A perdre haleine.

Publié le 22 Décembre 2014

Vous n'avez pas besoin de lire l'article précédent pour comprendre celui-ci.

Qui plus est l'article précédent est chiant comme la pluie.

A perdre haleine.

Avant d'embrayer sur mon jogging -car je n'ai pas fini-, je voulais vous relater un petit incident insignifiant, survenu entre Caili et moi il y a quelques jours, et qui est très révélateur des difficultés que la différence culturelle peut générer. Cette différence est parfois telle que d'un coup, dans un cadre donné, la compréhension et l'acceptation de l'autre deviennent des cosensus inaccessibles.

Onesource Agency, la société que j'ai fondée il y a bientôt dix ans, ne vend ni n'achète aucun produit. Nous sommes prestataires de service, et accompagnons les entreprises occidentales dans leurs achats en Chine. N'ayant pas de produits, je n'ai pas de catalogue, et ne peux offrir ni promos, ni mises en avant. Je ne peux pas non plus communiquer sur des emballages. Pour faire ma belle réclame, je ne dispose que d'un site internet institutionnel, avec que du texte, et donc encore plus soporifique que le blog. En complément, j'alimente une piètre page Facebook en y saupoudrant quelques produits chinois dont les offres ne manquent pas de me parvenir quotidiennement, ou bien j'y relate un passage en usine, voire une visite de salon.

Mais en terme de communication papier, la société n'a qu'un seul support : nos cartes de visite. En tant que professionnel, j'ai toujours pensé que la carte de visite était un support de communication trop souvent sous-estimé. Or, une carte de visite bien pensée, qui sort un peu des sentiers battus sans être loufoque, surprend celui qui la reçoit autant qu'elle crédibilise celui qui la donne. En tendant cette carte de visite, et avant même d'entamer un discours, c'est une première image de la société qu'on donne, et aussi une première image de soi.

Deuxièmement, quand, comme moi, on visite régulièrement des salons professionnels, qu'on y rencontre plusieurs dizaines de personnes dans la journée, et que le soir on fait le tour des cartes de visite récoltées, il est rare qu'on se souvienne très clairement des gens aux quels elles appartiennent. Y mettre sa photo me paraît aussi impératif que d'y imprimer son nom, car en plus de favoriser l'identification, ce cliché permet d'humaniser le rapport, et de se souvenir des individus.

Je suis très créatif, et j'aime d'autant plus la démarche de communication qui impose de lier une conception artistique aux impératifs commerciaux de l'entreprise. Et comme je connais bien la chaîne graphique, je conçois moi-même les cartes de visite de Onesource. Sur le tout dernier modèle, qui est sorti il y a quelques jours de chez l'imprimeur, je me suis éclaté. Jugez plutôt : la carte en soufflet s'ouvre comme un livre, la photo de l'individu apparaît, une description complète de l'activité de la société est rédigée à l'intérieur comme à l'extérieur ; et pour finir, une découpe et un rainurage permettent de faire apparaître une petit conteneur maritime en relief -le conteneur étant très symbolique de toute activité liée à l'import de produits chinois-. Bref, la personne qui reçoit cette carte n'est a priori pas prête de l'oublier.

A perdre haleine.

J'ai systématiquement eu cette démarche de mise en valeur extrême de la carte de visite, quelle que soit la société où j'ai travaillé. Et ça a toujours été payant. J'ai régulièrement croisé des gens qui, n'étant pourtant pas spécialement intéressés par la prestation, m'ont malgré tout demandé un exemplaire de ma carte de visite, la trouvant « très ingénieuse ». Évidemment, pour ma propre société, j'ai souhaité une mise en valeur encore plus frappante.

Quand j'ai indiqué à Caili que nous allions refaire les cartes de visite, et que j'allais devoir la prendre en photo à cette fin, elle a fait la moue. Face à mon insistance boudeuse, elle a finalement accepté. J'ai tout d'abord été surpris, car les chinois misent beaucoup de choses sur l'apparence, et le contenu ronflant d'une carte de visite peut très facilement être assimilé, dans l'inconscient collectif, au pedigree d'un VIP extraordinaire. Je me disais en conséquence que Caili se sentirait flattée que je lui fasse des cartes de visite. Elle travaille très dur pour la société, parfois très tardivement, et oublie régulièrement ses week-ends. Elle le fait avec moins de plaisir que de détermination. Mais cela me semblait mériter un peu de reconnaissance. Et lui faire faire des cartes de visite, c'était institutionnaliser l'importance majeure de son rôle dans le développement de l'activité.

Il y a un peu plus de onze ans maintenant, quelques mois après mon arrivée en Chine, j'avais accédé, au comptoir d'un troquet merveilleux, au poste de directeur général d'une PME que j'avais finalement montée en collaboration, puis structurée. Le patron était chinois. Les associés étaient chinois. Les employés étaient chinois. C'était presque à me demander ce que je pouvais bien foutre là.

A perdre haleine.

Comme dans toutes les périodes de démarrage, tout était à bâtir. Nous n'avions pas de produits au tout début, et nous n'avions même pas de catalogue pour montrer des photos de nos produits. Toutefois, il nous était impératif d'envoyer les commerciaux tâter le terrain auprès de clients potentiels. Or, visiter ces prospects sans produit ni catalogue ne les a pas dérangé le moins du monde. Par contre il leur était impossible d'envisager la moindre visite sans disposer de cartes de visite. A l'époque j'en étais resté abasourdi. N'importe qui, via des échoppes très répandues, peut se faire imprimer des cartes de visite au coin de la rue, avec un nom d'entreprise et une fonction imaginaires. Le document en lui-même n'est garantie de rien. Dans le service commercial, on était au bord de la mutinerie. Et il a fallu très rapidement imprimer des cartes de visite pour que les vendeurs puissent aller se présenter aux clients potentiels. J'étais stupéfait de voir que, pour vendre, la carte de visite leur était plus indispensable qu'un catalogue ou des produits.

