Trombinoscope dans le collimateur.

Publié le 4 Décembre 2013

Depuis quelques mois, je vis un terrible drame dont je n'arrive à me départir. Je n'ai pas trop voulu en parler, car malgré l'étalage exhibitionniste du présent blog, je reste quelqu'un d'assez secret. Et puis, autant j'aime me plaindre et conspuer mon prochain pour des futilités, autant je n'arrive pas à m'y résoudre quand il s'agit de choses un peu plus graves. Par ailleurs, mon mal touche normalement des gens bien plus jeunes que moi, et il est donc d'autant plus difficile à admettre, qui plus est auprès de gens de ma génération, qui n'y voient là que la lubie d'un individu qui refuse de vieillir. Allez, je me mets à nu : voilà, je suis devenu accro à Facebook. Et ça me paraît assez grave.

Trombinoscope dans le collimateur.

J'ai fumé pendant vingt ans, et ai eu la bonne idée d'arrêter il y a presque deux ans. En fait j'avais commencé à ressentir des douleurs dans la poitrine, et ai tellement eu la trouille du crabe que je me suis fais faire radio et scanner.... Pour apprendre qu'il s'agissait de petits problèmes à l'estomac. Mais avant que la bienheureuse sentence ne tombe, je m'étais tellement convaincu d'avoir le buste empli de métastases que la terreur m'a poussé à écraser mon dernier mégot sans jamais retoucher à une clope. Finalement c'est un mal pour un bien, car je suis bien content d'avoir arrêté de fumer.

Quand j'étais jeune, je crapotais sans risque -autre que celui de paraître ridicule-, et il m'a fallu deux à trois ans avant d'être atteint d'une véritable addiction à la tige. Pour arriver au même niveau d'addiction à Facebook, il m'aura fallu deux à trois semaines. Et autant j'ai réussi à bannir la cigarette du jour au lendemain après deux décennies d'encrassage de poumons, autant j'ai plus de mal avec Facebook, et ce seulement après quelques mois.

Malgré tout, croyez-moi quand je vous dis que j'aimerais bien arrêter. Facebook ne m'apporte rien d'autre qu'une exceptionnelle perte de temps, qui se cumule déjà à la conséquente perte de temps qu'est le travail, et à cette autre perte de temps qu'est le sommeil, etc... Alors que pour compléter ma culture cinématographique -qui en a bien besoin-, il me reste un tas de films à découvrir.

Trombinoscope dans le collimateur.

Mon addiction est incompréhensible tant elle est irrationnelle : c'est à croire que je m'ennuie pour me connecter ainsi avec une répétitivité de disque rayé. Entendons-nous : quand on méprise Facebook devant un jeune, on a droit à une remarque du type « tu rigoles, Facebook trop grave c'est cool, tu gardes tout le temps le contact avec tes amis, et puis tu n'as pas à répéter à chacun la même chose : tu postes un truc, et hop, tous tes copains sont au courant ! ». Si c'était vraiment comme ça, ce serait super, et j'adhérerais à 100 % au principe. D'ailleurs, c'est comme ça que je l'avais envisagé au début, et c'est pour cela que je m'y suis connecté. Au su de l'éloignement des gens qui me sont chers, là-bas, en France, je me suis dis « c'est extra, je vais pouvoir montrer la Chine à ma famille, et à tous ceux que je connais ». Alors dès qu'il y avait le moindre événement, une balade dans le quartier, l'anniversaire d'un de nos fistons, ou bien mon jubilé, je postais quantités de photos. Pire encore : je prenais les photos dans l'objectif unique de les poster sur Facebook ! Si à ce stade-là ce n'est pas maladif...

Mais en fait de répandre la bonne parole, je réalise surtout que je dois profondément endormir un tas de monde avec les photos de mes gosses, qui ne sont les plus beaux qu'à mes yeux. Bref, il y a plein de gens qui doivent regarder les deux premiers clichés, et consulter avec un manque d'intérêt tout aussi ensommeillé le post suivant d'un autre abruti qui parlera du foot, de la destitution de Flamby, de voitures de sport, de blagues sur les blondes, ou de messages de bonheur conditionnés -vous savez, ceux qu'il faut copier à tout son carnet d'adresses si on ne veut pas vivre de grands malheurs-.

Bref, Facebook, c'est la misère numérique. Et j'ai adhéré à l'abrutissement, moi qui me gargarise pompeusement de n'être jamais rassasié d'apprentissage. Car fondamentalement, quelles news intéressantes avons-nous sur Facebook ? Aucune. Quand j'y pense, c'est exactement pour les mêmes raisons que j'ai arrêté de regarder la télé en 1996. Lobotomisé sur mon canapé, je passais un temps conséquent à ne rien faire d'autre que m'assoupir les neurones devant des spectacles inintéressants, vains d'apprentissage, et dénués d'émotion.

Alors que Facebook devait me permettre par son principe de rester en contact permanent avec ceux qui comptent, il s'avère qu'eux comme moi avons d'autres chats à fouetter. J'ai des amis qui s'intéressent au sport automobile. Ils ont bien le droit. Mais ils postent des informations sur leur statut Facebook dont je n'ai rien à foutre : la voiture se résume pour moi à un outil coûteux, et aucunement à un plaisir. De même quand, tout émoustillé, je partage un film de Max Linder, muet, et en noir et blanc, les mêmes autophiles doivent bailler au corneille en se demandant comment on peut promouvoir la vision de quelque chose d'aussi soporifique. Je ne les blâme pas : chacun son truc, c'est tout. Et autant ils me polluent avec leurs tacots pourris, autant je dois copieusement les emmerder avec mon ciné-club poussiéreux.

Sans vouloir trop me mouiller, je crois que j'aime bien les gens. J'en suis arrivé à ce pathétique constat de faiblesse à force d'en fréquenter. Et j'en ai rencontré qui avaient des centres d'intérêt qui m'étaient complètement inconnus. J'en ai croisé d'autres qui étaient affublés de violon d'Ingres dont la simple évocation m'engluait dans un ennui profond. Mais quand les gens sont des passionnés authentiques, qu'ils véhiculent cette intensité unique et brillante, ce besoin de communiquer leur émerveillement comme ils ont besoin de respirer, et bien ces gens-là, il m'est impossible de ne pas les écouter : que ça me plaise ou non, je m'ouvre l'esprit, en réceptacle à leur passion. Et là, dans la plupart des cas, leur discours généreux l'emporte : ils réussissent à me fasciner... Même pour des choses pour lesquels je n'ai, a fortiori, aucun attrait. Sur Facebook, c'est impossible. On poste des liens, avec le terme outrageusement gonflé de « partage ». En fait on partage peau de balle : on jette juste une info décodée par les tiers en moins d'une microseconde, et si l'info ne convainc pas dans ce laps instantané, les tiers passent à la suivante.

Bref il n'y a aucune découverte, et si je dois faire un bilan, mes connexions Facebook se résument à deux choses : visualiser rapidement des nouvelles sans le moindre intérêt, et me prendre la tête plus ou moins brutalement avec des inconnus, soit parce qu'ils ont tort, soit parce que j'aime cultiver l'esprit de contradiction. Car il faut le reconnaître : pour qui aime faire chier le monde, Facebook est un vivier intarissable. J'ironise, car fondamentalement, je ne souhaite entretenir de relation impétueuse avec personne. Et si j'en arrive à cette ironie, c'est parce que Facebook me permet de constater à quel point le référentiel culturel joue dans les réflexions. En fait, malgré ce que les intervenants pensent, ils n'émettent pas des avis individuels, mais se dissolvent dans le tronc commun de leur consensus social. Ils ne sont jamais d'accord, mais voient le problème sous le même angle : celui de leur culture. Et personnellement, j'ai du mal à m'empêcher de lutter contre les idées reçues simplissimes, surtout dès lors qu'elles concernent la Chine.

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Le manichéisme de certains serait déconcertant à lire, s'il n'était pas aussi désœuvré. Ce sont des gens sympas, ceux qui postent sur Facebook, mais ils ont une incapacité à se démouler de leur référentiel culturel. Ou alors, pour peu qu'ils soient sensibles à la démarche, il faudrait un temps fou pour les éveiller... Je n'ai pas la patience, et ce n'est pas nouveau. En France c'est pareil. Les premières années, choqué de manière croissante par les adages de mes compatriotes à mesure que je pénétrais un peu plus la culture chinoise, j'ai arrêté toute forme de confrontation. Le recul leur manque, ils sont vitrifiés par leur schéma de pensée, et comme il est unanimement partagé dans leur univers culturel, il est impossible de le remettre un tant soit peu en question, et encore moins de l'ébranler.

Et alors que dans la vraie vie j'ai complètement arrêté toute tentative d'échange, de participation à l'ouverture d'esprit des quidams à ce sujet -sauf quand cela vient d'eux-mêmes, et qu'ils s'interrogent-, voilà que je m'y remets, mécaniquement, et avec des fantômes, puisqu'il s'agit d'individus dont je ne connais même pas la face, ou bien uniquement à travers celle qu'ils veulent bien laisser sur leur profil. Si j'en parle aujourd'hui, c'est parce que ce manque d'échange est symptomatique de ma frustration énorme à ne pouvoir assurer la promotion des conflits liés à la culture, à éveiller les gens aux antagonismes du monde, aux différentes facettes de la vérité, à les titiller sur la compréhension des pas-de-chez-nous. Mais la démarche est sysiphienne, et j'espère réussir à me sevrer rapidement pour ne plus poster sur Facebook que des éléments intéressants, à savoir qui vont drainer de la clientèle pour mon business.

Plus sérieusement, je vais vous donner deux exemples, très révélateurs. En fait les réseaux sociaux, toutes plate-formes de communication qu'ils soient, ne permettent pas du tout de s'exprimer, ou alors c'est que j'ai du mal à me faire comprendre. Je bémolise les exemples ci-dessous, car je sais difficilement tenir des propos dépassionnés, et suis parfois bien trop direct.

