Passage à vide.

Publié le 15 Novembre 2014

Aujourd'hui je vais vous parler de demain, en évoquant hier. En fait toute l'assommante diatribe qui suit est la conséquence de commentaires et messages privés -qui remontent - d'un tas de lecteurs très sympas que je ne citerais pas par peur d'en oublier, et aussi de les ridiculiser en public, à part Samuel, Jérôme, Michael -ou Mikaël, j'ai pas bien compris-, David, Sandrine, Aurélien, Jessica, et Damien, mais quand même surtout Machine, dont je ne dévoilerai pas le prénom, mais qui se reconnaîtra. Face à un tel aréopage, je pouvais bien me fendre d'un peu de prose. Et puis cela fait tellement longtemps que je n'ai retouché le clavier pour vous asséner mes annuaires de texte : mettez-vous à ma place, ça me manque. Enfin non, ne vous y mettez pas, je suis très bien où je suis.

Passage à vide.

Le 29 octobre dernier, j'ai eu le plaisir de recevoir le message suivant, envoyé à mon adresse e-mail via un formulaire quelconque de chez Over-Blog. Au départ j'ai cru à de la pub.

« Bonjour,

J'ai découvert votre blog genre...hier soir, complètement par hasard, mais vraiment un hasard vachement hasardeux hein! Et, en tant que lycéenne de 16 ans tentant d'apprendre (difficilement) la très belle langue qu'est le chinois, votre site m'a évidemment intéressée! Parce que aller dans nos pays limitrophes soit, mais en Chine...c'est moins simple d'un coup. Puis bonjour le prix du voyage linguistique si le lycée s'y mettait. Alors votre blog c'est un peu découvrir ce pays en soi assez mystérieux dont on connaît assez peu la culture mais dont on apprend la langue, sans pour autant faire quelques milliers de kilomètres avec notre baluchon. Avec des photos de super qualité, c'est d'autant plus agréable. J'admets, oui j'admets, que je ne lis pas TOUT ce que vous avez écrit mais ça me fait un peu chier que vous ne continuiez pas vos articles un brin sociopathes parfois (je suis en L, faut bien que j'utilise des mots compliqués hein) parce que pour nous, étudiants sinisants (c'est bien comme ça ?) ben c'est une ouverture sur la Chine, un moyen de la découvrir un peu et de se familiariser même juste quelque chose d'infime avec des paysages assez ahurissants...enfin voilà, ce pavé pour vous dire CONTINUEZ VOTRE BLOG.

Cordialement

P.S : comptez sur moi pour passer le blog à tous mes potes de chinois hein.

Inès. »

En fait, Machine, c'est elle. Et elle s'appelle Inès.

Évidemment, ce qui m'a tout de suite attiré, c'est le PS : briller socialement étant la principale motivation du blog, je ne manquerai pour rien au monde une occasion de faire mon intéressant, qui plus est devant des p'tits jeunes.

Passage à vide.

Au-delà de reluire mon ego, force est de constater qu'Inès n'a pas tort, et ce pour deux raisons.

Tout d'abord elle n'a pas tort car je vous ai tous lâchement abandonné depuis six mois, vous laissant sur un carnet de voyages inabouti, où le suspense était pourtant intolérable. C'est bien évidemment une boutade : au fur et à mesure des articles contant le périple dans le Hunan, les statistiques du blog ont montré que le lectorat s'assoupissait un peu plus à chaque nouvelle publication. D'ailleurs j'ai eu la flemme d'écrire la fin, et ne la rédigerai pas. Je pensais m'y mettre, puis ai remis tout cela à plus tard, et puis à jamais. C'est que cela vous a autant emmerdé à le lire que moi à l'écrire. Depuis je suis parti dans le Guangxi avec Caili, puis au Japon avec deux potes. Enfin bref, il s'est passé plein de choses que je n'ai pas raconté. C'est à croire que j'avais besoin de me préoccuper de ma version organique et psychologique plutôt que numérique.

Derrière l'été est arrivé. Nous sommes rentrés en France pour l'occasion, et un coup de pompe phénoménal et soudain a conclu une période de stress assez longue qui stagnait en parallèle à un débordement d'activité professionnelle. Ce sont des trucs de vieux, je vous préviens.