Ce protocole borné, très infantile, est très ancré chez les chinois. La carte de visite, c'est le bonhomme, et c'est donc aussi la face. Sachant que Caili n'a auparavant jamais eu de carte de visite au nom de Onesource, je m'étais dis que ça lui ferait plaisir, et que cela constituait là aussi une forme de reconnaissance. Par ailleurs celles-ci lui sont devenues impératives, car elle travaille dorénavant à plein temps à mes côtés.

Ce qui la faisait tiquer, c'était cette histoire de photo. Elle ne voulait pas qu'on voit son visage sur la carte de visite. Alors au début, elle s'est habillée avec des frusques dont j'ai horreur, et qui ne la mettaient pas du tout en valeur, et la faisaient passer pour une mégère. Et, souriante, elle est venue vers moi pour me dire qu'elle était prête pour la photo. Face à ma réaction empli de courroux, nous avons choisi des vêtements décents, mode et classe, un chouia casual, mais qui font d'elle ce qu'elle est : une jeune pro dynamique. Nous avons pris les clichés, et certains étaient très réussis. Elle a choisi celui qu'elle préférait, et je l'ai intégré dans sa carte de visite.

A perdre haleine.

Quelques jours plus tard, l'imprimeur nous a demandé de nous rendre au bon à tirer. Pour les néophytes, le bon à tirer est le moment où l'impression est lancée. Y assister permet de calibrer les couleurs comme on le souhaite, et de vérifier que tout est en ordre. Angelo m'y a accompagné, très heureux de découvrir cet environnement industriel nouveau pour lui. Comme nous travaillons à domicile, il entend parler toute la journée de contrôles qualité en usines, et pour la première fois, il pouvait voir en quoi nos déplacements extérieurs consistaient. Mon aîné est un petit garçon très serviable, et qui adore s'impliquer dans le boulot familial. Aussi, il a simulé avec le plus papal des sérieux la gestion du contrôle qualité des cartes imprimées. Je lui ai appris à se servir de l'optique grossissante du compte-fil, et espère, très prochainement, lui faire assimiler l'intérêt du densitomètre. Il n'était pas peu fier, et ce sentiment était bien réciproque. Nous sommes repartis avec une des premières planches imprimées, et qui comptait deux cartes de visite de Caili, et deux des miennes, avec donc nos visages dessus.

Les cartes de visite découpées et rainurées ont été livrées dans les jours qui ont suivi. Le résultat me paraissant satisfaisant, et en accord avec le bon à tirer, j'ai déchiré la planche que j'avais ramené de chez l'imprimeur, et l'ai jeté. Quand Caili l'a découverte dans la poubelle, elle l'a récupéré, et s'est précipitée dans mon bureau en hurlant. Et c'est là qu'elle m'a expliqué, vertement, que c'était exactement pour ce genre de choses qu'elle n'avait pas voulu, au départ, que sa photo figure sur les cartes de visite.

A perdre haleine.

Car elle avait peur que des gens qui reçoivent sa carte la déchire, alors qu'il y a sa photo dessus. J'ai eu beau lui répéter qu'il ne s'agissait pas d'elle sur cette photo, mais simplement d'une impression faite à partir de l'amalgame de quatre encres de couleurs primaires, rien n'y a fait. Il s'agissait-là d'une projection d'elle-même, et je pense qu'elle voyait dans le fait que sa carte de visite puisse finir à la poubelle, une forme de superstition. Cela m'a fait pensé aux indiens d'Amérique qui refusaient d'être pris en photo, par peur que l'appareil ne leur vole leur âme en même temps que leur image.

Dans ce genre de circonstances, parfaitement inattendue me concernant, je suis impuissant. Je ne peux pas me battre contre des crédulités naïves d'un niveau intellectuel médiéval. Toutes les explications que je lui ai donné, rationnelles et indiscutables, parfois la tournant gentiment en dérision, n'ont servi à rien. Elle a conservé le morceau déchiré de carte de visite dans un tiroir de son bureau, refusant de le jeter. Et pour conclure, elle m'a annoncé que quelle que soit ma pression sur la question, elle refuserait de mettre sa photo sur ses prochaines cartes de visite.

Au rang des croyances absurdes, Caili m'avait fait une réflexion désarmante il y a quelques années, alors que nous nous promenions dans la campagne tourangelle. Rêveur et enivré par la beauté calme du paysage paysan, j'avais clamé que j'achèterai bien une vieille maison dans la région pour y passer mes vieux jours. Terrifiée, Caili m'avait répondu très sérieusement que si un jour nous envisagions d'acheter une maison en France, il était hors de question que ce soit une maison ancienne. Je trouve les maisons neuves laides et sans âme, et préfère très largement les inconforts d'une vétusté relative à la froideur d'un cube qui sent encore la peinture fraîche. Et quand j'avais demandé à Caili pourquoi elle ne voulait pas habiter dans une vieille maison, qui avait une histoire, elle m'avait répondu que c'était parce qu'elle avait trop peur des fantômes. J'en étais resté interdit. Que voulez-vous répondre à cela ? L'obscurantisme a encore de beaux jours, particulièrement dans les cultures restées traditionnelles... Et je ne peux hélas rien y faire. Maintenant, je dois admettre que même les esprits rationnels subissent les relents de cette crédulité. Moi-même me sentirais bien mal à l'aise si je restais enfermé une nuit dans un cimetière... Et d'un coup je deviendrai bien plus superstitieux !

A perdre haleine.

Et donc, mon jogging...

J'ai trouvé un endroit sympa pour courir, à deux pas de chez nous. Je pourrais y aller à pied, ce qui ne serait pas contre indiqué, puisque je m'y rends pour courir. Mais je suis bien trop feignant pour ça, alors je prends mon scooter électrique. En fait si je prends le scooter, c'est pour optimiser le temps passé à l'extérieur, et ainsi maximiser celui où je suis derrière mon bureau à travailler.