Le premier exemple concerne une prise de tête absurde concernant la façon dont la police chinoise est abordée dans l'inconscient collectif français, où on la renvoie systématiquement à celle décrite avec effroi par Orwell. Or ce n'est pas aussi dichotomique que cela. Les flics chinois ne sont pas des tontons macoutes. Ce n'est pas l'objet, donc je ne rentrerais pas dans le détail. Sommairement, les flics chinois sont des petits fonctionnaires. Et comme n'importe quels petits fonctionnaires, quand on va leur demander quelque chose, on les dérange. Mais le ton des réflexions sur la page concernée a commencé à monter. Ce qui m'a foutu en rogne, c'est le jugement émanant d'individus qui n'ont pas vécu en Chine, et dont la vision du pays se limite à celle véhiculée par leurs médias hexagonaux. C'est très triste intellectuellement de constater leur inaptitude à se distancer de ce qu'ils lisent ou entendent dans la presse. C'est tout de même très dangereux -au-delà d'être étroit- de considérer que, sous prétexte que c'est dans les journaux et que ça passe à la télé, c'est vrai. Il y en a même un qui, pour cimenter toute possibilité de point de vue différent, m'a renvoyé à la face des articles des Echos qui, dans son esprit, sont donc indiscutables, du fait de leur origine. Or qui, entre un gars qui vit depuis plus de dix ans en Chine, et un pigiste qui n'y a jamais foutu les pieds et bosse d'après dépêches d'agence, doit-on plus facilement écouter ?

Les gens ont une facilité sidérante à tout gober. Elle est époustouflante, cette sacralisation instantanée des sources médiatiques sans prendre un pas de recul, sans les remettre en question, sans s'interroger, alors qu'il n'y a rien de plus impératif, pour sa propre édification. Dès lors, si les manchettes sont citées, plus personne n'a droit au chapitre : c'est gravé dans le marbre. Comme je suis un sanguin, ça m'a fait décoller, alors qu'encore une fois, les remarques émanent de gens très sympas. C'est dire à quel point c'est absurde, Facebook. Et quand j'écris que ce sont des gens sympas, ce n'est pas pour lisser les choses, être cool, et me dédouaner de ce que je viens d'écrire. S'il s'agissait de connards finis, ça ne m'aurait pas gêné d'en faire état.

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Le deuxième exemple est encore plus anecdotique que le premier. C'est vous dire à quel niveau on s'enlise. Sur Facebook, on peut s'abonner à des groupes qui partagent les mêmes centres d'intérêts. En conséquence, je me suis inscrit à deux types de groupes : ceux qui évoquent la Chine, et ceux qui parlent de cinoche. Très étonnement, j'interviens toujours positivement sur la deuxième catégorie, ayant très régulièrement un petit élément informatif à rajouter quant à un article sur tel film, réalisateur, etc... Mais je n'ai jamais eu un mot de trop, et n'ai jamais vécu la moindre confrontation, ou le moindre désaccord.

Les cinéphiles ne sont pas polémiques.

Il n'en est pas de même pour les sinophiles.

On dirait qu'ils s'arrachent le monopole de la vérité. Je ne me suis pas trop posé la question, non plus : dès que ça parlait de la Chine, je m'abonnais. La plupart des groupes sont très frais, évoquent les pagodes, le thé et le taoïsme, bref tous les stéréotypes de la spiritualité chinoise... Alors que le pays n'évolue qu'à travers des préoccupations purement matérialistes. Mais bon, cela fait partie du rêve exotique occidental. Il y a des petites choses intéressantes sur la page de la plupart de ces groupes, mais c'est tout de même très régulièrement hyper cliché, et la culture n'y est traitée que sous un aspect touristique et bienveillant.

Il y a quelques jours, sur la page d'un de ces groupes, un article était posté par un gastronome. C'était pas mal, car il y parlait d'un plat chinois, et notamment de l'utilisation récurrente de la coriandre. C'est vrai que ça fait exotique, vu depuis la France. Mais depuis dix ans, je me tape à répétition des plats qui sont systématiquement chargés en gingembre et coriandre. Les chinois en caviardent partout, pensant que cela donne de la saveur. Et la coriandre, c'est devenu pour moi infernal : ça donne un goût de pastis à tout ! Bref, je me suis permis d'en faire état, simplement en disant qu'à mon sens, ça dénaturait le parfum original des aliments. Alors c'est vrai, c'est aussi romanesque que l'image d'une fumerie d'opium à la Lotus Bleu, mais mettez-vous à ma place : ça fait dix ans que j'en ingurgite. J'ai rédigé ainsi deux commentaires rapides, et que je croyais sans conséquence. En fait à la suite du deuxième, un post a été publié par l'administrateur, rappelant poliment, mais sans s'adresser directement à la personne visée -à savoir moi-même- que « le groupe refusait toute polémique ». J'en ai été éberlué et me suis permis de commenter par un candide et souriant « écrire qu'on n'aime pas la coriandre, c'est polémiquer ? ». Je n'en veux à personne, mais très sincèrement, de lassitude, je n'ai même pas eu le cœur à me reconnecter au groupe : je le laisse dans son illusion d'un pays carte postale, dans sa vérité de guide touristique. C'est d'autant plus étonnant de la part de passionnés qui devraient s'intéresser à ce que les expatriés de longue date peuvent leur raconter sur le pays qu'ils aiment. Je ne suis plus tout à fait certain, mais il me semble que c'est Alphonse Allais qui disait « l'amoureux transi, c'est celui qui met un charbon ardent dans sa poche en croyant qu'il s'agit d'un diamant ». Ce type de monolithisme aveuglé est régulier chez les amoureux de la Chine. Et encore une fois je ne blâme personne : à l'époque où je rêvais de m'expatrier, je vivais dans une idéalisation tout à fait idoine à celle qui émane de ces groupes.

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Des amoureux de la Chine qui viennent de s'expatrier, j'en ai croisé quelques uns, mais pas tant que ça : la plupart des étrangers débarquent ici pour des raisons professionnelles. Mais j'en ai rencontré quand même. Par contre je n'ai absolument jamais connu un seul étranger qui, après deux ans en Chine, restait l'amoureux émerveillé qu'il était à son arrivée. Le pays est dur, très dur. La mentalité chinoise, même si elle est acceptable d'un certain point de vue, est foncièrement tordue si on l'analyse avec les mauvais outils, à savoir le référentiel occidental. Mais en tant qu'européen, même si on peut comprendre qu'une appréciation des choses différente soit tout aussi admissible, on ne peut chasser ses propres valeurs que temporairement. Et puis il y a la pollution, le bruit, la foule. Oui, quand on rentre en France, tout cela manque, car Dieu que la France est blafarde. La France est un vieux film muet en noir et blanc, alors que la Chine, au contraire, c'est une toile en cinémascope, dans un Dolby hurlant et un technicolor éclatant. La comparaison n'est pas vaine : il suffit de passer quelques heures dans l'Empire du Milieu pour s'en convaincre. A l'arrivée, on ressent l'atmosphère chinoise avec la force d'un pain dans la gueule.

A l'inverse, parfois, un peu d'isolement ou de silence ponctuels feraient du bien. Ce pays est une pile électrique. Il rend nerveux les plus taciturnes, par étouffement sonore et humain total et constant. En France, il était rare que je monte le ton. Ici, quand je me lève le matin, l'une de mes premières questions, que j'appréhende d'avance avec un soupire de fatigue c'est « avec qui je vais me prendre la tête aujourd'hui ». Et je n'ai pas le choix : si je ne résiste pas, si je ne me confronte pas et que je laisse l'autre gagner, je vais me faire écraser tous les jours un peu plus. C'est aussi futile que piteusement chronophage. Mais les gens, les événements sont là, il faut leur faire face car ils ne me laisseront pas me défiler. L'objectif n'est pas de jouer au plus fort, mais d'éviter l'anéantissement social.

Ce n'est pas moi qui l'ai voulu, le pays est comme ça.

Prendre ou laisser revient à rester ou partir.

J'ai fais le choix de rester.

Pourquoi ?

Je ne vais pas mentir : si je reste en Chine, l'une des raisons principales, c'est le fric. Je ne suis pas richissime, mais bosser dur ne me fait pas peur. En Chine on encense la réussite, sans pour autant cracher sur les pauvres : malgré une arrogance souvent démesurée, nombreux sont les chinois pleins aux as qui savent très bien de quel ruisseau ils se sont extraits, et ils ne regardent pas de haut les démunis. Tout le monde ici réalise que le prochain défi de la Chine est d'augmenter le niveau de vie des laissés pour compte du miracle économique. En France, la démarche intellectuelle est inverse : moins tu en fais, plus tu es cool. Et si tu dis que tu bosses dur, les gens soupirent : d'un coup tu es moins intéressant. Et là, c'est au mieux. Au pire tu passes pour un salaud, surtout si tu donnes à manger à un tas de gens en les embauchant. Et puis, les français baignent dans tellement d'acquis que les ambitions n'excitent plus suffisamment, ou alors c'est le message qu'on véhicule. Personnellement, je crois que le lavage de cerveaux a très bien fonctionné. Je le réalise d'autant mieux que si j'étais resté en France, je ne pense pas que j'aurais entrepris : avec un salaire régulier, trente-cinq heures de travail, des week-ends, des congés payés, des frais de santé gratuits, et une retraite qui se constitue d'elle-même, quelle folle raison m'aurait poussé à délaisser toute cette sécurité ?

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L'autre raison, c'est l'imprévisibilité de la vie. Il est là, je pense, le véritable « exotisme ». Le quotidien en France est plan-plan, funèbre. En Chine, on se retrouve régulièrement au cœur d'une tourmente pourtant insoupçonnable seulement quelques minutes avant d'y tourbillonner. Il suffit de sortir de chez soi pour qu'un truc incroyable arrive. Quelque part, c'est inquiétant, et c'est pour ça que je suis aussi constamment sur la défensive. Ces problématiques futiles et usantes, je les appréhende, après plus de dix ans, avec de plus en plus de difficultés. Par contre tout est tellement facile en France qu'à chaque retour je m'y révèle d'une combativité dont mes compatriotes sont exempts. Et c'est grâce à cette violence psychologique que les chinois vont réussir à nous bouffer : nous sommes des agneaux en comparaison, derrière nos sourires pseudo-colonialistes.