Comme j'avais du le mentionner dans des articles précédents, j'avais monté coup sur coup deux sociétés au début 2013, avec des associés pour en assurer la gestion quotidienne en France. Je me suis beaucoup investi dans l'une d'entre elles, et pas seulement financièrement -même si cet aspect n'a pas été neutre-. Et les choses ne se sont bien évidemment pas déroulées telles que je les avais envisagé, mais j'ai été bien prétentieux : la vie ne se déroule jamais comme on la rêve, et d'ailleurs où serait le plaisir ! Par contre ces créations simultanées ont aussi conséquemment réduit le temps consacré à Onesource Agency, mon activité en Chine, et qui est la seule qui me rémunérait -et qui me rémunère encore-. Le temps passé à développer une boite, tout en essayant de maintenir l'autre à flot, dans des relationnels associatifs qui ne se sont pas toujours très bien passés -sans rentrer dans les détails, c'est un euphémisme-, m'a fait saturer.

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De même depuis un peu plus d'un an, trop investi dans ces projets, je ne me souciais plus du tout de ma santé, ni de mon alimentation, atteignant un surpoids éreintant. De toutes façons, tout ceci était lié : le stress psychologique du taf, je le compensais en ouvrant la porte du frigo. Et cette lourdeur diététique ne faisait qu'alimenter encore un peu plus un stress mental. C'était sans fin. Comme si ça n'était pas suffisant, ma fatigue quotidienne était totale : l'inquiétude pour les entreprises était devenue telle que je ne dormais que quelques heures par nuit, commençant à travailler parfois à quatre heures du matin, pour terminer à vingt-deux heures, parfois bien plus tard. Et le problème quand on s'associe, qui plus est à dix-mille kilomètres, c'est qu'on n'a pas le contrôle sur les gens. Les choses vont parfois plus vite si on les fait soi-même, mais on ne peut pas pour autant tout faire soi-même. Et sinon à quoi bon s'associer.

Cet été, la fatigue a du arriver à son comble. J'ai du faire un tri, lâcher prise sur les choses que je ne contrôlais pas, reprendre en main mon alimentation, trouver des solutions pour organiser un quotidien équilibré, et pas seulement assis derrière un bureau. En un mois, j'ai perdu sept kilos, et onze au total depuis juillet. Je déborde d'une énergie que je croyais avoir perdu en même temps que ma jeunesse. J'ai redécouvert une sensation dont j'avais oublié la teneur : la faim. J'ai retrouvé des nuits à peu près normales, ou du moins décentes. Je me force dorénavant à dormir quand je suis fatigué, quelle que soit la charge de travail, et même si c'est devant la télé et que je n'ai pas terminé le film que je visionne. Et croyez-moi, pour un cinéphile, c'est difficile. Je m'efforce de courir tous les jours. Ça a été le cas jusqu'à début novembre, quand le climat est devenu moins clément.

Je n'ai pas arrêté de bosser dur, mais au moins c'est du vrai travail : c'est pour et par moi, il y a des résultats, et qui plus est c'est rémunérateur. Par contre, tout reste à nouveau à refaire, car je dois remonter la barre d'une activité que j'avais mis en stand-by au profit d'une autre. Le résultat de cela, c'est que, sans que ça ne paye encore comme cela devrait, j'ai doublé le nombre de mes clients en quelques semaines seulement. Caili m'y a énormément aidé, et comme je peux pleinement lui faire confiance, et lui confier des missions sans avoir à plus jamais m'en soucier ni même m'interroger quant à la méthode ou le résultat, elle travaille dorénavant à plein temps avec moi. Cela va dans le sens de notre objectif de vie à deux -enfin, à quatre : il ne faut pas oublier les enfants-.

Et puis, l'une des sociétés en France est déjà au bord du dépôt de bilan. Au moins je n'ai plus de souci à me faire : je sais que c'est perdu. Je suis déjà passé à autre chose, non pas par commodité, mais parce que je m'intéresse à ce qui reste à construire, et pas à ce qui n'a pas abouti, même si je garde en mémoire l'enseignement prodigué. Car il y en a toujours un.

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Comme ça arrive à toute personne qui aime le challenge et à qui la difficulté et la confrontation ne font pas peur, j'ai conclu en France une petite période de surmenage, pour laquelle tout est rentré dans l'ordre bien vite. Un client de Onesource, avec lequel j'ai la chance d'avoir un relationnel plus amical que professionnel -c'est Dieu merci le cas avec la plupart des entrepreneurs que je représente-, me disait à ce sujet qu'il n'y a que ceux qui ne tentaient rien qui ne prenaient pas de risque. Et il sait de quoi il parle : il a monté sa première entreprise à 22 ans.