Suzhou est une ville lacérée de canaux, dont le centre ville antique est un rectangle entouré de très larges voies navigables, sorte de douves gigantesques. Sur la berge intra-muros de ces titanesques canaux on trouvait encore, ça et là, des murets vétustes qui constituaient ce qu'il subsistait des anciens remparts de la ville. Je précise cela à l'imparfait car, fort de son enrichissement, la ville a restauré en partie, et reconstruit à d'autres endroits, certains tronçons des remparts médiévaux, saupoudrant le tout de magnifiques tours ou maisons traditionnelles. Et au pied de ces majestueuses reproductions de fortification, il y a des petits parcs bien verdoyants, ou serpentent des chemins piétonniers où je peux jogger, suant sereinement.

L'environnement y est fort agréable, les poubelles sont vidées avant de déborder, et le personnel de nettoyage veille à ce qu'aucun papier gras n'émaille les chemins, qu'ils soient de verdure, de pavés, ou de béton. C'est d'autant plus agréable que les chinois ne sont pas au fait des besoins en progrès écologiques, et qu'ils partent du principe que les sols des rues, des routes, des parcs, sont autant de décharges où ils peuvent se permettre de jeter tous types d'ordures, depuis l'emballage de nourriture jusqu'au vieux fauteuil usé. Notez toutefois que pour le vieux fauteuil, la pauvreté reste telle qu'au bout de quelques minutes, il se sera évaporé, récupéré par un voisin pour un usage quelconque, ne serait-ce que la revente des matériaux en pièces détachées. Occidentalisme oblige, et malgré mes bientôt douze ans en Chine, je reste décontenancé de voir un individu jeter par terre une canette qu'il vient de vider, qui plus est dans un parc à la verdure préservée, le tout avec un naturel indiscutable, et alors qu'une poubelle se trouve à quelques dizaines de mètres.

A perdre haleine.

Ces parcs sont le matin peu surpeuplés, et on peut y courir sans avoir à zigzaguer entre les locaux. Les chinois, du moins à Suzhou, n'ont plus la même surprise un peu éberluée face à ma présence étrangère. La situation n'a plus rien à voir avec celle dans laquelle j'évoluais à mon arrivée, où chaque chinois se retournait sur mon passage, ou bien venait me dévisager avec une cuistrerie insolente, comme s'il observait avec amusement un animal derrière les barreaux d'un cage. C'était, à l'époque, un autre monde, et une destination encore peu prisée par les gens souhaitant vivre à l'étranger. Je lisais dernièrement que la Chine est dorénavant le troisième pays d'expatriation au monde. Elle n'est plus du tout l'univers fermé et mystérieux qu'elle était. Les occidentaux ne sont plus aussi rares, et les chinois les remarquent peu. J'en croise maintenant tous les jours -il faut dire aussi que je vis dans un quartier touristique, mais la plupart, surtout en cette saison, semble être des expatriés-, alors qu'il y a douze ans, je n'en rencontrais pas un par mois. Pour l'anecdote, la pression des regards à mon arrivée était telle qu'après quelques mois, les jours où je le sentais particulièrement agressé par ces attentions dévorantes, je sortais avec mes lunettes noires, comme une vedette souhaitant passer incognito. Dorénavant, sans être total, l'anonymat est normal. Pour autant, un blanc reste un blanc, et un chinois un chinois : il subsiste encore une ségrégation, souvent positive pour les occidentaux, mais pas toujours, et ce n'est pas toujours agréable.

Avant d'avoir trouvé ce parc sur les rives des anciens remparts, je courais dans mon quartier. Et c'était un enfer : voitures, bus, car touristiques, pousse-pousse, et piétons s'y croisent en tous sens dans un capharnaüm de fourmilière et le jogging avait tout du saut d'obstacles. Ce n'est pas évident de se concentrer sur sa course quand il faut en même temps éviter de se faire écraser par un taxi ou bien avoir à subir les hurlements d'un guide touristique qui utilise un mégaphone aux décibels assourdissantes. Dans tout ce bordel subsistait une longue ruelle très typique du vieux Suzhou. Mais il ne fallait pas s'y rendre trop tard, au risque d'être englué dans le flot touristique. Par ailleurs une partie de cette ruelle étant suffisamment large, les voitures peuvent s'y engouffrer, se souciant plus de leur moyenne que de la sécurité des joggeurs. Il y a, dans cette ruelle, un passage que, malgré tout, j'adorais traverser. Les maisons qui en bordent le talus sont des baraques traditionnelles du Jiangnan, au murs blancs et fondations de pierre, avec des toits aux tuiles anthracites arrondies, et où les fenêtres et huisseries de bois sont fabriquées dans le même style que celles qui existaient sous l'empire. Ce ne sont pas les maisons qui me faisaient jubiler : ces bâtisses sont idoines à toute baraque traditionnelle de Suzhou. En fait c'est l'habitude d'un des habitants de la ruelle qui m'obligeait à y passer. Celui-ci vit dans une des vieilles maisons de plain-pied. Sur les murs extérieurs de son logis, mais aussi sur les murs bétonnés de la ruelle, il a planté des clous en hauteur, à peu près à égale distance horizontale les uns des autres. Si rien n'y avait été accroché, je pense que même en y courant tous les jours, je ne les aurai jamais remarqué. Si je me suis rendu compte de leur présence, c'est parce que le petit vieux, dans sa petite maison, était le propriétaire d'une dizaine d'oiseaux, chacun enfermé dans une cage de bambou, en cloche, de forme très chinoise, et très ancienne. Et tous les matins, une fois que le soleil avait commencé à réchauffer le pavé, il ouvrait la porte de sa maison, y posait un tabouret dans l’entrebâillement, et sortait ses cages à oiseaux une par une. Puis il allait les accrocher aux murs du quartier, sur les clous qu'il avait du lui-même planter. Ainsi les oiseaux, assis dans leurs cages respectives, passaient leur journée à observer le tumulte relatif de la ruelle. Et le petit vieux, tranquillement, restait assis sur son tabouret posé dehors, à deviser ses oiseaux, et à papoter avec les voisins dans le dialecte pétillant de Suzhou.

A perdre haleine.