Mais voilà, même si je m'en plains, j'aime ces confrontations qui testent mes limites. J'aime que le quotidien me surprenne. En France, tout est carré, pré-dessiné, figé. On ne peut agir sur rien. Ici, les événements se succèdent. La loi et les règles sont pliables en fonction des pratiques, des humeurs. Rien n'est immuable. La liberté et le libre arbitre -hors militantisme politique- prennent leur véritable sens, alors que c'est pourtant en Occident qu'on s'en gargarise. La Chine bouillonne. Si je rentre en France, par manque de ces petites aventures journalières, j'ai peur de me flétrir jusqu'au craquèlement. Alors c'est vrai, cette explosion de vie, ce manque de normes pour tout, je ne le vis pas toujours très bien. Mais je m'imagine pourtant difficilement vivre sans. Pour autant, s'il ne restait que ça, et pas l'argent, resterais-je ? Je mentirais en disant que j'en suis certain... Maintenant, on ne peut présager de rien. Si par exemple j'avais suffisamment d'argent pour arrêter de travailler, j'envisagerais différemment la Chine : le besoin de me battre serait moins impérieux. Je pourrais profiter des aspects positifs du pays, qui restent nombreux.

Paradoxalement, je ne supporte plus les chinois. J'ai horreur de leur petitesse d'esprit, de leur beauf attitude, de leurs habitudes de grands-pères, de leur impossibilité de voir ce qui les entoure autrement qu'en s'y cognant, de leur nationalisme à la con, de leur mauvaise foi, de leur brutalité, de leur impolitesse outrancière, de leur intérêt toque pour ce qui brille, de leur incapacité à la réflexion. Pourtant, à chaque fois que je rentre en France, et alors que mon niveau reste bien piètre, dès que je croise un chinois, je suis extatique de bonheur à papoter en mandarin : loin de chez moi, j'ai le sentiment de retrouver un compatriote ! Mettez-vous à ma place : il y a un truc que je partage avec eux, depuis plus de dix ans. Et puis les chinois sont des gosses : ils sont indisciplinés au point d'en être ingérables... Mais on ne peut que se prendre d'affection pour des gosses. Il y une dualité dans mon rapport avec les chinois : tantôt je ne peux plus les voir en peinture, tantôt je reste bouche bée devant leur pragmatisme, devant leur générosité éclatante. On ne peut pas leur faire confiance, et ils s'arnaquent les uns les autres : c'est pour ça que la famille est importante ici, car cela forme un noyau insécable face au reste du monde. Mais pour autant, malgré que l'entubade soit le sport national, ce ne sont pas des gens méchants. C'est même tout l'inverse. Dans de très nombreux cas, on peut compter sur eux -alors qu'en France, pour un même service, on se ferait cracher au visage-. C'est dur à expliquer dans un format occidental, c'est juste qu'il y a quelque chose de naturel, lié à la pauvreté dont ils ont du s'extirper, seuls, et leur nécessité de survivre. Cela ne génère pas d'entraide, malgré l'idéal occidental de simplicité, mais au contraire un combat pour subsister.

Quelles autres raisons me font rester en Chine... ? Voyons voir... Ah oui : le prix des Blu Ray, la beauté des filles, la sécurité dans les rues, surtout à la nuit tombée, et le fait que je puisse boire un coup de trop sans danger, puisque je peux héler un taxi à chaque coin de rue, passé trois heures du mat' ou trois grammes dans le sang. Pour le reste, je n'ai plus autant à cœur de m'imprégner de découvertes culturelles. Même si la civilisation chinoise a encore quantité de choses à me dévoiler, je crois m'être, après plus d'une décennie, lassé de son unilatéralité. Au même titre que j'ai du mal à faire comprendre aux français que les systèmes de pensée ne sont pas universels, il est difficile d'éveiller les chinois à un autre point de vue que le leur. Alors plutôt que de m'y intéresser pleinement, je compte les points, dans mon coin, et m'édifie quand ça me chante.

Concernant la sécurité, je me suis pris la tête sur Facebook avec un autre gars dernièrement. En France, personne ne laisserait une fille rentrer chez elle toute seule à deux heures du matin, car il est évident qu'elle prendrait des risques. Je n'arrive pas comprendre à quel titre -à part sous prétexte que c'est comme ça partout en France-, les français dédramatisent cet inquiétant état de fait avec un sourire persifleur, et considèrent que c'est normal. A Suzhou, ma femme peut rentrer seule, tard dans la nuit : elle ne coure pas le moindre danger. Ça, ça me paraît être une situation normale. Quand je repasse en France, c'est très délicat, car je dois prévenir Caili, qui a du mal à comprendre. Le dosage n'est pas évident, car en même temps, je ne veux pas qu'elle vive dans la peur. Mais bon, il paraît que c'est moi qui exagère. Je ne sais pas si ceux qui trouvent que j'exagère laisseraient la femme qu'ils aiment se promener seule de nuit. Et les français se vantent de vivre dans le pays de la liberté. C'est fou à quel point le besoin de confort intellectuel bâtit des illusions.

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Parmi ces groupes s'intéressant à la Chine, je me suis inscrit à un qui s'est avéré particulièrement copieux. Son objectif était de « promouvoir les cultures asiatiques ». Enfin, c'est ainsi qu'il se revendiquait. En fait il s'agissait d'une association contre le racisme typiquement hexagonale, engluée dans une victimisation politisée des plus radicales. Il faut dire que dans les médias français, le racisme est évoqué avec une récurrence métronomique, qui plus est en renvoyant à la face des lecteurs une culpabilité imaginaire. Vous croyez que j'exagère ? Ben non : lisez les journaux d'autres pays occidentaux, et comparez. Bien sûr que le racisme existe. Mais pas plus en France qu'ailleurs. Et personnellement, à part pour mes enfants, je me sens peu concerné. Et quand mon occidentalité m'amène à me faire pigeonner, je m'en accommode ou je me défends, mais je ne vais pas pour autant cataloguer l'intégralité de la population chinoise comme étant raciste ou facho. Cet automatisme épidémique franco-français à pointer d'un doigt coupable ceux qui visualisent peuples et cultures autrement qu'à travers le prisme du racisme, est tout simplement ahurissant. D'abord une culture ne s'évalue pas uniquement sous l'angle de la haine qu'elle peut générer. Ensuite, il y a d'autres problématiques qui me paraissent aussi importantes, et pour lesquelles on semble manifester moins d'intérêt : la lutte contre le cancer, donner un travail à tous, permettre aux plus précaires d'avoir un toit et une assiette pleine. Bref, il n'y avait aucune promotion culturelle dans ce groupe : chaque article valorisait d'une manière ou d'une autre la dénonciation des grands méchants blancs.

Ma démarche serait exactement la même si chaque des articles de mon blog n'avait qu'un seul contenu répétitif, montrant du doigt les chinois, autopsiant chacun de leur comportement vis-à-vis de moi sous un angle raciste -par exemple, quand un chauffeur de taxi tente de me pigeonner : il ne faut pas se leurrer, il le fait car je suis blanc-, et les décrétant racistes dès lors qu'ils réduisent mon origine à un stéréotype usé. Et bien évidemment, je clamerais que le blog a « pour objectif de promouvoir la culture française ». De vous à moi, vous ne trouvez pas que le langage autant que la démagogie seraient nauséabonds ? Et bien c'est exactement leur démarche.

Ensuite, je n'avais pas trop compris comment une association pouvait combattre le racisme dont sont spécifiquement victimes les asiatiques, alors que cela me paraît être une lutte universelle, quelle que soit la culture d'origine. Ben non, pas pour ce groupe : un jaune vaut plus qu'un blanc ou qu'un noir. Et puis force est de constater, à la lecture de quelques posts parfois déconcertants, que ces militants-là voient de la haine raciale absolument partout, jusque dans l'image d'une asiatique somptueuse habillée en écolière japonaise... Comme si ce n'étaient pas les japonais qui, eux-mêmes, réduisaient leurs lolitas à ce stéréotype, mais qu'il s'agissait-là uniquement d'un avilissement à l'occidental. Déjà, j'ai commencé à me prendre la tête avec quelques membres de ce groupe, me demandant, dubitatif, où ils voyaient du racisme dans la démarche. Si c'est le cas, il faut interdire la publication des mangas en France.

J'espère que mes enfants, qui portent leur origine asiatique sur le visage, ne seront pas victimes du racisme. Mais j'espère encore plus qu'ils ne deviendront pas comme ces paranos-là. Je ne veux pas qu'ils vivent dans la haine, ou qu'ils diabolisent l'autre par peur d'en être victimes.

Trombinoscope dans le collimateur.

Une limite a été franchie quand, issu de ce groupe, un français d'origine asiatique m'a demandé d'être son « ami » Facebook. Partant du principe que Facebook était fait pour échanger, j'ai bien évidemment accepté. Après tout, l'idée, au-delà de partager avec les gens qu'on connaît, est aussi de découvrir des gens qu'on ne connaît pas. Quelques jours après que j'ai accepté l'invitation du zigue, celui-ci me contacte via le chat de Facebook. Notre conversation a démarré le 15 août, et s'est conclue une douzaine de jours plus tard. Je vous la glisse en intégralité ci-dessous. Vous allez voir à quel point le gars est obsédé par le racisme dont il est -ou se croit- victime. Il en devient agressif, ne parlant que de ça : à le lire, la totalité de son relationnel avec le reste du monde se résume à ça. Et en voyant comment s'est terminée notre conversation, je n'ai plus eu de doute sur sa parano. Je n'ai fais aucune autre modification dans le texte ci-dessous que des corrections orthographiques : le chat implique des raccourcis rédactionnels que j'accepte dans ces circonstances, mais pour lesquels je suis plus intransigeant dans le cadre d'un article. Je fais partie de ceux qui sont prêts à prendre les armes pour défendre un accord de participe. Par ailleurs, je me suis permis d'ajouter parfois un commentaire en italique entre deux dialogues. Par commodité, j'ai surnommé le bonhomme « Ami Facebook », et Christophe, ma foi, c'est ma pomme.

La conversation a commencé le 15 août 2013, à 12:28.

Ami Facebook : Salut. Tu vis en chine ? Présente-toi s'il te plaît.

12:29

Christophe : Je vis à Suzhou, avec ma femme chinoise et mes deux enfants, et toi ?

12:29

Ami Facebook : Je vis en France. Je suis étudiant. Tu es expatrié ? C'est rare de voir un français aimer les chinois. En France, beaucoup de racisme anti-chinois. Bref tu le sais. J'ai la nationalité française.

Sur le moment, j'ai été un peu surpris : cela faisait moins d'une minute que nous avions entamé la conversation, que déjà il commençait à me parler de racisme. Et puis c'est étonnant ce « Bref tu le sais », en forme de clin d’œil, de private joke uniquement compréhensibles par nous deux, comme si on faisait partie de la même secte.