 

Bref, il s'est passé pas mal de choses, et tout ceci ne m'a pas mis dans les meilleurs dispositions pour garnir le blog. Ça, ma chère Inès, c'était pour le côté sociopathe. Mais peut-être cela fera-t-il partie des morceaux choisis que tu ne liras pas.

 

La deuxième raison pour laquelle Inès n'a pas tort, c'est que les vieux cons comme moi ont un rôle vis-à-vis des jeunes. Tout d'abord, on ne sera jamais plus intelligent que les jeunes. La preuve, Inès à 16 ans, et elle apprend le chinois. Il y a de très fortes chances, et c'est bien là tout le mal que je lui souhaite, qu'avant d'atteindre la majorité, elle soit bilingue, et elle aura déjà effectué un premier voyage en Chine.

 

Moi, je me suis expatrié en Chine, en comparaison avec ta génération, à un âge très tardif, puisque j'avais 30 ans. Et j'ai tellement bien fais les choses qu'après onze ans ici, je parle mandarin comme une vache espagnole. A la moitié de l'âge que j'avais alors, tu parles déjà chinois, et caresse l'envie de venir voir à quoi ressemble l'Empire du Milieu. S'il fallait une preuve que les jeunes sont moins cons que les vieux, c'en est bien une. Et il suffit de voir tout ce que vous, les jeunes, vous êtes capables de faire, en comparaison des individus de notre génération au même âge, pour être convaincu de votre indéniable supériorité.

 

Pour autant, et pour reparler de moi -c'est le but thérapeutique du blog-, hormis être jalousé par le lectorat en faisant croire que ma personnalité est magique, et mon existence formidable, l'autre objectif -certes anecdotique en comparaison- du blog, c'est de raconter une expérience dans un pays où l'expression « différence culturelle » prend tout son sens. Et c'est à travers cet exhibitionnisme que j'espère, pour une fois humblement, démystifier une partie de ce que la Chine peut représenter, et surtout, lutter contre l'absurdité des idées reçues. Car ce qui est valable pour la Chine, est valable pour l'approche qu'on doit avoir de n'importe quel autre pays.

 

C'est en fait en voyageant, et surtout en ayant des expériences de longue durée au sein de cultures différentes, que nous atteindrons, du moins c'est mon rêve, un stade de compréhension entre les peuples qui sera tel qu'il nous permettra de nous passer de ceux qui veulent nous faire croire qu'ils détiennent la vérité, ou bien de ceux qui croient qu'elle est gravée dans le marbre, universelle.

 

La vérité, la seule qui soit universelle, c'est que nous n'avons rien en commun, et c'est pourtant ce qui nous rapproche. Mon autre conviction, c'est que personne mieux qu'un jeune ne peut comprendre cela. Mais il faut qu'il oublie ce qu'on lui inculque, toutes ces vérités préchiées, à l'école comme à la télé. Il ne doit pas prendre pour argent comptant le rabâchage médiatique qui ne sait que faire écho à une tendance politiquement correcte, très éloignée de la vérité des échanges, et seul fruit de vérités intangibles qui, au final, ne sont que de la masturbation intellectuelle. Le jeune, il faut qu'il aille voir par lui-même, qu'il s'y frotte, et qu'il s'y pique. Et s'il le fait très jeune, et qu'il va très loin, et il ne peut être au final qu'un pont entre les peuples.

 

Je n'ai aucune prétention, et en tous cas certainement pas celle de fournir une quelconque réponse à travers le blog. D'ailleurs cela ne cadrerait pas avec ma logique, qui est au contraire de mettre en doute toute réflexion trop confortable, trop établie, trop cadrée. Ce que j'espère, et c'est à toi que je m'adresse ma chère Inès, c'est surtout générer plus de questions. Et si ces interrogations atteignent un point qui t'oblige à venir vérifier ici par toi-même, alors ce sera gagné. Ce n'est qu'après, au solde de tes propres expériences en Chine, que tu réaliseras à quel point je suis un vieux con.

 

Aux lecteurs, assidus ou de passage, je ne promets pas de reprendre le rythme de croisière, assez soutenu, que j'avais atteint dans l'alimentation du blog. Mais je mentirais si je disais que vous ne m'avez pas manqué.

 

Il a fallu qu'une gamine de 16 ans m'écrive pour me le révéler.

Quand je dis que les jeunes sont moins cons que nous.

 

Passage à vide.

Les photos de cet article ont été prises lors de notre voyage dans le Guangxi. L'intégralité des clichés est visible dans les albums de ma page Facebook. Vous y trouverez aussi les photos prises au Japon.