Ce genre de situation, très extrême-orientale vue de l'Occident lointain, apparaît, quand on vit en Chine depuis belle lurette, et qu'on côtoie les locaux, comme une habitude enfantine de plus. Un peu comme la lubie chinoise qui impose, pour des raisons de confort, de porter des chaussons dès qu'on est dans un intérieur, même dans les bureaux. Il n'empêche que même pour un insider comme moi, il ressort de cette sitiation une sérénité bienvenue et revigorante. Le petit vieux avait pris l'habitude de me voir courir devant chez lui tous les matins, et donnait l'impression d'attendre mon passage. Systématiquement, il me saluait d'un grand sourire tout en levant sa canne vers le ciel. Et le lendemain d'un jour où je n'avais pas couru dans sa rue, alors que je passais devant lui en joggant, je l'entendais me crier « tu n'es pas venu hier ! ».

Je n'ai pourtant pas couru bien longtemps dans le quartier, tant c'était inconfortable. Il fallait supporter le trafic, la foule, et les touristes venus d'endroits de la Chine où la présence étrangère est moins dense. Et il n'était pas rare d'en croiser qui, de voir passer un blanc courant en short, dégainaient leur appareil photo pour immortaliser le piètre sportif pale.

Finalement j'ai repéré le parc que j'évoquais plus haut, et qui est devenu, depuis fin septembre, le théâtre de mon jogging. En fait je passais sur la route contiguë aux remparts quotidiennement, et avait noté la présence d'un parc. Mais je ne m'étais jamais interrogé sur le fait que je puisse y courir, ni même n'avait idée de son étendue, tout à fait conséquente.

A perdre haleine.

C'est devenu un rite : tous les matins je dépose Angelo à la maternelle avant 8 heures 30, et soit je vais à ma séance d'acupuncture, soit je vais jogger. Ce qui fait que je jogge à peu près un jour sur deux, quand je n'ai pas de déplacement pro. Et l'acupuncture, c'est pour m'aider à persévérer dans la perte de poids. Je ne suis pas convaincu que cela puisse se substituer à un régime. Mais pour autant, l’apposition des aiguilles fait l'effet d'un coupe-faim. Je ne suis pas un grand fan d'acupuncture, m'y suis intéressé surtout du fait de la passion de ma sœur pour la médecine chinoise, et en conséquence évidente de la société que nous avons conjointement monté sur cette thématique. J'ai horreur qu'on me touche. J'ai bien évidemment encore plus horreur qu'on me pique. Et quand j'entends ma sœur s'extasier du bien-être qu'elle ressent quand elle se plante elle-même une aiguille dans le corps, j'en viens à me demander pourquoi elle n'a pas plutôt choisi comme vocation d'être assistante d'un lanceur de couteaux. Et en plus de me clouer au lit, la doctoresse branche une gégène infernale qui m'envoie d'infinitésimales décharges électriques dans la bedaine, à travers le corps conducteur des aiguilles. Par contre, je suis allongé, et tout criblé de clous que je suis, à l'image d'une poupée vaudou branchée sur le 220 V, je ne peux bouger. Donc je n'ai pas le choix : je ferme les yeux, et me détends, par exemple en relistant en pensée la filmographie de Max Linder, si possible dans l'ordre chronologique (*). Bref, malgré cette torture barbare à l'arme blanche, qui plus est électrifiée, je me relaxe. Et puis mes rêves dans ces instants-là sont plutôt cinématographiques, et ce refuge ne peut être que bien-être.

L'autre jour sur deux, quand j'arrive au parc, je gare mon scooter électrique sous le pont. Il y a là une guérite avec trois gardiens en uniforme de hauts gradés, qui s'ennuient toute la journée, tapent le carton dans leur guérite en plein vent, ou bien discutent assis sur un banc, ou encore lisent le journal. Ils sont trois ; autant de présence est fondamentalement surnuméraire. Mais le coût de la main d’œuvre en Chine le permet. Si cela donne du travail à plus de gens, pourquoi pas. Ils sont sympa, pas tout jeune, et presque à chaque fois au moins l'un des trois vient à ma rencontre alors que je suis en train de poser l'antivol à la roue arrière de mon destrier électrique. J'ai régulièrement droit à la même question « tu es venu sans les enfants ? », alors que je n'ai amené les garçons que deux ou trois fois dans ce parc, et que j'y coure pourtant seul depuis des mois. Et ce sont toujours les mêmes réponses de ma part « ils sont à l'école » ou bien « ils sont à la maison » s'ils sont malades. L'un deux a une voix particulièrement inquiétante, comme si on lui avait fait une trachéotomie. Il a le clavier dentaire bigarré, un peu comme le chanteur de Poggs, et il en résulte une certaine angoisse quand on l'entend s'exprimer tout en souriant. Je l'ai surnommé Dark Gardien, car le timbre émanant de sa trachée me fait irrémédiablement songer à Dark Vador.

A perdre haleine.

Les enfants aiment bien l'endroit. Je les y ai emmené avec le ballon de foot, et nous avons fais quelques passes à plusieurs reprises. Sur l'un des sentiers au bord du canal, il y a des petits motifs de galets, dont notamment celui d'une chauve-souris. Depuis que je leur ai fais remarquer, à chaque fois que nous retournons dans ce parc, il faut aller « rechercher l'insigne de Batman ». C'est aussi là que nous avons ramassé quantités de feuilles diverses pour l'herbier qu'Angelo devait créer pour l'école. L'institutrice avait imposé qu'on lui trouvât un nom. Caili a trouvé un nom en chinois pour l'herbier, et m'a demandé d'en trouver un en français. Je l'ai donc appelé Marcel, l'herbier.

A perdre haleine.

Une fois mon scooter sécurisé, j'entame mes premières foulées. Je me sens libre, et il m'a fallu apprendre à réguler cet excès d'énergie au démarrage, au risque sinon de ne pas être aussi endurant que mes séances de footing l'exigent sur la durée. Je traverse le parc, longe le canal et les anciens remparts.