12:30

Christophe : C'est gentil pour moi, mais pas très sympa pour les français ! ; ) Tu sais j'ai rencontré plein de chinois qui n'aimaient pas les étrangers, et même particulièrement les français suite au problème des JO et du Tibet... Le racisme, hélas, c'est comme la connerie : c'est international... Mais j'avoue que ça me fait soucie pour mes deux enfants qui sont métis...

12:31

Ami Facebook : Oui, mais c'est pas pareil, tu es de nationalité française. Alors que moi, je suis de nationalité française, et je subis le racisme au quotidien. C'est cette hypocrisie que je voulais dénoncer en France. On nous donne la nationalité française mais on nous traite comme des chinois.

Les français sont toujours choqués de me voir parler français alors que je suis né en France. J'ai tout fait en France. J'imagine que tu étais comme ça aussi.

12:34

Christophe : Nous on nous donne même pas la nationalité chinoise... Alors que j'y vis depuis 10 ans. Et puis le racisme aussi j'en suis victime à travers tous ces gens en Chine qui tentent de m'arnaquer sous prétexte que je suis "laowai.".. Mais il ne faut pas diaboliser un peuple pour autant je pense.

12:35

Ami Facebook : Mais toi c'est pas pareil, tu es arrivé en chine très tard, alors que moi je suis né en France.

12:35

Christophe : Ton cas est en effet différent. Pour autant j'en discutais avec un français d'origine chinoise, et il me disait qu'il ne ressentait pas le racisme, me disant que c'était plutôt les noirs et les arabes qui en souffraient...

L'anecdote est tout à fait vraie. Si j'avais interrogé ce français d'origine chinoise, c'est justement par crainte de ce que mes enfants pourraient ressentir en grandissant. C'était un jeune qui étudiait à Suzhou pour un an. En fait il vivait le problème inverse : malgré ses origines, il ne parlait pas le mandarin, et devait faire face à l'incompréhension des chinois qui le haranguaient dans les rues. Et puis nous avions changé de sujet bien rapidement, face à son peu d'intérêt à me répondre sur une question pour laquelle, lui en tous cas, ne se sentait pas concerné.

12:35

Ami Facebook : Oulah, c'est très faux !

12:35

Christophe : C'est vrai.

12:35

Ami Facebook : C'est les médias. Ils sont très médiatisés, c'est pour ça que tu crois ça. On subit pire que les arabes et les noirs.

12:36

Christophe : Les médias donnent plutôt l'impression d'avaliser une immigration d'Afrique, alors qu'en parlant avec les français, ils diabolisent les africains...

12:36

Ami Facebook : Agressions surtout !

12:36

Christophe : Comment ça... ?

12:37

Ami Facebook : Moi quand je me promène, il y a toujours quelqu'un pour me dire « ça va tching tchong », « oh, un chinetoque », etc... Le racisme anti chinois existe ! Mais il n'est pas médiatisé.

Huit minutes que je connaissais ce type, et il ne me parlait que de ça. Tout en respectant son mal-être, j'ai voulu quand même essayer de changer de sujet.

12:39

Christophe : En étant né en France, ça doit en effet être l'enfer... Maintenant il faut peut-être passer outre, sinon tu vas passer ta vie à te focaliser sur ces abrutis, alors que cela ne peut pas être une généralité... Et très sincèrement, à lire tes commentaires sur Facebook, sans vouloir juger, tu as l'air obnubilé par ça, au même titre que les expats en Chine qui passent leur temps à taper sur les chinois.

12:39

Ami Facebook : Je suis obnubilé parce que je le subis au quotidien ! Tous les jours !

12:40

Christophe : Ton origine est une richesse, point barre. Maintenant c'est à toi de la cultiver, et non pas de voir la réaction des autres qui n'ont pas l'immense chance d'avoir une origine culturelle différente.

Je vous l'accorde, à l'accoutumée j'écris mieux que ça. Ne pas faire d'efforts lexicaux révèle à quel point je voulais couper court.

12:40

Ami Facebook : Ce qui m'énerve, c'est que si ça avait été des arabes ou des noirs, il y aurait eu des choses... Et ne parlons même pas des juifs. Enfin bon. Je peux te dire que suite à mes commentaires, j'ai reçu une avalanche d'insultes racistes. Et Facebook ne fait rien. Facebook s'en fiche. Mais bon, j'ai l'habitude. J'espère que tu comprends que le racisme anti chinois existe et est toléré. Deux poids, deux mesures.

12:44

Christophe : Honnêtement, passe à autre chose, car ta vie va être un enfer, et tu es le premier français d'origine chinoise que j'entends avoir ce discours. Tu sais, si tu ne vois tous les autres qu'à travers le problème du racisme, il est clair que tu ne vas avoir des réponses que de ces gens-là...

12:44

Ami Facebook : Les autres le subissent aussi mais n'en parlent pas. Je suis pas le seul. J'en connais plein. Il suffit de voir le nombre de gens qui ont mis un pouce sur mon commentaire qui dénonce le racisme anti chinois.

12:45

Christophe : Désolé je rentre en Chine demain et je dois finir mes valoches... Désolé su je suis un peu direct, mais tu me contactais uniquement pour parler racisme ? On a peut-être d'autres choses à échanger, non ?

12:46

Ami Facebook : Oui. En fait, je voulais savoir ce que tu connaissais de la chine. Tu y habites, donc ça m'avait attiré qu'un français quitte son pays pour aller en chine. C'est vrai que la Chine est le nouveau eldorado. J'espère que tu t'y plairas. Bon retour en Chine.

13:05

Christophe : On reprend contact avec plaisir à mon arrivée là-bas si c'est ok pour toi. Il y a beaucoup de choses à dire sur le sujet. Toutes mes amitiés. Christophe.

Deux jours plus tard...

17 août, 04:53

Ami Facebook : Salut. Alors ?

Occupé à autre chose, je n'ai pas pris le temps de lui répondre. Le lendemain, il me recontactait. Je n'ai répondu non plus, car nous venions de rentrer de France, et je classais les milliers de photos prises.

18 août, 13:56

Ami Facebook : Ta femme est vraiment chinoise ?

14:09

Ami Facebook : Tu parles chinois ?

Et puis je n'ai plus eu de nouvelles du jeune homme, jusqu'au 27 août. Mais là, il attaquera encore plus directement son unique sujet de conversation, bille en tête, sans même saluer.

27 août, 00:33

Ami Facebook : Il y a beaucoup de discriminations sur les français d'origine asiatique. Mais on n'est pas représenté. C'est pour ça que tu sais pas.

Le soir-même, très tard, le voilà reparti... Mais là, son accusation à mon égard m'a fait décoller.

23:01

Ami Facebook : Si tu savais les discriminations sur les asiatiques en embauche. Même toi, tu ne voudrais pas embaucher un français d'origine asiatique.

« Même toi, tu ne voudrais pas embaucher un français d'origine asiatique » : il n'en fallait pas plus pour me faire monter dans les tours. J'ai vidé mon sac et lui ai claqué la porte au pif :

02:01

Christophe : Tu sais quoi ? Ton problème c’est pas le racisme. Ton problème c’est ta paranoïa. As-tu autre chose à exprimer que ton problème par rapport à ça ? Parce que honnêtement, pour ceux qui ne se sentent pas concernés, ni te connaissent, c’est assez casse-couilles de te voir ruminer tes problèmes imaginaires dans ton coin. Ton accusation complètement délirante de ne pas me voir embaucher un asiatique, au-delà du fait qu’elle est imaginaire, est le symptôme parfait de la parano dans laquelle tu t’enfermes tout seul, dans ton petit mental bien étriqué qui se sent agressé. Mais pauvre truffe, ça fait dix ans que je vis en Chine, ma femme est chinoise, et mes enfants le sont ! Et tu crois qu’être asiatique est pour moi un facteur de ségrégation ??... Minable, va...

Et ensuite j'ai bloqué le contact d'un coup de balai numérique. Il y a vraiment des gens qui devraient se soigner. Dans la foulée je me suis désabonné du groupe. Oui, il y a du racisme, partout à travers le monde, envers toutes les cultures. Mais il n'y a pas que ça non plus, et la ségrégation potentielle dont on peut être victime ne doit pas déterminer notre rapport à l'autre. Et puis l'accusation de la part d'un lamentable abruti inconnu, osant prétendre que je n'embaucherais pas d'asiatique... Au-delà d'être stupide, légalement, ça porte un nom : on appelle ça de la diffamation.

Tout ça pour dire que mon premier chat Facebook s'est avéré assez romanesque, même si carrément désagréable, en plus d'être exceptionnellement décevant. Franchement, je n'imaginais pas que mes rapports humains virtuels pourraient descendre plus bas dans la bêtise.

Trombinoscope dans le collimateur.

Pourtant, aujourd'hui j'ai atteint le fond, l'abysse. Je reçois quelques demandes par semaine de gens qui veulent « être mon ami ». Comme c'est un peu le principe, j'accepte systématiquement les invitations. Et la semaine dernière, un certain Matin Lavoie m'a envoyé une invitation pour devenir son poteau sur Facebook. J'ai confirmé sans chercher plus loin, comme je le fais à chaque fois. Mais un peu plus tard, quand je me suis connecté sur sa page, je me suis demandé pourquoi ce Matin Lavoie m'avait contacté : il ne semblait ni cinéphile, ni sinophile. Rêveur, je me suis dis que c'était un lecteur du blog, alors que je sais pertinemment qu'il n'y a que ma mère et Samuel qui le lisent.

Et quelques jours après avoir accepté son invitation, à savoir aujourd'hui, il me contacte via le chat de Facebook : il voulait papoter par claviers interposés. Naïvement, ne connaissant pas le bonhomme, j'ai trouvé ça plutôt sympa... En même temps qu'étrange. Mais c'est tellement chouette de rêver, et de se dire que Facebook permet à des inconnus de faire connaissance. J'ai vite déchanté. Vous allez comprendre pourquoi, au travers de la conversation, que je vous glisse intégralement ci-dessous. Là aussi, je me suis contenté de corriger l'aurtograff et la seintakse.

08:20

Matin Lavoie : Allô ?

08:21

Christophe : A l'huile.

08:21

Matin Lavoie : Comment vous allez ?

08:21

Christophe : Bien et vous ? On se connaît ?

08:21

Matin Lavoie : Bien merci. Je me nomme Matin. Et vous ?