Rédigé par Christophe Pavillon.

Publié dans #la culture entre 2 chaises.

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Samuel 30/11/2014 19:30

Cher Christophe, bien le bonjour !

Je suis ravi de te voir reprendre les rênes d'un blog dont je commençais à désespérer de la moindre continuation. Au sortir progressif de ma propre période de purée, j'ai bien vu qu'il y avait chez toi comme une sorte d'absentéisme ultra-présent dans un silence assourdissant. J'ai pensé à une lassitude du principe d'écriture, un excès de boulot, etc, menaçant la durée de vie de ce blog. Mais après tout, si c'était ton choix ou ta nécessité, et comme personne ne doit rien à personne dans ces domaines, je m'apprêtais à descendre les drapeaux. Seulement voilà, il y avait quand même un problème, du point de vue de mon nombril. Mon dealer préféré s'était fait la malle. Mais, ayant déjà une fois, en début d'année, exprimé auprès de mon fournisseur régulier que j'étais en manque de dose depuis trop longtemps, je ne me voyais pas décemment remettre le couvert. Merci donc à Inès d'avoir fait le boulot ! :)

A bientôt, et bien content de découvrir tes prochains articles ! J'ai une semaine très chargée, mais je me mets à "Transhumance" dès que possible !

Samuel

Christophe 08/12/2014 14:59

Salut Inès,

Ben tu vois que quand tu veux tu arrives à tutoyer. Pour ce qui est de tes goûts musicaux, j'ai moi-même une collection assez sympa de vynil pirates des Sex Pistols, la plupart étant des pictures disc numérotés. J'ai eu ma période punk, et il doit bien m'en rester quelque chose. Maintenant, avec le recul, si on dépasse l'aspect contestataire, musicalement, ce n'était pas non plus miraculeux. Pour autant, je vois que 40 ans après, ils séduisent toujours.

Pour ce qui est des jeunes, on doit voir débarquer la crème ici, alors. On en voit plein, même pas 20 ans, musclés de partout sauf du cerveau, à peine capables de se raser... Mais prêts à se battre. Moi, je trouve qu'il faut le faire. A leur âge, je n'aurai jamais pu imaginer partir seul, la fleur au fusil, à l'autre bout du monde. Par contre, cinématographiquement, c'est vrai, Twilight, c'est nul.

Les bonnes femmes, vous êtes toutes les mêmes. A 20 ans (voire moins) vous pestez contre les hommes qui vous regardent, et à 40, vous trouvez que les minettes de 20 ans qui se font reluquer sont des salopes. On en reparlera dans 20 ans, Inès. Et puis, tu sais, l'égalité, c'est un idéal, une direction... Et ma conviction, c'est que ce sont les différences et leurs complémentarité qui forment les richesses humaines (et aussi ses difficultés). Peut-être en effet que les femmes sont moins rémunérées, et en effet sur le principe c'est dégueulasse. Maintenant je suis à peu près convaincu qu'une femme travailleuse qui aura vraiment de bonnes capacités professionnelles d'évolution pourra sans difficultés accéder à des postes au moins aussi bien rémunérés qu'un homme.

C'est juste que je ne vois pas la finalité de ce féminisme. D'abord, comme tu l'as compris, j'exècre toute forme de corporatisme. C'est justement donner le bâton pour faire battre quant à l'étiquetage que tu mentionnes. Ensuite, je trouve qu'il y a dans ces groupuscules contestataires de individus qui sont surtout des champions de la victimisation, et qui ont plus des problèmes persos à régler, que véritablement un combat légitime à mener. Après, il y a la politisation et la médiatisation qui en repassent une couche, et qui indiquent quelle tendance politiquement correcte il faut suivre. Et si on ne s'y soumet pas, on est un facho.

La position de la femme en Chine est très différente. Chacun, dans le couple, a un rôle défini et précis à jouer, avec des responsabilités en conséquence. C'est, j'imagine, un schéma un peu dépassé en Occident. Pour autant, et je pense que c'est tant lié à la culture qu'au niveau de développement, je ne vois pas d'homme ou de femme ici en prendre ombrage. Cela leur parait tellement naturel.

Je crois par contre qu'il y a des sociétés où l'inquiétude concernant la situation de la femme devrait être bien plus préoccupante. Quand on voit qu'au Moyen Orient, on les bâche, personnellement ça me donne froid dans le dos. Mais il parait qu'en France on ne peut pas dire ça, sinon on est raciste. Je ne vois pas en quoi on peut faire un amalgame aussi sot, mais je le dis et je me répète : je suis un vieux con.