J'y croise régulièrement les mêmes personnes. La plupart son âgées. Enfin, plus âgées que moi, toujours. J'imagine que les très jeunes sont à l'école à cet horaire, et que ceux de mon âge sont au boulot. C'est un des avantages quand on travaille pour soi : on reste maître de ses horaires. Et c'est aussi un de ses désavantages, car on travaille en général sans souci de l'heure, démarrant très tôt, finissant très tard, passant toujours des vacances avec un œil sur les e-mails, des samedis matins à finir le boulot de la veille et des dimanches soirs à préparer celui du lendemain.

A perdre haleine.

Il y a l'homme au chien. L'un des seuls qui ait je pense moins de quarante ans, malgré une tonsure monacale assez flagrante. Il est le maître d'un gros chien qu'il libère afin qu'il gambade dans le parc. Je n'ai pas peur des animaux, et ai toujours eu l'habitude d'en avoir chez mes parents étant enfant, particulièrement des gros chiens. Mais en Chine, où l'habitude d'avoir des animaux de compagnie est assez nouvelle, je suis plus inquiet. Les chiens ne sont pas dressés, ou alors à coups de trique. Et il suffit de se promener dans les marchés aux animaux pour se sentir le cœur en peine face à la dureté des traitements aux quels les animaux, même familiers, sont soumis. Certains sont borgnes, malades, pas soignés ; les marchands préférant certainement les laisser mourir plutôt que de payer un traitement coûteux. Tous vivent dans la saleté et l’exiguïté de cages qui sont de véritables cellules. Le marché des animaux à Suzhou, hormis les poissons et crustacés, attriste autant qu'un passage à la SPA. Et en conséquence de tout cela, sans être angoissé, je suis un peu méfiant quand je coure et que des chiens sont à proximité. J'ai d'autant plus peur de me faire chiquer les mollets que je coure en short, et que je doute très fortement que les canidés, dans un pays où la sécurité est un concept plus qu'une habitude, aient bien tous subi leur rappel de vaccin contre la rage. Au début, ce gros chien me regardait, figé et perplexe. Et puis à force de me voir plusieurs fois par semaine, il s'est mis tout naturellement a partagé mes jeux. Dorénavant, quand il me croise, il n'est pas rare qu'il coure derrière moi sur quelques dizaines de mètres, la gueule béante et béate des bons toutous mous, avant de faire demi-tour par crainte de perdre la trace de son maître. Celui-ci en a pris l'habitude, et s'assoit sur la rambarde de la rive qui surplombe le canal en attendant que le haut dogue revienne. Et il en a, de l'énergie : c'est un chien chaud, ce haut dogue, si j'ose dire.

A perdre haleine.

Il y a le club des buveurs de thé. Je ne les vois plus depuis quelques jours. Mais comme les températures matinales avoisinent parfois la nullité, gageons qu'ils restent dorénavant un peu plus longuement sous la couette. Je les aime bien, ceux-là. Ce sont quatre ou cinq gars qui ont je pense entre cinquante et soixante-dix ans, ainsi que deux grosses femmes sans âge. Tous les matins, ils installent des chaises dures fabriquées artisanalement en tronçons de bambous. Ils posent au centre une petite table basse de la hauteur d'un tabouret, ainsi que des grands thermos d'eau chaude au sol. Et ils sirotent leur thé au bord du canal, sur une petite esplanade bétonnée et déserte d'arbres, où ils peuvent rôtir tranquillement sous le soleil naissant. Les premières semaines je garais mon deux roues à côté d'eux, mais le nouvel emplacement de parking, sous un pont, est plus près de chez moi. Un matin ils m'ont proposé de venir boire le thé avec eux. Par timidité, et aussi pour ne pas trop retarder mon retour au bureau, j'avais poliment remis cela à plus tard -mais surtout par timidité, et intense frustration liée à la communication : mon niveau de mandarin aurait permis, je pense d'échanger, mais de manière un peu trop sommaire. Et ça aurait rapidement été barbant pour tout le monde, tout en suscitant chez moi un embarras face à cette incompréhension-. Mais j'étais resté papoter avec eux deux minutes. Et quand ils étaient encore présent le matin, et que je passais devant eux, nous avions toujours un échange de salutations bref pour moi, et hilare les concernant. Une des rares fois où je me suis rendu au parc avec les enfants, les femmes avaient joué avec eux avec plaisir. Et parfois, lors de mes footing solitaires, quand je croisais l'une d'entre elles, elles me demandaient succinctement des nouvelles d'Angelo et Louis.

Il y a aussi le squelette qui marche à l'envers, et au ralenti. Je l'ai surnommé ainsi car quand je la croise -c'est une femme-, je me dis « tiens, v'là le squelette ». Je ne lui ai jamais adressé la parole, mais nous nous saluons presque toujours discrètement du regard. Cette femme est tellement squelettique que quand elle marche, je m'attendrais presque à entendre le tintement d'osselets. Son visage long est sérieux au point d'en être austère. Et pour exercice matinal et quotidien, elle mime un jogging, mais au ralenti, et en courant à l'envers. Cette gymnastique est très banale ici : pour s'entretenir, les petits vieux marchent à l'envers. Cela désarçonne un peu les premières fois que l'on est témoin de cet exercice, et prête à pouffer, un peu comme quand on croise pour les premières fois des chinois qui, par souci de confort, se promènent dans leur quartier en pyjamas. Ces pratiques font partie de toutes celles que l'on relègue, une fois de plus, et avec le temps, à des habitudes infantiles. Ce qui reste stupéfiant chez cette femme maigrelette, c'est qu'elle ne marche pas à l'envers, mais que son effort réside dans le pantomime d'une course effrénée, mais au ralenti, et à l'envers, donc.

A perdre haleine.

A l'endroit où je démarre mon jogging se trouve la titanesque reproduction d'une ancienne porte d'accès à la ville. Il s'agit d'une arche gigantesque en pierre, au sommet de laquelle se trouve un fortin, sorte de Grande Muraille à l'échelle réduite, surplombée d'une très belle maison construite dans le plus pur style traditionnel chinois. Le fortin n'est somme toute pas très élevé, et la vue qu'on a depuis ces remparts n'est pas époustouflante. Mais l'endroit n'en reste pas moins très joli.