08:21

Christophe : Christophe.

08:22

Matin Lavoie : Enchanté. Êtes-vous marié ? Des enfants ?

08:22

Christophe : Oui, j'ai une femme et deux enfants, même si je préférerais que ce soit l'inverse. Et vous ?

08:23

Matin Lavoie : Moi je suis veuf et je n'ai pas eu la chance d'avoir des enfants. Que faites-vous de beau dans la vie ?

08:23

Christophe : Pas mal de choses en fait... Je vis en Chine et y fais du sourcing pour faire simple.. Et vous-mêmes ?

08:24

Matin Lavoie : Moi je travaille dans le domaine du bois, du café et du cacao.

08:24

Christophe : Et vous êtes où ?

08:24

Matin Lavoie : Je suis d'origine française mais je réside à Abidjan. Que recherchez-vous sur le net ?

08:25

Christophe : Abidjan, ça doit être sympa. Jamais allé pour l'instant. Je ne recherche rien de spécial sur le net... Je m'efforce de croire que ça m'aide à me cultiver. Mais en réalité je passe surtout du temps à me prendre la tête avec plein de gens !

Je ne croyais pas si bien dire...

08:26

Matin Lavoie : Moi je recherche de l'amitié. Je suis des traitements de chimio et je suis sous contrôle médical depuis plus de deux mois, ici, à Abidjan.

C'était clair : la prise de contact avait pour objectif de me berner. Mais comme je suis curieux de tempérament, j'ai voulu aller jusqu'au bout.

08:27

Christophe : Oulah. Et quels sont les pronostics, si je peux me permettre d'être aussi direct ?

08:27

Matin Lavoie : J’ai un cancer de la gorge, dont j’en souffre terriblement en ce moment. Mon médecin traitant vient de m’informer que mes jours sont comptés vu mon état de santé très dégradé. Je suis donc condamné à une mort certaine.

08:28

Christophe : C'est terrible, et tous mes vœux vous accompagnent. Vous n'avez pas souhaité rentrer en France ?

08:28

Matin Lavoie : Le pire en ce moment, c'est que tout mes amis m'ont laissé tomber quand ils ont appris pour mon état de santé et vous êtes la seule personne à mes cotés. Mon état de santé ne me permet pas de voyager.

Là je dois l'admettre, même si ça paraît incongru, j'ai pouffé. Et j'ai remis les pendules à l'heure.

08:29

Christophe : Faut se détendre, on ne se connaît pas non plus... Et je vis à quelques milliers de kilomètres.

08:29

Matin Lavoie : Je voudrais vous faire une confidence que je n'ai jamais faite à personne.

08:30

Christophe : Allons bon !

Deuxième pouffement de rire.

08:31

Matin Lavoie : Ma situation matrimoniale est telle que je suis veuf, j'ai perdu ma très chère femme depuis plus de dix ans et nous n'avons malheureusement pas eu d'enfant ensemble, ce qui fait que je n'ai personne à qui léguer mon héritage.

Histoire de ne pas lui faire perdre de temps, je me suis permis de le devancer.

08:32

Christophe : Et vous êtes richissime ?

08:34

Matin Lavoie : Non pas du tout, pourquoi ?

08:34

Christophe : Ben je sais pas, vous parlez d'héritage à léguer.

C'est que j'étais intéressé, moi ! Je me voyais déjà arrêtant de travailler, et passer le reste de ma vie en monokini panthère, allongé sur le transat d'une plage exotique, buvant un cocktail à la paille et à la papaye, profitant de mes millions.

08:35

Matin Lavoie : A ce stade de ma vie, je me rends vraiment compte que l’argent ne pourra me redonner une bonne santé de fer ni m’acheter une place au paradis. Je pense donc que c’est bien le moment de me racheter auprès du bon Dieu en vous léguant ces fonds pour le bien être des autres, vu que moi je ne pourrai plus jamais m’en servir sur cette terre des humains.

08:36

Christophe : Quelle bonne idée !

Ben oui... Le malheur des uns...

08:37

Matin Lavoie : C’est pourquoi, pour débloquer mes fonds, je voudrais procéder à une donation de façon à ce que il n'y ait pas de taxe élevée sur mes fonds. Je voudrais donc, de façon gracieuse et dans le souci d’aider les démunis, vous léguer ce dit héritage s’élevant à une valeur de Trois Millions Cinq Cent Mille Euros (3.500.000 €) pour vous permettre d'établir une fondation de bienfaisance en ma mémoire afin que la grâce de Dieu soit avec moi jusqu'au dernier jour, pour que je puisse bénéficier d'une place honorable auprès du Seigneur notre Père. Ce projet je l’ai en tête depuis très longtemps, et comme on le dit aussi souvent l’argent ne fait pas vraiment le bonheur.

C'est vrai, alors autant filer tout ce pognon à un parfait inconnu avec lequel on papote via internet depuis un quart d'heure. Si j'étais millionnaire et cancéreux, j'aurai la même démarche.

08:40

Christophe : Ben dites-donc ! Vous n'êtes pas richissime, mais avec cette somme-là vous devez pouvoir acheter la moitié d'Abidjan.

08:41

Matin Lavoie : N'ayez vraiment aucune crainte, car bien avant de me mettre sur mon ordinateur, j'ai prié pendant plusieurs jours et nuits « Seigneur ! Je trouve en tes volontés mes délices, je n'oublie pas ta parole, guide-moi au chemin de tes commandements, car j'ai là mon plaisir ». Pour que le Seigneur puisse m'accorder le contact d'une personne de confiance à qui je pourrai me confier c’est à la suite de cela que j'ai fais des recherches qui m'ont permis de vous contacter. Donc me confier à vous serait me confier à l’éternel vu que c’est lui qui a permis cette rencontre.

08:42

Christophe : Faut arrêter de fumer la moquette.

08:42

Matin Lavoie : Oui, j'ai arrêté. J’aimerais que vous conserviez la moitié de cet argent pour vous et le reste servira à la création d’une fondation de bienfaisance en ma mémoire ainsi qu'une fédération de lutte contre le cancer et construire aussi des orphelinats pour les enfants démunis.

Évidemment, je n'ai pas résisté, l'occasion était trop belle, je suis rentré dans son jeu.

08:43

Christophe : La moitié, ça va jamais être assez... C'est que j'ai de gros frais moi...

08:46

Matin Lavoie : Bien sur que si, la moitié est beaucoup assez, de plus les frais sont moins, alors ne vous en faite pas.

08:47

Christophe : Désolé j'ai rien compris. « la moitié est beaucoup assez, de plus les frais sont moins »... Qu'est-ce que vous entendez par là ?

08:48

Matin Lavoie : Je veux dire que la moitié de ces fonds vous reviennent, une manière à moi de vous remercier pour tout. Voilà.

08:48

Christophe : Ben oui, mais comme je vous le disais, la moitié de trois millions et demi d'euros, c'est un peu juste...

08:50

Matin Lavoie : Oui, bien sûr.

08:50

Christophe : Ma femme mange bien.

08:51

Matin Lavoie : Oui. Je voudrais avoir les informations suivantes : vos nom et prénoms ; votre adresse précise ; et votre contact téléphonique permanent ; afin de les transmettre à mon notaire pour qu'ensemble vous puissiez effectuer les démarches de la transaction des fonds.

08:56

Christophe : Nom : Lepère. Prénom : Noël. Adresse : Igloo 4, Pole Nord. Désolé, mais je n’ai pas le téléphone.

09:01

Matin Lavoie : Alors j'attends de vous les coordonnées pour prendre note, afin de les remettre au Notaire.

09:01

Christophe : Je viens de te les donner !

09:02

Matin Lavoie : Je n'ai pas reçu, redonne.

09:02

Christophe : Nom : Lepère. Prénom : Noël. Adresse : Igloo 4, Pole Nord. Désolé, mais je n’ai pas le téléphone.

09:03

Matin Lavoie : Pour qui me prenez-vous ?

09:04

Christophe : Ben je sais pas. T'as l'air de croire au Père Noël. Désolé, mais moi ça fait longtemps que je n'y croie plus ! On se fait une petite conversation vidéo via webcam si tu veux. Histoire de se voir face à face.

09:04

Matin Lavoie : Et après cela, que se passera-t-il ensuite ?

09:05

Christophe : On verra bien...

09:05

Matin Lavoie : Je comprends tes doutes et tes peurs, mais ne le sois pas car je suis une personne honnête, une personne de bonne foi.

09:06

Christophe : Mon identifiant Skype c'est ****. Tu te connectes, histoire qu'on puisse discuter en vidéo directement ? C'est quoi ton identifiant Skype ?

09:07

Matin Lavoie : Ok mais en MSN, je te donne mon adresse et tu m'ajoute, ça te va ? Car j'ai pas de Skype, mais là on peut se voir et se parler. C'est pareil.

09:08

Christophe : Ok, vas-y pour MSN.

09:08

Matin Lavoie : matin_lavoie@live.fr. Ajoute-moi.

09:12

Christophe : Attends, je l'installe et j'arrive. J'ai Skype mais il me faut MSN. Sinon, tu arrives à arnaquer beaucoup de gogos, ou bien c'est ta première tentative ?

09:13

Matin Lavoie : Pense ce que tu voudras.

09:20

Christophe : J'essaye de t'appeler là. En fait il semble que ça marche même avec Skype. Tu décroches ?

Évidemment, au début, malgré mes deux appels consécutifs, un peu pris de cours, Matin Lavoie ne décrochera pas. Mais c'était tellement dommage de s'arrêter-là, que j'ai insisté... Et la troisième fois il a décroché. Il n'a pas démarré sa webcam, et moi-même avais positionné la mienne pour que seule une partie de mon visage soit visible : je ne voulais pas qu'il utilise une capture d'écran de ma trombine à l'avenir pour ses méfaits. Je lui ai parlé, mais il n'a rien répondu de l'autre côté. Il raccrochera pour me balancer par écrit un « que veux-tu de moi ? ».

Je n'ai rien écris, et l'ai rappelé. Après un laps, il décroche, et je lui repose la question en direct « alors, tu réussis à en arnaquer beaucoup, des gens ? ». Et j'entendrais timidement une voix me répondre de l'autre côté « euh... Non ». Faute avouée, faute à moitié pardonnée.