Grosses bises.

Christophe.

Inès 05/12/2014 18:20

Bonjour bonjour,

Je vois que vous (tu raaaaah je suis peut-être protocolaire mais tutoyer un adulte c'est aller à l'encontre des règles de politesses quand même) m'as laissé un pavé comme je les aime, je m'efforcerai d'y répondre point par point sans trop de confusion.

Premièrement. Oui, les One Direction sont de la merde en boîte sur-exploitée par leur prod selon moi, rien que leur nom de groupe me donne des frissons d'horreur, et les premières notes de leurs chansons s'incrustent désagréablement dans ma tête pour des durées variant de 30mn à une matinée, c'est en effet assez chiant; si tu as le temps d'écouter d'autres musiques j'ai plein d'autres groupes assez nuls à te proposer si tu en as envie. Moi j'écoute les Sex Pistols, ça c'est porteur d'un message, merde.

Je sais que tu es exhibitionniste mais je n'ai honte de rien (si ce n'est ce jour de 6ème où je me suis raccrochée au futal d'un 4ème sans quoi je tombais dans les escaliers mais je m'égare), lire les états-d'âme d'un quadra ne me dérange absolument pas. Je te rassure, il ne désacralise rien, il suffit de regarder les photos et de zapper des passages et hop, le désir de découvrir la Chine est préservé.

Pour l'éternelle question des jeunes moins cons que les vieux je ne suis décidément pas d'accord. Vivant 7h par jour dans un lycée grouillant de gens appelés "ados" je peux te dire que non, malheureusement, la new generation n'est pas plus reluisante que l'ancienne. On a juste la jeunesse et plus, vraiment. Soit, les jeunes sont plus ouverts d'esprit, mais ils aiment beaucoup prendre des têtes de turc et leur faire vivre une sale année aussi. Ou bien sabrer tous les grands films du cinéma (HITCHCOCK PUTAIN) et regarder des niaiseries débordant de bons sentiments et de vampire comme Twilight (anw mais Edward il est tro bo faut comprendre). Ou bien se dire en 1ère mais glander tous le cours, glousser comme des dindes, faire des blagues perverses, des gestes déplacés, des regards appuyés sur tes seins, tes fesses ou ta bouche. (je traite tes 3 paragraphes en un sinon je vais m'embrouiller) Les idéaux grandioses ils passent à la trappe, l'esprit critique aussi, quand tu sors pas avec des mecs t'es lesbienne, inversement, quand tu manges t'es grosses et quand t'as pas trop faim t'es anorexique, tous ces préjugés on les retrouve aussi chez les jeunes. Et les jeunes d'aujourd'hui tant qu'y a de la glace et un bon film débile à la télé ils sont casanier, voyager c'est pas leur truc à la base, ou alors le trajet maison-KFC qui est envisageable, éventuellement.

PARLONS MAINTENANT DU FÉMINISME. Oui, je suis féministe. Féministe mais pas abrutie. Je le revendique quand un gars me sors "laisse faire l'homme' ou qu'un autre me touche irrespectueusement les fesses dans la rue (c'est arrivé, je crois qu'il a aimé ma caresse sur sa joue). Ou bien quand on dit dédaigneusement "ouais mais les filles..." mais les filles quoi, merde? La société d'aujourd'hui est malheureusement conditionnée pour que les filles soient des bouts de viande ambulants. Je ne nous victimise en rien, mais les violences infligées aux femmes sont indéniables, les viols, les coups, la violence morale aussi. Puis il ne faut pas confondre femme et séductrice. On peut se balader dans la rue sans être tous seins en avant et eye-liner + bouche pulpeuse, lançant des regards en biais assez significatifs à la gente masculine. Regarde donc le harcèlement de rue. Je ne braille pas non plus dans mon coin, je râle quand on rabaisse les femmes. Rien qu'avec le plafond de verre, pourquoi les femmes seraient moins payées que les hommes? Sérieusement, il est indéniable que les femmes sont inégales aux hommes, encore aujourd'hui. Alors en partant de ce point de vue, oui je suis féministe, et oui je le serai, je continuerai à brailler pour les droits des femmes quand il le faut et à lutter contre le sexisme (le publisexisme entre autres), car tout individu qui se respecte lutte POUR ses droits. Le féminisme ne sera jamais une notion dépassée car tant qu'il y a des inégalités (salariales etc) il y a des gens pour lutter. Donc du féminisme, c'est presque mathématique.