A sa base, le matin, on croise des groupes de chinois, en général plutôt âgés, et qui font en toute quiétude leur petite séance d'arts martiaux. La plupart sont habillés en ample uniforme de soie à col droit, et utilisent une épée en cimeterre pour les accompagner dans leurs exercices. Ils posent un petit transistor à proximité, qui hurle de la musique traditionnelle pour sonoriser leurs gestes.

C'est un peu devenu la grande mode depuis trois ou quatre ans en Chine : les petits vieux ou les paysans se promènent avec un tout petit poste de radio qui crache des airs traditionnels. Mon beau-père en a un, qui ne le quitte pas quand il décapite et plume le poulet du midi, ou qu'il équeute les haricots dans sa cour. C'est assez amusant de croiser des vieux qui gardent ainsi leur transistor planqué dans leur poche, car ne pouvant identifier visuellement la source de la musique, on a le sentiment que la musique émane d'eux, comme si c'étaient des petits vieux musicaux.

A perdre haleine.

Je ne sais pas si cet art martial, c'est du Taiqi, ou bien du Qigong ; et quand j'ai demandé à Caili, elle m'a répondu par un haussement d'épaules tout aussi dubitatif. La sérénité des gestes qui s’enchaînent laisse un sentiment de pureté assez étonnant. Tout semble millimétré, et d'une douceur lente extrême. C'est d'une telle douceur que quand je passe en courant, tout essoufflé de mon effort, j'ai l'impression qu'en comparaison de mon jogging, leurs exercices, c'est de la danse classique. Les rêveurs impénitents, ceux qui voyagent dans leur tête, trouveraient cela certainement magnifique et merveilleux. Me concernant, ces alignements de vieillards qui gesticulent lentement, je vois ça pour ainsi dire quotidiennement depuis bientôt douze ans. Même si je trouve cela empli de paix, cette impression ne revêt plus aucun exotisme. Et je n'y vois même souvent plus qu'une manie infantile de plus, faites de simagrées insensées. C'est certes un peu exagéré, car il y a des matins, comme aujourd'hui d'ailleurs, où je suis resté ébahi devant une vieille femme qui faisait des moulinets avec son épée, courbant son corps dans des positions que Noureev aurai approuvé et applaudi tant elles étaient d'une dextérité incomparable.

Les blancs sont devenus monnaie courante, mais les voir jogger au-dessus du genou n'est pas très banal, d'autant plus en centre-ville, hors du ghetto occidental. Certains chinois expriment leur surprise à haute voix, d'autres me hurlent en mandarin quelques mots d'encouragement. Et dans tous les cas ils ont toujours une approche sympathique. Il y a quelques semaines, l'un d'entre eux, voyant que je venais de terminer, est venu me voir et a commencé à discuter, me disant que c'était bien que je coure comme ça tous les jours ou presque, que lui-même avait eu la même démarche, mais qu'il était devenu trop maigre, et que ce n'était pas non plus très bon pour la santé. Je le croise encore de temps en temps, et à chaque fois on se fait des grands signes chaleureux.

A perdre haleine.

En dernier lieu, il y a les petits vieux qui, surpris de me voir arriver en courant, sont tellement stupéfaits qu'ils ne savent pas quoi faire. Ils sentent qu'il faut me laisser un peu de place pour passer. Mais tétanisés, ils ne savent pas s'ils doivent rester au milieu, se tenir à droite ou bien se glisser sur la gauche. Ce n'est jamais très agréable de les croiser : je n'ai ni envie de faire tomber personne, ni de couper, ralentir ou dévier ma course quand j'ai atteint un rythme confortable. Je n'ai jusqu'ici fais chuté quiconque, mais ça a manqué d'arriver avec une vieille femme que j'ai du finalement rattraper dans mes bras... J'aurai préféré que ce soit une demoiselle ! Car évidemment, par contre, quand je croise une jeune fille, en vieux con qui a encore des prétentions absurde à plaire, je bombe le torse et rentre le ventre, pour mieux piteusement toussoter de fatigue après l'avoir dépassé, suant et puant.

Je ne croise pas d'autres joggeurs, ou très peu, et qui plus est rarement de mon âge ni plus jeune. Ceux qui viennent avec des objectifs similaires aux miens font plutôt des footings très lents. Et c'est amusant de voir des chinois middle-class attiraillés comme des athlètes de niveau olympique, avec des chaussures de marque et des vêtements de sport hautement technologiques, tout ça pour marcher en mimant des pas de course. Et ils me devisent en général d'un œil torve quand je les dépasse en transpirant comme après un sprint.

A perdre haleine.

Comme tous les hommes, je suis un lâche. Le jogging me donne l'opportunité de fuir mon stress plutôt que d'y faire face, et aussi de clamer haut et fort un bien lamentable courage, qui est de faire l'effort de transpirer un peu en trottinant, et ce un jour sur deux. Pourtant, cela m'est devenu aussi impératif que de respirer. Au su de l'alarmant niveau de pollution que l'air vicié de Suzhou atteint dorénavant, c'est bien évidemment carrément paradoxal : moi qui ai arrêté de fumer il y a bientôt trois ans, je risque de finir comme la Traviata un peu plus à chaque footing. Vu depuis l'hexagone, cela paraîtra exagéré. Hélas ça ne l'est pas. On voit fleurir des publicités pour des appareils permettant d'assainir l'air dans les maisons, et la plupart des expats que j'entraperçois ici se sont équipés, ne serait-ce que pour la chambre des enfants. Caili m'avait suggéré de courir avec un petit masque sur le visage, sans comprendre que j'aurai vite étouffé dans mon propre gaz carbonique. Elle n'avait tout simplement pas réalisé que de l'effort physique générait une respiration haletante. Le masque à gaz qui équipent nos C.R.S. serait plus adapté.

Alors je continue de courir, en y pensant, et en espérant que ces exercices ne créent pas plus de mal que de bien. Pour l'instant, je suis toujours en vie. C'est plutôt signe de bonne santé, non ?

A perdre haleine.

Rédigé par Christophe Pavillon

Publié dans #la culture entre 2 chaises.