Le delta entre la photo du bonhomme ci-dessous, telle que présente sur son profil Facebook, et le ton de sa voix était à mourir de rire ! Et j'ai explosé instantanément. A deviser la tête de Matin Lavoie, je m'attendais à un timbre teuton, voire même avec un léger bruit de bottes dans la voix. Pas du tout : de l'autre côté de Skype, j'avais l'impression d'entendre Michel Leeb dans ses imitations outrancières des africains dans les années 80. Autant dire que cela ne cadrait pas du tout avec la tronche du personnage, révélant d'autant plus grossièrement la fumeuse tentative de gruge.

Trombinoscope dans le collimateur.

Finalement, m'entendant rire, il a raccroché, et je n'ai jamais eu de nouvelles. J'ai juste remarqué qu'il s'était désinscrit de mes amis Facebook.

Mince alors, ce n'est pas tous les jours qu'on devient instantanément copain sincère avec un cancéreux en stade terminal et richissime généreux sans héritier qui vous a à la bonne. Moi qui croyais que le seul qui avait réussi à s'enrichir rapidement avec Facebook, c'était son P.-D.G.

L'arnaque est tellement brute qu'elle est en est ridicule. Pour autant, les mensonges les plus titanesques sont souvent les plus faciles à absorber. Consécutivement à cette mésaventure aussi pathétique que rigolote, j'ai posté la photo de Matin Lavoie sur Facebook, expliquant à ceux qui me lisent qu'il s'agissait d'une escroquerie. Ne pas dénoncer les bandits est le meilleur moyen de les faire perdurer.

Trombinoscope dans le collimateur.

Bref, tout ça pour dire que j'ai énormément de chance dans mes nouvelles relations via Facebook. Les deux seules conversations amorcées avec des « nouveaux amis » se sont limitées à une prise de tête avec un masochiste parano du racisme, qui plus est insultant, et à un pitre et piètre brigand d'Afrique de l'ouest.

Quand en plus de ça, toutes les interventions dans tel ou tel groupe ne génèrent que des polémiques dignes des comptoirs les plus imbibés, ça ne donne pas vraiment envie d'alimenter ce misérabilisme, d’y attiser la pensée unique, ou de participer à une stérile lutte contre cette mascarade politiquement correcte. Facebook est à l'image de la confrontation culturelle : c'est un dialogue de sourds.

Alors, je vais me remettre à envoyer les photos des enfants à ma famille par e-mail, garderais malgré tout le contact avec quelques rencontres vraiment sympas, pour lesquelles je me sens privilégié. Et pour le reste, je me soucierais un peu plus de mon moi analogique que de mon moi numérique.

Et puis le temps que je passerais en moins sur Facebook me permettra de vous asséner plus d'articles : puisque les dialogues sont stériles, autant privilégier le monologue. J'ai l'avantage d'être d'accord avec moi-même, malgré que je m'interroge constamment.

Trombinoscope dans le collimateur.

PS : les photos de l'article n'ont, pour la plupart d'entre elles, rien à voir avec son contenu. Le fait que Caili vient de passer un week-end de trekking dans la province du Zhejiang avec un groupe de backpackers. Même si je n'écrirais pas sur le sujet, je voulais tout de même vous faire bénéficier de quelques clichés.

Rédigé par Christophe Pavillon

Publié dans #la culture entre 2 chaises.

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Sébastien Tellibag 15/12/2013 09:49

Tiens en parlant de brouteur, tu connais? :-D http://www.youtube.com/watch?v=Z7vB8cw6jTE

Christophe 27/12/2013 17:39

Rassures-toi pour la localisation des commentaires : je trouve moi-même que l’interface n’est pas d’une clarté extrême. Mais bon, je ne suis pas un kador en informatique.

Ailleurs Magazine n’était pas du tout un de mes sites. Je ne me souviens plus si c’est moi qui avait contacté le webmaster ou bien si ça avait été l’inverse. Toujours est-il que le gars était vraiment sympa, un vrai passionné de voyage, et ça avait été un tremplin intéressant me concernant. Le retour avait été plutôt positif, et je crois me souvenir que mes publications avaient eu un impact positif sur le site... Mais bon, pas suffisant semble-t-il puisque hélas celui-ci n’existe plus.

Je ne te promets pas de publier mes anciennes chroniques, mais je vais y réfléchir. Peut-être que tout n’est pas à reprendre, mais je pourrais peut-être faire une sélection, tronquer certains éléments... Je ne sais pas trop... Le fait est par ailleurs que j’ai tellement de choses à écrire que je n’ai pas non plus trop envie de revenir sur ce que j’ai déjà écris, qui plus est il y a quelques années.

Je suis un peu moins définitif que toi quant aux subventions de la presse. Les journaux sont des entreprises comme les autres, et je trouve que c’est très bien que l’état donne un petit coup de pouce financier. Maintenant, il ne faut pas que ce soit du profit gratuit. Cela peut financer par contre de l’embauche, de l’innovation, une démarche d’exportation d’une image des produits français, etc... Et là, non seulement il n’y a rien de tout ça, et en plus on parle d’un montant pharaonique : 400 000 euros ! Il y a bien des patrons de PME qui bataillent pour s’en sortir, qui dorment mal de leurs soucis de développement, et qui se satisferaient bien de 5% de cette somme pour faire exploser leur affaire. Mais bon, c’est bien connu, en bossant 60 heures par semaine sans recevoir de thunes de qui que ce soit, on est des profiteurs.

J’espère que nous n’en arriverons pas à des violences entre peuples ou cultures en Europe. Je reste convaincu que les problèmes émanent d’une minorité dont on entend parler. Il est clair aussi que les gouvernements successifs ont glissé le problème sous le tapis, car personne ne veut potentiellement se retrouver avec du sang sur les mains. Maintenant, j’entends régulièrement, même en Chine, parler de la perspective d’une guerre civile en France. Mais je me dis que c’est un peu dans la nature humaine d’y songer, et aussi que les français auraient trop à y perdre.

Sébastien Tellibag 22/12/2013 13:28

Merde, j'ai mis ma réponse en dessous, sur l'autre post.....

Sébastien Tellibag 22/12/2013 13:18

Bonjour Christophe,

Merde alors, ça fait si longtemps que je te lis? Ce sont les 3 seuls sites que tu as eu? (ailleurs magazine,lexpat et celui-ci).Je pense que tu devrais publier ces articles.D'abord parce qu'ils étaient bien écrits et ensuite parce que ça permet de voir l'évolution dans tes articles. Effectivement j'ai pu constater une grosse différence entre les premiers articles et ceux que tu écris aujourd'hui. Alors oui les articles du début étaient sûrement plus naïfs mais cela peut aussi aider les gens qui voudraient s'expatrier en Chine à prendre plus de recul.

C'est effectivement assez effarant de constater que notre fric sert à faire vivre Voici! Et encore eux ne font pas de politique! Ce qui n'est pas le cas du Monde, du Figaro etc.

http://www.contrepoints.org/2012/10/26/102090-subventions-aides-presse-les-chiffres

Il devrait y'avoir une interdiction totale de toute subvention vis à vis de la presse. Cela forcerait les journalistes à vraiment faire leur travail pour récupérer des lecteurs...Si un journal est endetté, qu'il crève, point barre! Si les journaux ont de moins en moins de lecteurs, c'est aussi parce que les gens sentent que ceux ci sont de plus en plus malhonnêtes et subjectifs.....

C'est triste à dire mais il est probable que nous connaissions en France le sort de l'Afrique du Sud: explosion de violences ethniques. D'ailleurs tout le monde a rendu hommage à Mandela mais personne ne se soucie une seule seconde du sort des milliers de fermiers blancs violentés et assassinés tous les ans...Bref.....Même si les Chinois peuvent parfois t'énerver, c'est peut être pas plus mal que tu sois en Chine avec ta famille......

Sébastien.

Christophe 15/12/2013 13:52

Ben voilà, c'est exactement ça ! J'ai un ami qui a vécu en Côte d'Ivoire, et qui me disait que c'était devenu un business très lucratif... Attention donc !

Sébastien Tellibag 15/12/2013 09:40

Bonjour Christophe,

Il faut que je te tutoie si j'ai bien compris? Bon moi, je suis le 5ème lecteur et je suis vraiment un gros planqué puisque je te suis depuis 2006-2007! Visiblement ton blog attire ce genre de personnes.En fait je soupçonne qu'il y' ait des millions de personnes qui te suivent et attendent fébrilement chaque jour de tes nouvelles... Et toi bêtement pensant être un blogueur méconnu et incompris finira les veines tailladées dans ta baignoire sur un air d'adagio. La vie est une chienne !

C'est vrai que c'est amusant tout ce qu'on peut lire sur la Chine depuis la France. Comme quoi c'est un pays totalitaire. C'est vrai que le gazage des opposants au mariage homosexuel, la mise en taule de personnes qui ne font que se défendre (Esteban), la mise sous tutelle de tous les journaux grâce aux subventions d’État c'est en Chine que ça se passe......

Concernant le racisme....hmmm si on pouvait à une époque encore être naïf maintenant ça me paraît évident que c'est une façon de bâillonner tous ceux qui s'opposent à l'invasion de leur pays.J'ai rencontré pas mal de gens à Paris : beaucoup de bobos décérébrés et d'étrangers. J'ai également vécu en Australie et au Canada où il existe de TRES grosses communautés asiatiques.J'ai fréquenté pas mal d'asiats, suis même sorti avec certaines.Les seuls vrai racistes que je n'ai jamais rencontré étaient ces bobos.Nier l'existence des races car les races c'est pas bien puisque cela voudrait dire que certaines races ne sont pas comme la race suprêêême : la race blanche. Vouloir imposer partout son mode de pensée.Penser que le seul avenir possible pour les Africains c'est l'Europe....Bref. Parler de culture à longueur de temps alors que le seul aspect culturel qu'ils connaissent c'est la bouffe et le pinard mais bon dit comme ça cela ne fait pas très glamour....

C'est bien pour cela que j'apprécie ton blog car j'ai vraiment l'impression d'apprendre quelque chose.Tu décris la vie là bas de façon honnête avec les bons comme les mauvais côtés et cherche réellement à comprendre la culture de l'autre sans verser dans la niaiserie.

Ceci étant dit, as tu gardé les articles de ton blog de 2006-2007. J'avais beaucoup aimé certains articles (pdf?) qui faisaient le portrait de quelques chinois. Je me souviens du portrait d'une serveuse il me semble.....