Je finis sur une citation que j'aime: " Je n'ai jamais réussi à définir le féminisme. Tout ce que je sais, c'est que les gens me traitent de féministe chaque fois que mon comportement ne permet plus de me confondre avec un paillasson." ...Oh puis une petite dernière « Le féminisme, c'est ne pas compter sur le Prince Charmant. »

Inès

PS: Si j'ai le temps entre mes 4 heures de commentaire de français ce week-end voir ce soir je commente votre nouvel article, et oui c'est ça les L, ça bosse comme des dingues

PPS: Je suis féminisme mais pas asociale j'aurais accepté votre bise.

Christophe 01/12/2014 00:50

Salut Samuel !

Prépare ta seringue, mon ami : j'ai avancé sur un autre article ce week-end que j'espère poster le week-end prochain !

Et en effet, remerciements à Inès. C'est toujours les femmes qui se tapent le sale boulot...

Amitiés.

Christophe.

Inès 19/11/2014 13:17

Bonjour,

Je suis absolument ravie que vous m'ayez citée dans votre article et particulièrement fière d'être celle qui vous a foutu un bon gros coup de pied au cul, sûrement à la joie des lecteurs assoiffés de bribes de votre vie pour la vivre par procuration tel un chinois lambda (un peu tiré par les cheveux non? Je suis en L merde, faut bien que je redore le blason de cette (noble) filière trop moquée des autres!). Mais cette affirmation comme quoi les jeunes, nous, sommes moins cons que les vieux me pose encore quelques problèmes...je pense que dans les deux "camps" il y a deux catégories de gens. D'abord, ceux qui ont un esprit critique, s'intéressent à autre chose qu'à leur nombril, lisent, écoutent des VRAIES belles musiques (pas les One Direction pitié), regardent plein de films et séries, sont engagés (parce que oui, à 16 ans il est déjà bien temps d'avoir des valeurs et des convictions) (j'espère d'ailleurs faire partie de ces gens là). Puis y a les autres. Les filles sont pas féministes pour un sou, ils s'en battent les steaks de la planète et de la question de la pollution, de leur consommation de viande qui est pas écolo, qui sont méprisants les uns envers les autres, parfois racistes et sûrement homophobes aussi. Je pense que ces deux types de gens se retrouvent chez la nouvelle génération comme chez l'ancienne. Mais bon, l'espoir fait vivre, espérons un changement de mentalités dans quelques temps.

Inès

PS: Oui parce que je suis végétarienne par principe, féministes jusqu'au bout des ongles, écolo, et il n'y a rien que je déteste plus que la nature humaine dans ses pires moments, imaginez les réactions de lycéens un peu mous du bulbe..

Christophe 29/11/2014 06:40

Salut Machine,

On peut se tutoyer ? Je sais bien que du haut de tes seize ans, un gars de mon âge ne peut fatalement passer que pour ce qu'il est, à savoir un vieux con, mais la troisième personne du singulier, de toi à moi, c'est d'un désuet. Tu t'annonces féministe, je te découvre protocolaire.

Merci de m'avoir remué le popotin. Le résultat, c'est que je vais poster un nouvel article ce week-end, enfin, si tout se passe bien. Ah oui, je sais, le suspense est intolérable. Merci aussi d'avoir participé à mon éducation : je ne connaissais pas One Direction, et ai pu découvrir. En fait c'est abominable. Et c'est fou à quel point les règles marketing restent idoines d'une génération à l'autre. Dans mon adolescence, un groupe de trublions musculeux et vides commettait de la musique de la même façon. Ils s’appelaient les New Kids on the Block, et gageons que ce sont maintenant des quinquagénaires ventripotents. Enfin, je dis ça, je n'en sais rien : déjà à l'ère de leur âge d'or, ils ne m'intéressaient pas... Alors ce qu'ils sont devenus...

Tu as très bien compris que j'étais un exhibitionniste, qui montre sa différence culturelle à tous les passants, et qui réserve ses pensées les plus perverses aux plus voyeurs d'entre eux, nommément les lecteurs du blog. Très sincèrement, comme les autres, tu devrais avoir honte. Maintenant, si le blog désacralise l'expatriation, ou la vie en Chine, tout en suscitant des vocations à la découverte, au questionnement, ce serait fantastique. Et dans tous les cas, parler d'un autre culture, tout en évoquant la sienne en miroir est un bon moyen de faire comprendre, et donc tolérer, les différences.

