin, on a tous nos combines, et comme je connais bien le quartier, je rentre systématiquement gratuitement en passant par les ruelles adjacentes. Avec Caili, on s'est dit que ça devait certainement être la même chose à Nanxun : même si la main d’œuvre est très abordable en Chine, ils n'allaient pas mettre un cerbère vendant des tickets dans chaque ruelle. Caili est allée demander à un conducteur de pousse-pousse qui, pour cinquante renminbi, nous a permis de contourner les guichets, tout en nous faisant découvrir les endroits les plus jolis du village.

En une heure et demie, on avait fais le tour. Le calme de l'endroit est surprenant, et contraste énormément avec le centre-ville adjacent. Et les toilettes publiques n'ont pas de porte. Voilà pour ce qui est des points qui m'ont marqué à Nanxun. Ah oui, une dernière chose, un avis de recherche collé un peu partout sur les façades du bled : à en croire la photo ils ont perdu Quasimodo.

Sud berges.

la

PS : Allez, malgré tout, pour les rêveurs, je poste un album photo complet de Nanxun sur ma page Facebook.

(*) Je travaille sur le carnet de voyages que je vous avais promis, et espère pouvoir le finaliser avant les fêtes. Sans être exceptionnelles, les congés ont fait du bien. Mais comme j'ai pour souci de retranscrire le moindre souvenir, le récit de ces quelques jours dans la province de naissance de Mao prend des proportions de récit romanesque.

(**) Pour l'anecdote, quand en 1997 Hong Kong a été restitué par le Royaume-Uni à la Chine, ma première réflexion a été « ils vont enfin pouvoir bouffer correctement ».

(***) La Gorgone Zola : j'avais envie de bouffer italien.

Rédigé par Christophe Pavillon

Publié dans #la culture entre 2 chaises.

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Samuel 27/01/2014 19:10

Salut Christophe !

Entre deux balles, je me glisse pour juste te demander : où en est la compagnie ChristopheAirLines dans son organisation du voyage de groupe au Hunan ? -:)

Amitiés

Christophe 29/01/2014 06:26

Salut Samuel,

Ahlàlà, c’est jamais bon signe quand les clients relancent : ça veut dire qu’on n’a pas fait son boulot. Oui, c’est vrai je suis très en retard en ce qui concerne la publication du carnet de voyages au Hunan, et je m’en excuse.

Durant le mois que j’ai passé en France, j’ai eu pas du boulot, des déplacements, et ai privilégié les moments en famille... La conséquence directe, c’est que je n’ai rien écrit. Ensuite la tâche, pour être assez exhaustive, s’avère un peu plus ardue que je l’avais envisagée. En l’occurrence, j’ai déjà rédigé tout de même 4 articles relatifs aux 4 premiers jours du voyage... Mais il m’en reste 5 ou 6 de plus, relatifs aux 6 autres jours... Et bêtement je préfèrais commencer à publier seulement après avoir tout fini. Vue l’ampleur du boulot, c’est absurde. Pour te donner une idée, depuis le début du blog je n’ai publié que 20 articles, et le voyage au Hunan devrait en constituer 10 de plus à peu près.

En conséquence je vais très rapidement publier les 4 premiers articles, et je prendrais le temps nécessaire pour écrire les suivants et les publier au fur et à mesure. Ce que j’espère, c’est que les congès de Chunjie me donne un peu le temps d’avancer.

Bon faut que je te laisse : le réveillon est demain soir, et mon beau-père vient d’arriver. D’ailleurs j’ai pas compris, il est venu de sa campagne avec son radiateur. Mystère de la logiques chinoise. Même sans être super bien isolé, notre appart est très bien chauffé, et nous avons même des convecteurs indépendants que l’on peut rajouter dans une pièce ou une autre. Et lui s’est tapé une heure de taxi puis deux heures et demi de bus avec son radiateur... Je vais même pas chercher à comprendre, je vais le déballer et il le branchera bien où il veut...

A bientôt et bonne année !

Christophe.

Mildred 24/01/2014 20:31

P/S. Très Cher, en tout cas j'espère que tu pourras commencer à comprendre pourquoi les Chinois se foutent de ta gueule, ils abhorrent la connerie .

Christophe 26/01/2014 08:51

T'inquiètes Mamie, ils ne se foutent pas autant de ma gueule que moi de la tienne.