Sébastien.

Sébastien Tellibag 22/12/2013 13:29

et de 3.....Merde, j'ai mis ma réponse en dessous, sur l'autre post.....

Christophe 22/12/2013 05:38

Bonjour Sébastien,

Je suis désolé de ne pas avoir répondu à ton commentaire plus tôt : je n’avais remarqué que le dernier que tu as posté sur les brouteurs. Je te remercie de ton suivi depuis toutes ces années, qui me fait immensément plaisir.

Je dois pour autant te corriger à deux titres :

Tout d’abord, au su des statistiques du blog, si j’ai des millions de lecteurs, ceux-ci s’organisent fort bien pour se cacher. Ils doivent tous se connecter en même temps sur le même PC connecté à l’écran géant d’un stade de foot pour pouvoir lire les derniers articles tous ensemble. Ben oui mais du coup moi ça me ruine mes stats où n’apparaissent qu’un seul visiteur unique.

Ensuite, si tu as lu les chroniques en pdf que je publiais dans l’excellent feu-site Ailleurs Magazine, c’est que tu as du commencer à lire ma prose avant 2006, car j’ai du faire les publications sur le site précité en 2003 – 2004, quelques mois après mon arrivée en Chine. J’ai conservé tout cela sur un CD quelque part. Je me dis de temps en temps que je pourrais les ressortir et les republier, car ils ne sont plus disponibles sur le net depuis qu’ailleurs Magazine a mis la clé sous le clavier. Mais c’est un peu lointain, et l’appréciation que j’avais du pays à l’époque restait somme toute très naïve... Je ne sais pas, je m’interroge encore...

Tu évoques la subvention de la presse par l’état. J’ai été sidéré de lire ce matin que l’état avait donné 400 000 € à Voici ! Voilà que l’état subventionne ce torchon ! Mais on marche sur la tête ! Et à quel titre on subventionne la presse ? Comment peut-elle conserver son indépendance ? Crois-moi j’ai manqué d’étouffer en sachant qu’une partie de mes impôts finançaient ce torchon. Mais que font nos putains de gouvernements : pourquoi cet argent n’a pas été employé à donner à bouffer au 5 millions de français qui vivent en dessous du seuil de pauvreté ?? Démocratie, mon cul ! T’es riche, tu te te gaves, t’es pauvre, tu crèves !

Oui, l’instrumentalisation du racisme est, comme tu le décris si bien, une manière de faire taire définitivement les individus qui trouvent normal de préserver leur propre culture en les reléguant aux pires des fachos. Toutes ces assos en France (MRAP, Licra, SOS Racisme) se sont auto-décrétées comme étant les garantes de la vérité sur le rapport à l’autre. Malgré leur laïcité, elles sont hyper politisées. Et pour mieux faire culpabiliser les salauds que nous sommes, elles sont constamment dans un processus de victimisation, dont elles font croire qu’elles sont les seules à souffrir.

On s’offusque avec désolation de voir des tribus amazoniennes disparaitre à tout jamais sous le rouleau compresseur de la déforestation, et on est prêt à prendre les armes pour que leur culture subsiste... Par contre voir notre culture française dissoute dans le hallal ne dérange personne. Je ne comprends pas le paradoxe, je ne tente pas de convertir les chinois au saucisson, je ne vois pas pourquoi on m’empêcherait de culturer en rond, qui plus est dans mon pays.

Je te remercie de ton message concernant mon honnêteté intellectuelle. Ce n’est pas toujours évident, car il y a toujours la crainte des levées de boucliers. Mais j’ai passé l’âge de la naïveté, de la faiblesse, et l’important c’est que ce que j’exprime, même brutalement, me permette de me regarder dans un miroir. Comme je l’écrivais dernièrement, une société n’est que la somme des comportements individuels qui la composent : nous avons tous un rôle moral, nous avons tous un pouvoir, qu’attendons-nous pour l’exercer !

Samuel 08/12/2013 15:44

Moi qui serais plutôt du genre à critiquer Facebook (j'en connais les limites et problèmes), voilà soudain que je lui trouve quand même une vraie qualité : pousser Christophe à davantage écrire sur son blog. Donc merci, ami Facebook : tu ne m'as jamais intéressé à titre personnel, mais tu peux parfois devenir intéressant. Comme quoi, il ne faut jamais dire jamais...

Ton premier échange avec le Français d'origine asiatique est édifiant. Je trouve que tu as touché très juste dans tes réponses, en tout cas. Il est enfermé dans son truc, et le fait tourner en boucle en l'alimentant. C'est un fait connu : l'amour attire l'amour, la violence attire la violence. Ici, son obsession du racisme lui fait porter des lunettes déformantes qui déstructurent tout son rapport à la réalité : il en voit partout, fait un problème à la moindre réflexion, et défigure ainsi tout son rapport aux autres. Comme tu le dis, effectivement, il peut t'arriver en Chine de subir du rejet ou des tentatives d'escroquerie pour raison d'occidentalité, mais tu n'en fais pas toute une affaire pour autant, et du coup la question n'affecte pas ton rapport général aux autres. C'est ça l'important. Le peu de temps que j'ai passé en Chine, j'ai connu aussi quelques épisodes. Je me souviens notamment d'un chauffeur de taxi qui depuis son rétroviseur, et dès mon entrée dans son véhicule, m'a mitraillé de haine par son regard toute la durée de la course, moi, "Ce salopard d'enc... de Blanc !" qu'il ne connaissait pourtant ni d'Adam ni d'Eve... On aurait cru que je venais de lui piquer sa femme, son job et sa maison - au minimum. Même si c'était certes très désagréable, Je n'en ai pas pour autant fait non plus tout un fromage, et ne me suis pas mis à appréhender ensuite mes contacts avec d'autres chauffeurs de taxi, à penser que c'étaient tous des racistes, et à créer cette peur, cette méfiance, ce rejet et cette tension qui du coup génèrent instinctivement chez l'autre une crispation ou un mouvement de rejet instinctif (ce qui alimente la boucle).

La deuxième discussion, avec le pseudo Martin Lavoie, est quant à elle anthologique !! Ah ah ah ! Là j'étais carrément écroulé, et j'ai dû éloigner mon thé de peur de le renverser sur mon ordi. Merci pour ce bon moment de thérapie par le rire, ça fait franchement du bien. :-)

Plus généralement, c 'est très intéressant de constater la récurrence de certains problèmes dans tes dialogues oraux ou écrits, que ce soit avec des Français ou des Chinois, qui, dans presque tous les cas, n'ont qu'un unique point de vue sur le monde.

Finalement, on voit bien les limites propres à toute discussion. On ne peut comprendre que si l'on en a envie, on ne peut découvrir de nouveaux horizons de pensée que si l'on est ouvert à la découverte, etc... Et donc, on ne convaincra jamais qui ne veut pas être convaincu, aussi pertinents soient les arguments avancés.

Il y a bien sûr le problème de la pure mauvaise foi. Ca c'est du lourd, évidemment, et il n'y a pas grand chose à y faire.

Mais d'autres obstacles, moins apparents à priori, peuvent pourtant se révéler un mur presque aussi infranchissable... D'ailleurs, c'est finalement ces autres obstacles qui en général sont les causes sous-jacentes d'un degré plus ou moins fort de mauvaise foi.

Ainsi, on a presque tous tendance à chercher à se positionner, se situer, s'évaluer par rapport à l'autre, aux autres. Et à l'échelle des nations et civilisations, il y a naturellement un phénomène de projection égotique. Le pays ou la civilisation culturelle deviennent subconsciemment une extension de son propre égo, deviennent la strate supérieure d'identification et de positionnement de sa propre identité, surtout lorsqu'on y a baigné depuis l'enfance (alors que ce n'est qu'une construction : simplement des schémas culturels, sociaux et politiques déterminés qui s'agrègent au fil des ans à notre personnalité première, y mêlant des mémoires d'expériences à forte portée émotionnelle et psychologique qui finissent par nous modeler puissamment).

Il est donc très naturel - surtout quand c'est la seule que l'on connaît vraiment - de considérer notre culture comme formidable, et bien sûr, comme la meilleure - celle qui est mieux que les autres pour mille et une raisons... A l'appui de ce schéma assez instinctif, très naturel et adopté à l'échelle planétaire, on va aller chercher chez les autres des éléments superficiels, ou des données incomplètes, ou encore des données qui sont difficiles à appréhender hors du schéma culturel d'origine, pour pouvoir conclure invariablement : "Vous voyez comment c'est "là-bas" ! vous avez vu comme ils sont bizarres "là-bas" ! Ils ne sont mêmes pas capables de...", etc.

Le porte-voix et l'amplificateur vertigineux de ce schéma est bien entendu le monde médiatique.

Autre problème, presque la face inversée du précédent : la tendance à rêver l'altérité, comme un échappatoire à un quotidien difficile, ou encore comme un terrain de projection de ses fantasmes, espoirs, projets, ou pour d'autres raisons encore, mais selon un mécanisme similaire au précédent dans son inversion : on va sélectionner chez l'autre - l'autre pays, l'autre civilisation - les seuls morceaux (réels ou fantasmés) qui nous intéressent et viennent conforter, renforcer nos idées préconçues.

En conséquence, et dans tous les cas de figure, tenter comme tu le fais souvent d'apporter des informations différentes qui viennent perturber ces schémas de pensée, ces champs de projections personnelles, ces structures d'identification et d'affirmation de soi par rapport à une altérité (réelle ou imaginaire), forcément, ça ne peut que plutôt mal passer !!

D'où tes désillusions régulières et ces murs qui brisent les dialogues...

Christophe 10/12/2013 07:37

Tous ces étrangers sont des truffes : la minette que tu évoques à la chance de venir vivre en Chine, et elle te dit qu’il n’y a rien à y faire, alors qu’elle peut se confronter à une des cultures les plus fondamentalement diagonale à la sienne. En plus ces gens ne vivent pas en Chine, mais entre eux. Je plaisante avec certains français quand ils quittent leur ghetto pour venir dans le centre de Suzhou “hé les mecs ! Ca vous fait quoi de passer en Chine ?”. Fondamentalement, même si je trouve la démarche intellectuelle bien pathétique, je m’en fous. Je peux comprendre aussi qu’on parte à l’étranger pour le fric ou pour se dépasser professionnellement. Ce qui est par contre exaspérant, c’est que quand ils rentrent en France, ces mecs-là se permettent de te dire qu’ils connaissent la Chine, dont ils n’ont fréquenté un habitant que via leur bonniche.