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

David de Namur 04/01/2015 01:43

Bonne année et bonne santée pour 2015.

Je ne pensais pas que vous publiriez trois nouveaux articles aussi rapidement, j'ai ajouté en-dessous les passages qui m'ont vraiment fait plaisir à lire.

(1) "Transhumance", 29 novembre 2014 (j'ai le même sentiment quand je lis certains blogs d'expatriés français en Chine):
J'ai bien essayé de fréquenter un peu plus la diaspora française à Suzhou ..., j'ai plutôt l'impression de croiser de très sympathiques touristes longue durée de passage en Chine, que de véritables insiders ...


(2) "Comme un miroir", 14 décembre 2014:
... tant je suis nauséeux d'entendre les français s'apitoyer sur leur situation ouatée, et gémir dans leur gras, ou d'en croiser qui ont l'indécence de me donner des leçons sur l'importance relative de l'argent, ou bien la gestion de mon stress. Je trouve que ceux-ci sont au mieux naïfs et au pire irresponsables. Je n'aime pas l'argent pour l'argent. Si ça avait été le cas, je serai déjà riche. J'aime l'argent pour la liberté qu'il procure, la liberté, pour moi, de tomber malade et de pouvoir me soigner sans que ma famille ne s'en trouve affamée ; ... En comparaison, et je ne vois pas en quoi j'aurai à rougir de ma sincérité, j'avoue relativiser quand des gens, en France, me disent qu'ils n'ont pas les moyens de partir en week-end. Et, bien pire, je fulmine, et doit pourtant me résigner, quand je fais face à l'incompréhension des abrutis qui ne voient dans mon attitude fonceuse et bosseuse qu'une insatiable rapacité à vouloir m'enrichir ...

(3) "Comme un miroir", 14 décembre 2014 :
Pour autant, il est chinois, et de facto, il peut être enclin à entuber son prochain avec un automatisme consensuel. Cela fait juste partie de us, ici. On compose avec cette gruge multilatérale, qui fait feu de toute part, sans jamais vraiment s'y faire. Parfois, on passe au travers de ce feu croisé. D'autres fois, on en est l'innocente victime, et on culpabilise d'avoir pour une fois baissé sa garde, ou voulu faire confiance. Tantôt, par lassitude, on s'y soumet.

Vos articles sont longs (cela ne me dérange pas), j'imagine que vous les écrivez principalement pour votre famille et vos amis; mais les internautes qui tombent par hasard sur votre blog risque de ne pas les lire jusqu'au bout.

C'est une bonne nouvelle que vous faites du jogging, j'espère que vous deviendrez accroc, je fais aussi de la course à pied depuis deux ans. Le taichi est également intéressant, ce n'est pas un sport réservé aux personnes âgées, cela demande une très grande concentration qui permet à la fois de relaxer l'esprit à la fin d'une forme.

Christophe Pavillon 12/01/2015 23:49

Bonjour David,

Je n'ai jamais compris si vous écriviez de Namur en Belgique, ou bien si vous étiez de souche aristocratique. Le suspense est intenable, et nonobstant le plaisir renouvelé à prendre connaissance de vos commentaires, qui sont donc toujours les bienvenus, cette interrogation réitérée me ronge.

Mais bonne année et bonne santé tout de même, que vous soyez wallon ou vicomte, voire peut-être même les deux. Votre fidélité, je dois le concéder, me rend heureux.

J'ai bien pris note de votre best off sur les trois derniers articles. En fait je me relis assez peu après publication. Pour moi, une fois que l'article est en ligne, son existence est terminée. La balle est dans le camp du lecteur, qui en fait bien ce qu'il veut. Me replonger dedans représente peu, voire pas d'intérêt. Je devrais pourtant le faire quelques jours après publication, et ce pour une seule raison : corriger les fautes de syntaxe que mes relectures répétées et lassées au préalable de la publication ont du laisser en plan.

Tiens, c'est une bonne question, pour qui écris-je ? Force est de constater que même si le besoin d'écrire m'est aussi incompressible que celui de respirer, c'est un effort, parfois pesant, sans véritable autre récompense que celui d'avoir achevé un article (et celui, aussi, de voir de sympathiques commentateurs réagir. Car j'ai peu de cons parmi les commentateurs. Et de toutes façons ces cons-là commentent pendant peu de temps tant je les envoie bouler avec une brutalité véloce).

Je n'écris pas pour la famille ni pour les amis, c'est certain. S'ils constituaient la destination finale, je le ferais en privé. Et je serai aussi certainement moins direct, ou bien parlerais des petits problèmes des enfants ou de notre quotidien banal, plutôt que rédiger de longues psychothérapies. Et puis, exception faite de ma mère, qui reste rivée sur mes articles à la seule fin de s'assurer que je suis en bonne santé, famille et amis ne me lisent pas. Je ne les blâme pas. Si j'ai envie de passer du temps avec eux, je vais aller les voir. Et je n'irais pas me connecter sur leur blog pour voir s'ils sont toujours vivants.

C'est que je dois écrire pour moi, alors. Comme je suis un vétéran de l'inquiétude, l'objectif doit être de me rassurer, et bien évidemment, tout en faisant mon intéressant, si possible devant un parterre d'inconnus. L'anonymat des lecteurs désinhibe l'écriture. Et encore, pour des choses très intimes, je ne dis pas tout, alors que ça me brule pourtant le clavier. Mais bon j'ai une famille à nourrir. Je suppute que certains clients me lisent. Je ne peux donc pas être honnête intellectuellement à 100%, même si cela reste une direction maitresse.