Polo_elgreco 24/01/2014 18:05

Bonsoir Christophe,
Je suis tombé par hasard sur ton blog. J'y suis resté scotché pendant une heure!!
Je suis moi meme bi-culturel (franco-grec) avec beaucoup d'A/R entre les deux pays etant jeune. Puis j'ai beaucoup bourlingué a travers le monde par la suite. Je vis maintenant definitivement en Grece depuis 15 ans. Je suis marié a une grecque (prof de francais!!). Outre le fait que j'ai beaucoup aime ton style (je parle de tes talents d'ecrivain et non de tes tenues vestimentaires!!!) ton humour et tes preoccupations/questionnements. A quellques tres rares details, si je prenais tes textes et remplacais les noms chinois par des noms grecs on aurrait vu que du feu!!!!! Malgre mes multiples voyages (je bosse dans le tourisme depuis de nombreuses annees) je ne connais pas l'Asie et a te dire vrai je ne suis pas attire par ce continent, mais que les grecs resemblent aux chinois a ce point...je suis sur le cul!!! Toutes tes descriptions concernant la famille, le travail, leur facon particuliere a interpreter la 'loi', le manque d'education, le materialisme etc... Je pense que dans les 2 cas c'est effectivement la sortie de l'extreme pauvrete et le bon considerable ces dernieres decennies. A l'exception pres, qu'en Chine ils s'en sortent en bossant (meme bordeliquement!!!) alors que ici l'enrichissement fut rapide grace aux fonds europeens. Ceci expliquant aussi la situation actuelle de la Grece!! Je comprends aussi tout a fait tes interrogations et tes sentiments envers les 2 cultures et ton 'mal etre'. Je suis moi meme confronte quotidiennement a ce genre de reflexions et finalement je me pose souvent la question de savoir si finalement ma bi-culturalite, qui pour moi a toujours ete un atout, ne m'empoisonne pas la vie a long terme!!! Je suis toujours le cul entre 2 chaises. Meme si j'ai vecu des annees en Grece avec une mere grecque, j'ai un nom de famille francais qui me porte probleme a chaque fois que je me presente. Je pense avoir reussi a tirer des 2 cultures le meilleur (c'est pretentieux mais c'est comme ca que je le vois) mais je ne suis jamais entierement grec ni entierment francais et ne suis jamais a 100% a l'aise dans aucun des 2 pays!!! Ayant moi meme une petite fille et dans quelques semaines un petit garcon, je me pose souvent la question quant a l'education a leur donner. Ma culture francaise predomine (ecole francaise, universite, etc..) mais mes enfants vivront et grandiront en Grece Un exemple et j'arrete la: ma culture francaise fait que je suis plus ouvert par rapport aux roles hommes-femmes. Ma femmes est libre de faire se que bon lui semble (enfin presque je reste latin tout de meme!!) j'aide beaucoup a la maison (taches menageres), on sort ensemble etc... C'est a dire a l'oppose du grec qui est le MALE a qui on doit respect, la femme se tait et s'occupe de l'intendance. Ma fille malgre ses 7 ans voit la difference avec les autres papas. Je me pose souvent la question qu'en m'aillant comme prototype au sens ethymologique, trouvera-t-elle chaussure a son pied plus tard?
Enfin tout ca pour te dire que j'ai beaucoup aime ton blog et que malgre les kilometres j'ai trouve quelqu/un qui a les memes problematiques que moi!!
Desole pour les fautes d'ortographe mais d'une je n'ecris plus en francais depuis bien trop longtemps et de 2 j'ai un clavier qwerty qui ne me facilite pas la vie!!!!
Bonne continuation
Paul

Christophe 29/01/2014 06:12

Excuses-moi : je commence par te vouvoyer pour finir par te tutoyer. Tu ne m'en voudras pas, c'est la fièvre !

Christophe 29/01/2014 06:10

Bonjour Fangshuo,

Ce n'était peut-être pas pour me faire plaisir que vous avez consulté le blog, mais pour autant ça me fait vraiment très plaisir ! Désolé du retard dans mes réponses aux commentaires ces derniers temps. Nous sommes rentrés de France depuis peu, les enfants ont eu un mal fou à se remettre du jetlag, il a fallu se remettre au boulot et reprendre ses marques, et je viens de chopper une mauvaise crève. Et je suis sûr que si je cherche bien je peux trouver encore plein d'excuses.