Samuel 09/12/2013 21:22

Mdrrr, oui, tu dis la même chose que moi en plus direct. Chacun son style. :-)

"Mais c'est surtout à mon avis parce que sans expérimentation au sein d'une culture différente, on ne peut pas apprendre par coeur que les schémas de pensée varient d'un pays à l'autre. Ou alors on peut l'accepter, mais pour autant on restera dans ses petites idées reçues, car tout le monde autour fonctionne de la sorte."
C'est très vrai, je crois. Je suis bien d'accord avec ça. Je dirai même que ça vaut jusqu'à un certain point y compris pour ceux - dont j'ai la prétention de faire partie - qui cherchent à élargir leurs horizons de pensée. Quoi que je fasse ici depuis la France, et sans réelle expérience profonde d'une autre civilisation, ce que je comprends a du mal à prendre racine de façon vivante. Ce n'est qu'un fois rendu en Chine, et après y avoir vécu un certain temps, qu'un vrai changement dans mes points de vues et perception de plein de choses pourra réellement voir le jour. La théorie c'est bien, mais cela ne peut jamais se substituer à la pratique bien concrète.

Concernant le problème des expats français en Chine, ça m'a pas mal frappé à Pékin. J'en ai rencontré quelques uns, et c'était assez ce que tu dis. Voir pour certains fonctionnaires français de l'ambassade (je pense à une fille en particulier), une vie tellement cloisonnée dans le quartier qu'elle s'ennuyait à mourir. Mais c'était pas sa faute. On l'avait envoyée sur la Lune. Et la Lune, c'est vachement loin de tout. Comme elle le disait si bien : "Bof, tu sais franchement ici, y a rien de vraiment intéressant [traduction : rien qui ressemble à LA VIE, cf mon cher quartier du VIe arrondissement de Paris], d'ailleurs moi je me tire d'ici à la première occasion !".
Là je ne savais plus quoi dire. D'ailleurs je n'ai rien dit.

Christophe 09/12/2013 13:24

Facebook est un leurre, une illusion de réseau social : tout se passe derrière un écran de PC. Je trouve en fait que la démarche n'a pas été poussée à son paroxysme. Pour aller au bout, il aurait fallu que Facebook puisse générer des amis virtuels. Tu me diras que c'est presque le cas, puisque tu fais connaissance avec des inconnus (as-tu remarqué la contradiction ?). Pour autant, ça aurait été vraiment plus sympa si ces amis virtuels étaient en fait des algorithmes, des tiers programmés.

Pilule bleue ou pilule rouge ?

Je vais être un peu plus direct que toi concernant le français d'origine asiatique : personnellement ils me font tous chier avec leur racisme à la con. Leur haine de trisomique est digne des pires cafés prolétaires, lieu de réunion des supporters de foot décérébrés qui vouent une hargne violente à ceux qui défendent les bleus au lieu de défendre les verts. S'ils voulaient lutter contre le racisme, plutôt que de vouloir faire culpabiliser une Terre entière qui n'en a rien à secouer, il ferait mieux de faire découvrir leur culture : ça donnerait toutes les raisons de les aimer. Ben oui, mais s'inscrire dans une démarche de haine, qui plus est quand c'est soutenu par les médias, c'est quand même plus facile que de véhiculer un message d'amour... Qui là, pour le coup, nécessite de mettre de côté ses petites idées reçues, et d'y passer du temps.

Non, le racisme n'affecte pas mon rapport à l'autre, Dieu merci. Il y a, parfois, un doute, ou un a priori, en me demandant si ma couleur de peau ne rentre pas en ligne de compte dans l'attitude de l'un ou de l'autre. Mais si c'est le cas je passe à autre chose, et plains surtout le bonhomme qui a voulu me pigeonner, qui me craint, ou qui me hait sans me connaitre.

Pour ce qui est de l'arnaqueur, ça s'appelle des "brouteurs". J'ai un bon pote qui vit en Afrique de l'Ouest depuis des lustres, et qui a épousé une ivoirienne qui lui a fait trois beaux mômes. Il en a connu quelques uns, et malgré leur démarche éléphantesque... Il semblerait que ça en fasse vivre quelques uns !

Le dialogue de sourds culturel est un peu devenu mon dada. Ce n'est pas pour rien que j'ai souhaité changé de blog, et que je l'ai intitulé "la culture entre deux chaises". Oui, il y a un problème d'ouverture d'esprit, et de volonté de l'autre de tenter de comprendre qu'un schéma de pensée n'est pas universel. Mais au-delà de ça (même si c'est déjà pas mal... Et pas banal), il y a une nécessité d'expérimentation. Tout ce que j'évoque sur le pluralisme culturel, sur le manque d'universalité, c'est connu et reconnu. Je ne suis tout de même pas le premier français qui vient vivre à l'étranger ! Pourquoi tout cela n'est pas enseigné ? Parce que c'est déstructurant culturellement ? Peut-être. Mais c'est surtout à mon avis parce que sans expérimentation au sein d'une culture différente, on ne peut pas apprendre par coeur que les schémas de pensée varient d'un pays à l'autre. Ou alors on peut l'accepter, mais pour autant on restera dans ses petites idées reçues, car tout le monde autour fonctionne de la sorte.

C'est en fait d'autant moins gagné que nombreux sont les étrangers qui, dans le cas de la Chine en tous cas, restent en vase clos, entre eux, dans leur quartier pour étranger. Le seul contact parcimonieux qu'ils ont avec la culture locale, c'est leur ayi (la femme de ménage) et le marchand du coin... Et quand on discute avec eux, il est autant flagrant que désarmant de constater qu'ils n'ont pas pu percevoir que la population qui l'entourait avait un mode de fonctionnement distinct.

Bref c'est pas gagné. A y réfléchir, je me dis qu'un blog ne suffira jamais.

Étienne 05/12/2013 21:16

"Christophe : Faut arrêter de fumer la moquette.
08:42
Matin Lavoie : Oui, j'ai arrêté."

Magnifique.
Moi aussi lis ton blog.
Les polémiques entre sinophiles existent aussi au plus haut niveau intellectuel : lire les joutes François Jullien / Jean François Billeter (mon favori).
Mais celles entre cinéphiles existent également, par exemple sur les trilogies Star Wars, sur celle du Seigneur des anneaux… Et, j'imagine, sur le cinéma muet des années 30.
Bref. Je n'ai pas posté de commentaire sur un blog ou sur un site internet, quel qu'il soit, depuis au moins cinq ans. Mais je tenais à préciser qu'il n'y a pas que ta mère et Samuel qui lisent ton blog, et je me suis senti, sinon insulté, au moins ignoré, voire méprisé par ton omission. J'exige d'exquises excuses. Et te présente les miennes, par avance, pour le tutoiement.

Christophe 07/12/2013 06:26

Cher Numéro Quatre,

Rendez-vous est pris pour ton prochain contact le 6 décembre 2018. Pour autant si te venait l’idée saugrenue d’échanger d’ici là, avec ma faiblesse coutumière, je m’en accommoderai avec plaisir.

Enfin je crois.

Étienne 06/12/2013 11:38

Merci pour ta réponse. Évidemment, je ne m'y connais pas en cinéma : j'ai dit les années 30, comme ça, de manière très schématique, pour faire genre. Inutile donc de polémiquer, j'en serais bien incapable.
En tout cas, après m'être manifesté pour te dire qu'en fait, par rapport à tes vidéos, j'apprécie la forme autant que le fond, je retourne près du radiateur, avec mes grilles de Sudoku. Je continuerai à suivre discrètement. À dans cinq ans.

Christophe 06/12/2013 04:42

Mon cher Étienne,

Désolé, tu n’es pas le troisième lecteur, mais le quatrième : Aurélien s’est manifesté il y a 24 heures pour me dire qu’il était là aussi, et qu’il n’y avait pas que Samuel et ma mère qui me lisaient ! Comme c’est un grand timide, il a préféré m’informer via e-mail plutôt que par le biais des commentaires.

Tu es donc le numéro quatre. Je vais vous numéroter plutôt que de vous appeler par vos prénoms : c’est tellement plus pratique, et en plus il y a fort à parier que nos enfants auront des codes barres sur le front plutôt que des noms. Ça permettra de s’habituer doucement. Je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre : mon cul.

En tous cas, je te fais en effet mes plus plates excuses de ne pas t’avoir remarqué. Mais mets-toi à ma place : tu lis discrètement les articles tout au fond de la salle, sans te manifester ni faire de bruit... Je me doutais bien que tu étais là, mais je ne t’avais pas discerné... Et je m’estime verni de voir que tu es sorti de l’anonymat après cinq ans pour me dire que “coucou c’est moi” !

La polémique cinéphilique existe, c’est vrai... Mais entre cinéphiles notre passion commune implique que nous pardonnons très facilement. Il n’y a pas cette volonté de s’approprier la vérité façon “tu n’as rien compris à la Chine” que les amateurs s’envoient à la volée.

Moi-même, en tant que cinéphile, il y a des choses qui m’agacent. Par exemple je ne supporte pas qu’on appelle “primitifs” les tous premiers metteurs en scène : Louis Lumière, Méliès, Edison, Feuillade, De Chomon, etc... Il n’y a rien de primitif dans leur Art, ce sont au contraire des pionniers, des visionnaires, des innovateurs, et des inventeurs.

D’ailleurs, juste pour ton info, quand tu parles du cinéma muet des années 30, le premier film parlant remonte à 1927. Et dès 1930 – 31 le parlant a supplanté le muet. Mais ne polémiquons pas !

No problem pour le tutoiement. Je ne sais de toutes façons pas faire autrement... Sauf avec les gens que je n’aime pas trop (et là il y a un tas de mecs qui se demandent “euh, mais d’habitude il me tutoie ou il me vouvoie ??”).

Maman 04/12/2013 18:00

Coucou ! Je viens de lire juste la fin de ton article. Je suis ravie : nous allons enfin avoir à nouveau des photos de vos loupiots, nos petits chéris et sans doute de vos nouvelles personnelles. Cela nous a beaucoup manqué. Bonne nuit : je regarde ma montre heure de Chine : tu dois dormir. Chuuutttt.

Christophe 09/12/2013 13:07

Et ben voilà. Youpi alors.