Je persiste et signe : les jeunes sont moins cons que les vieux. Je vous trouve une ouverture d'esprit merveilleuse, une capacité d'acceptation sans concession des nouveautés qui devrait inspirer les vieux grigous qui, comme moi, commencent à transpirer en grimpant les escaliers, ou leur femme. En vieillissant, on se passionne moins, et ce pour quel que combat que ce soit. On réalise que le monde est monde, et qu'il ne changera pas du fait de nos idéaux. Mais c'est sûr qu'avec ce type de constat, c'est encore moins près de changer. Et puis les sentiments se mécanisent, on se referme sur soi-même. On voit les siens vieillir, et en s'extrayant de la jeunesse qu'on croyait éternelle, le départ des anciens réveille le traumatisme de notre propre mortalité. Pour finir on devient conservateur, et chaque nouveauté déclenche des tollés intérieurs. Car le bien-être, l'harmonie véritable, c'est quand demain ressemble à hier. C'est tellement plus sécurisant quand tout reste immuable. On se sent si bien quand on est reconnu dans ce qu'on connaît.

La jeunesse balaye tout cela, acceptant les nouvelles idées comme si elles coulaient de source. J'aime cette facilité, cet automatisme. Car moi, il faut que je me force. Je ne sais plus quel penseur disait « les traditions sont des innovations qui ont marché ». Les vieux ont du mal avec cette idée. Le progrès n'est pas chez les vieux qui, pour éviter de faner trop vite, se renferment dans leur nostalgie. « De mon temps, ce n'était pas comme ça » Ben oui, Pépé, mais ça ne veut pas dire que c'était mieux, ni même pire. C'était peut-être juste différent, et au même titre que vivre dans une culture différente est difficile, car il y a un nouveau référentiel normatif et social à absorber, il n'est pas évident de vivre dans une époque qui n'est plus celle de sa jeunesse. Mais c'est une fatalité.

La jeunesse est aussi l'âge des belles idées, des idéaux grandioses. Ce qui est dommage, c'est qu'avec la maturité, ces idéaux superbes disparaissent... Car on réalise que le monde ne fonctionne pas tel qu'on l'avait rêvé. Ma plus grosse déception a été de découvrir la teneur véritable de la nature humaine, qui s'enferme dans la préservation de soi, à une échelle sociale toujours corporatiste et infime. Et l'autre moitié de notre nature, plutôt que de respecter le corporatisme des autres, essaye de l'envahir, d'avoir le dessus, de le détruire. Bref, c'est pas gagné. Mais Dieu merci, les jeunes de maintenant voyagent bien plus. Et on peut rêver que les jeunes de demain ou d'après-demain, qui seront encore moins cons que les jeunes de maintenant, franchiront les barrières culturelles dans un respect total, et qui plus est pas unilatéral. Y a du boulot, je te l'accorde.

En parlant de corporatisme, je suis surpris d'apprendre que tu es féministe. Fais-tu partie de ces abrutis qui ont fustigé la chemise bariolée de bombasses du savant qui a accompli le plus fabuleux exploit de toute l'Histoire de l'humanité ? J'ai personnellement été sidéré par tant de bêtise, et c'est l'archétype des comportements lié à ma déception envers la nature humaine. Pour paraphraser le proverbe chinois « quand le savant pose un vaisseau spatial sur une comète, l'abrutie regarde sa chemise ». Quel désœuvrement, quel misérabilisme intellectuel. C'est bien une idée de bonne femme de discuter chiffon quand un homme va où aucun homme n'est encore jamais allé.

Personnellement, je ne suis pas du tout féministe, et pour trois raisons. La première, c'est que j'aime et respecte bien trop les femmes pour cela. Je ne comprends pas pourquoi les féministes s'échinent à se victimiser, tout en prônant l'égalité... Alors que les femmes jouissent d'une supériorité et d'un pouvoir totale sur l'homme. Et elles peuvent bien faire à peu près tout ce qu'elles veulent de n'importe quel mâle. Pourquoi vouloir abandonner cette aptitude unique et niveler vers le bas pour atteindre la lâcheté et le roulement de mécanique paradoxal dont seul un mâle est capable ? Tout ceci m'est incompréhensible.