Malgré que chaque expérience de l'expatriation soit unique, il reste toutefois un tronc commun. Et moi-même en consultant d'autres blogs ou plus particulièrement en discutant avec d'autres expats, dans de nombreuses situations, sans même connaître personnellement l'individu, il suffit d'un échange de regard pour que l'on soit sur la même longueur d'ondes.

J'ai parcouru ton blog avec beaucoup d'intérêt, et y profiterais des congès de guonian pour y retourner. J'ai déjà épinglé quelques articles que je souhaite dévorer un peu plus en profondeur.

Pour ce qui est de Mildred, j'espère ne pas trop te décevoir en t'annonçant que je tire la chasse à chaque publication de ses commentaires dorénavant. Autant c'est un vrai bonheur de m'éclater à disserter avec des gens qui sont prêts à échanger, autant sur les autres maintenant je tire à vue.

Notes, maintenant que tu as glissé ci-dessous l'adresse de ton blog, elle va peut-être venir te le pourrir !

Bon courage !

Christophe.

fangshuo 26/01/2014 11:45

Bonsoir Christophe,

Ce n'est pas pour vous faire plaisir, mais j'ai exactement la même chose à dire que le commentateur précédent, à savoir :

“Je suis tombé par hasard sur ton blog. J'y suis resté scotché pendant une heure!!”

Depuis votre expérience dans une entreprise d'état, les villages de canaux, les expériences médicales (ma première consultation à l'hôpital en Chine, pour une infection urinaire... vous imaginez les joies de la consultation collective), les groins, la tentative d'extorsion de fonds via l'Afrique occidentale... J'ai passé un très bon moment, merci.

Je n'ai passé que deux ans en Chine, (ou plutôt à Shanghai, ce qui est déjà un peu différent ; mais je n'ai pas exactement mené la vie de l'expat type, que vous mentionnez quelque part) et c'est amusant de retrouver par vos mots tant de remarques personnelles plus ou moins formulées. Même les photos qui illustrent vos posts, j'ai les mêmes ! Les canaux sous des ciels incertains, les rues d'une négligence crasseuse envoutante, où pendouillent quelques câbles, et où le soleil complètement flou semble répugner à se coucher tant l'air est poussiéreux.Je tiens donc à vous détromper: en plus de votre mère et de Mildred, vous avez un nouveau lecteur régulier.

Dans une tonalité un peu différente, je tiens moi aussi un blog de temps en temps, beaucoup moins fourni que le vôtre cependant, et sans doute avec le nom le plus prétentieux de toute la toile: http://lecourrierdeshanghai.over-blog.com/

Le but était à l'origine donner des nouvelles aux amis, mais finalement, beaucoup moins optimiste que vous sur les rencontres internet, je n'y publie aucune information personnelle, plutôt des réflexions sur la Chine, et la France, vue et de loin. Peut-être cela vous intéressera-t-il.

En tout cas merci encore, et bonne soirée !

Christophe 26/01/2014 09:08

Désolé si ton message tombe entre le tir croisé entre moi et une illuminée. Ce que je peux te dire c’est que ton commentaire “Je suis tombé par hasard sur ton blog. J'y suis resté scotché pendant une heure!!” est bien le plus beau compliment qu’on puisse me faire. Et je t’en remercie.

Sans vouloir faire preuve d’arrogance, je suis modérément surpris par l’amalgame possible entre ton expérience et la mienne. Car à discuter avec des expatriés qui ont vécu dans des pays très divers, il semblerait que se détachent deux expériences principalement : vivre dans des pays de sécurité (l’occident) et vivre dans des pays de précarité (le tiers-monde, à savoir le reste du globe). Et le tiers-monde, dans la quasitotalité des cas, recèle le même niveau d’éducation, et en conséquence, s’enlise dans le même traditionnalisme... Voire obscurantisme. Oui, je ressens la même impression : la pauvreté est déterminante dans le manque de modernisme. Malgré toutes les distinctions culturelles que l’on pourrait trouver, un fil conducteur se dessine parmi tous les pays.

“Je pense avoir reussi a tirer des 2 cultures le meilleur (c'est pretentieux mais c'est comme ca que je le vois) mais je ne suis jamais entierement grec ni entierment francais et ne suis jamais a 100% a l'aise dans aucun des 2 pays!!!”. Bienvenue au club. L'essentiel n'est peut-être pas là. Quand on discute avec des tiers (qui n'ont qu'une culture) de toute cette ouverture, avec cette compréhension systématiquement bipolaire qu'on a des choses, on reste des incompris. Mais ce n'est pas bien grave : ce sont eux qui sont fermés, qui ne voient les choses que sous un unique aspect bilatéral. Même si ce serait plus rassurant de pouvoir s'enfermer dans une compréhension manichéenne de la façon dont le monde et la nature humaine fonctionnent, ce n'est pas représentatif de la vérité, à l'échelle mondiale, et donc multiculturelle. Et en plus, ce qui compte, c'est de faire son propre cheminement, quelles que soient les cases dans lequel il rentre...

Tu es le bienvenu sur le blog, et c'est avec plaisir que je discuterais avec toi de ces problématiques que nous avons en commun. Elles sont cruciales, car malgré le fait que j'atteigne un âge empreint de plus de conservatisme, j'ai le sentiment de ne correspondre pleinement à aucune culture que je représente, mais juste à un peu des deux. Je ne sais pas si ça peut t'aider, mais étant à une étape de ma vie où j'ai moins envie de faire des concessions, j'ai décidé de prendre ce qui me correspond dans chacune d'entre elles. En conséquence parfois en Chine j'agis à la française, et parfois en France j'agis à la chinoise... Et si ça ne plait pas, l'important c'est que je me sente confortable. Sinon, le contraire amène à se nier, et à ne plus savoir quelles valeurs on doit suivre. Il faut rester fidèle à soi-même. Et pire parfois en Chine pour certaines choses je réagis à la chinoise, et en France pour les mêmes choses je réagis de façon diamétralement opposée à la française... C'est vrai que c'est difficile de se situer. Pour autant, le maitre mot, et il ne faut peut-être pas aller plus loin, c'est de se sentir bien avec les actions qu'on entreprend, dans la culture dans laquelle on évolue à ce moment donné.

C'est un travail quotidien, constant. Ce n'est pas facile... Et c'est entre autres pour exorciser tout cela que j'ai commencé le blog... Bon courage, et je reste à ton écoute.

Mildred 24/01/2014 16:51

Très Cher, je ne suis pas un troll, seulement une gentille grand-mère croyant s'adresser à un gentleman;hélas tu es plutôt mufle.

Christophe 26/01/2014 08:50

Ca fait partie de mon charme.

Mildred 18/01/2014 00:06

Très cher, je te lis depuis pas mal de temps; je t'ai connu avec Ébolavir et ses choux chinois; je t'ai peut-être mailer un post ou deux depuis X ans mais je t'ai lu ; tu as l'âge de mon fils et tu ressembles à tout ces français expat que ce soit vers l'Asie ou bien l"Amérique, ils veulent tous la même chose; être reconnu comme peuple avec toutes leurs spécificités. Hélas Alice est lasse ! hélas Alice est lasse.? .. hélas alice est lasse. -
Je ne suis guerre une inconnue, pas en tout cas pour Neige ni Thouroude ou bien cette gentille fille de suisse romande du nom de Laitue blog de cuisine du bout du monde.
Tes fils sont beaux et toi et ta compagne êtes vraie ;Je n'ai pas encore fini de lire la dernière partie de ton histoire du monde de chine et des chinois;j'ai connu le rejet les première année ou je vivais en suisse allemande ; même que ma belle mère me prénommait la putain de suisse romande devant son petit fils, et tout ça dans les années 70; alors t'imagine pas que le monde change vite; ma famille avait des filiation française et Asnière dans les années 70 était ma destination favorite chez tante Simone ;
mais tu es encore jeune et ta conjointe est adorable...et ton bide ne semble pas aussi énorme que tu le décris; si tu coupe drastiquement les colas et autres boissons gazeuse tu perdras automatiquement 20 kgs instantanément; car c'est le fructose qu'ils mettent dans les colas produit par les USA qui fractionne le gras... le fructose c'est du sucre de mais produit pour le bétail ; la plus grosse arnaque de la malbouffe..exporter directement dans les pays émergents...By.Mildred.

Christophe 19/01/2014 21:49

Le premier troll du blog ! Ça s'arrose ! Et puis de toutes façons il n'y a que saoul que j'arriverai à comprendre ton message...