La deuxième raison, c'est que, comme tu l'auras certainement compris, je refuse toute forme de corporatisme. Le corporatisme amène fatalement à la pensée unique, puisqu'il réunit un ensemble de gens qui, malgré leur individualité, suivent un tronc commun imposé. J'ai horreur d'être identifié à un groupe, et n'accepterais pas de m'entendre dire que je suis d'accord avec telle idée sans qu'on m'interroge, sous prétexte que je suis un drapeau. En plus, l’affiliation à un groupe n'amène qu'une chose : on colle aux gens une étiquette. Ils sont ce que pense le groupe, ils sont une liste d'idées. On fait fi de leur individualité, cela ne peut être qu'extrêmement réducteur. Une féministe est une lesbienne qui s'ignore, un végétarien est un baba cool bohème ou bobo, et un écolo est un bolchevique qui fume l'herbe en interdisant de marcher dessus. Ce à quoi je veux en venir, et c'est inévitable, c'est que l'appartenance à un groupe amène à l'étiquetage, et l'étiquetage aux stéréotypes. Or nous sommes des individus. Et puis dans les groupes qui braillent dans leur coin pour défendre leurs idéaux, il y a un côté fourmilière qui, vu, de haut, paraît bien futile.

La troisième raison, c'est que le féminisme, ma chère Inès, c'est complètement dépassé. Je te joins ci-dessous un lien Youtube qui te projettera un film de Alice Guy-Blaché, réalisé en 1906. Évidemment tu ne dois pas savoir qui est Alice Guy-Blaché, puisqu'on n'apprend rien de véritablement important à l'école. On y fait même croire que Marie Curie et Jeanne d'Arc sont les seules femmes importantes de l'Histoire. Or Alice Guy-Blaché, en plus d'être la première femme réalisatrice de l'Histoire du cinéma, est aussi une des premières réalisatrices de l'Histoire du cinéma tout court, les deux sexes confondus. Le cinéma a été inventé officiellement en décembre 1895 ; et dès le printemps 1896, elle dirigeait ses premiers films pour le compte de Léon Gaumont. Elle exerçait un métier d'homme -même, si à l'époque, il n'y avait pas encore de passé au cinéma-, a épousé un allemand -ce qui n'était pas la tendance politiquement correcte-, s'est expatriée aux États-Unis -comme peu d'aventurières-, et y a monté sa propre société de production, la Solax. Et malgré tous ces super-pouvoirs, elle fustigeait le féminisme, car elle n'a pas eu besoin d'un groupe pour trouver son identité, pour s'affirmer, pour savoir qui elle était. Elle n'a assumé aucune concurrence avec les hommes. La seule compétition qui l'intéressait, c'était avec elle-même. Toute sa vie n'a été qu'un défi durant lequel elle n'a cessé de se surpasser, sans se comparer aux autres, ou se plaindre. Mais regarde plutôt, tu réaliseras que plus les choses changent, plus elles restent les mêmes :

https://www.youtube.com/watch?v=dQ-oB6HHttU

Je te laisse sur ces considérations cinématographiques, car il faut que je fasse les dernières corrections au prochain article. Dans tous les cas, je te dis à très bientôt -je ne me permettrais pas de te faire la bise, la féministe risque d'y voir un affront, et y préférera certainement une bonne vieille poignée de main-.

Christophe.

Christophe Pavillon 17/11/2014 03:48

Merci David ! Si cela peut te rassurer, un article est pour ainsi dire prêt depuis ce week-end, et j'ai commencé à en rédiger un autre. Les idées ne manquent pas. C'est surtout le temps qui fait défaut. Et même si je n'écris plus aussi souvent qu'avant, j'ai bien l'intention de poursuivre. Et en effet, Angelo, l'aîné, qui a bientôt 4 ans, devient par la force des choses mon prof de mandarin !

Amitiés.
A bientôt.

Christophe.

David de Namur 16/11/2014 02:16

Bonsoir Christophe,

Je pensais que vous avez abondonné votre blog, j'étais super content de vous lire aujourd'hui, c'est peut-être l'un des derniers articles que vous écrirez, j'ai pris donc le temps de bien le savourer, merci de partager votre expérience en Chine. Il y a quelques années il existait beaucoup de blogs qui racontaient la vie des expatriés en Chine, mais aujourd'hui c'est difficile de trouver ceux qui valent vraiment la peine de lire, beaucoup sont ennuyants et superficiels. Quant je viens sur votre blog, ça se sent tout de suite que vous vivez comme un "chinois en Chine" même si voud parlez le mandarin comme une vache espagnole. Avec vos deux garçons qui vivent en Chine, votre mandarin va devenir très bon sans le vouloir.

David de Namur