Et puis venir m'installer en Chine a été la concrétisation d'un rêve. Sans que le rêve ne tourne aucunement au cauchemar, le paradis idéalement envisagé, sans se transformer en enfer, n'en reste pas moins un purgatoire parfois difficilement supportable. Mais c'est de ma faute : j'ai été bien naïf dans l'idée que j'avais du pays, et c'est aussi pour lutter contre l'appréciation fausse que les occidentaux ont d'un quotidien chinois que j'écris. Cette expérience, aussi déstructurante qu'elle puisse être, est une aubaine pour un bonhomme aussi lambda que ma personne. Je lis tellement d'incohérence sur la Chine dans les médias, et j'entends aussi tellement sortir de la bouche de rêveurs qui n'ont en tête que l'image qu'ils ont voulu créer de l'Empire du Milieu. Pour certains le pays est diabolique, pour d'autres il est paradisiaque. La Chine et les chinois ne valent pas mieux que n'importe quelle culture, mais ils ne valent pas moins non plus. Il n'y a pas en Chine les mêmes problèmes et préoccupations qu'en France. Mais la Chine a malgré tout elle aussi ses difficultés.

Par ailleurs, la Chine traverse une période de transition historique. C'est fantastique d'avoir la chance d'en être témoin. Dès lors j'estime, même si c'est certainement futile, avoir une sorte de devoir de relater mon expérience d'expatriation, dans cette conjoncture tout à fait particulière. C'est une sorte de passage de relais, certes narcissique, pour les générations à venir. La Chine me fascine, je m'y suis habitué, pour autant elle ne me passionne pas. Et je dois donc bémoliser le narcissisme de la démarche : si l'objectif du blog était de servir de mon ego, j'y parlerais nettement moins de mon ressenti en Chine, et beaucoup plus de cinéma, qui reste mon éternelle passion. D'ailleurs je prépare quelques articles sur la question, mais j'ai peur qu'ils barbent : mon lectorat suit le blog du fait d'un intérêt sinophile, pas d'un intérêt cinéphile. Mes délires pelliculaires risquent de les ennuyer fortement. Pourtant ça mérite une tentative, et je suis sur le point de finaliser un article de 24 pages sur la question (mon plus long, mais il est sécable, comme l'aspirine nécessaire à sa lecture).

Justement, pour ce qui est de la longueur, je ne fixe pas de limite. Plus j'avance dans le blog, plus les articles deviennent longs. Actuellement en moyenne j'atteins généralement une douzaine de pages sous Word en typo taille 12. Une douzaine de pages, cela ne fait guère que la taille d'une nouvelle brève. Ce qui m'importe c'est d'avoir écris tout ce que j'avais à écrire. Je ne fais pas dans le consommable, dans le buzz furtif, tel que l'internet l'exige avec brièveté. Après on me lit où on ne me lit pas.... L'intérêt réside dans l'aboutissement d'un article qui me parait complet, sans complaisance vis-à-vis de qui que ce soit, ni même de moi-même.

J'aime bien les gens. Enfin je crois. Je les trouve, et je m'inclus volontiers, d'une complexité futile et tordue. Ils paraissent tous, et pourtant ne dupent personne. Je trouve que la nature humaine, dans sa médiocrité, explique tout, que nous n'avons que le monde que nous méritons, même si nous nous en plaignons. Je trouve les apôtres de la gentillesse, de la tolérance, de la paix et de l'amour d'une naïveté infantile qui frise la trisomie. Le monde n'est que chaos, et c'est encore plus marqué quand on a le cul entre deux cultures. Si j'avais tort, il y aurait la paix partout, et pas la guerre. Et plutôt que de se replacer, orgueilleusement, et sous des prétextes humanistes, au coeur de l'univers, il me parait plus judicieux de prendre conscience de la méprisable petitesse médiocre de ce qui fait que l'Homme est Homme. Nous ne sommes que des animaux prétentieux, empreints d'une supériorité larmoyante, qui se battent pour de vagues raisons absconses, alors que les animaux, eux, le font juste pour bouffer à leur faim. Dieu que nous sommes pitoyables. Dans ce contexte, on ne peut que vouloir détailler et railler nos propres défauts, avec, malgré tout, une certaine affection pour soi et son prochain... Et ce niveau de détail-là, on ne l'obtient pas en un paragraphe.

Si d'aventure vous passez à Suzhou, je vous inviterai volontiers à un petit jogging dans le parc que mon footing fréquente. Histoire de palier à cette sportivité dérisoire au su du taux de pollution, nous irions ensuite boire une bière en refaisant le monde. Peut-être même que j'y trouverai derrière matière à un article. En fait c'est peut-être aussi un peu pour vous que j'écris, car je sais, grâce à vous, que je suis lu.

Merci de votre fidélité.

Christophe.

Silouane 03/01/2015 14:36

Courir permet de découvrir la Chine différemment et c'est vrai que les spectacles sont parfois désarçonnants. Pour la perte de poids, ou plutôt de graisse, tout tient dans les repas équilibrés, le sport ne contribue qu'à 10 à 20%.
Reçu ce matin dans ma boîte aux lettres :


La Lettre Santé Nature Innovation par Jean-Marc Dupuis
est un service d'information gratuit sur la santé, la nutrition et le bien-être. Pour vous inscrire, rendez-vous ici.

Pour ne plus recevoir nos messages, rendez-vous ici.

Le piège des calories

Chère lectrice, cher lecteur,

Compenser ses excès alimentaires en faisant du sport, c'est impossible.

Notre corps est une machine ultra efficace, ne consommant qu'une énergie dérisoire pour bouger et faire des efforts physiques. Les voitures hybrides, les Prius, et même les Tesla, à côté, c'est de la gnognotte [1].

Avez-vous déjà pratiqué l'aviron, cher lecteur ?

Accroupi dans un bateau minuscule, vous devez pousser avec vos jambes puis tirer avec vos bras comme un fou pour ramener vers vous une (ou deux) énormes rames, tel un condamné aux galères. C'est un noble sport, la sensation de glisse peut être jubilatoire, mais c'est épuisant.

À la fin d'une course qui ne dure que quelques minutes, il n'est pas rare de voir les rameurs vomir toutes leurs entrailles (cela m'est arrivé personnellement !). Leurs muscles sont vidés, leurs membres tremblants, leur souffle court, leurs mains sanglantes, la sueur dégoulinante.

Et pourtant, savez-vous combien de calories il est possible de brûler en une heure entière d'aviron intensif, une prouesse sportive dont peu sont capables ? Selon votre poids (plus on est lourd, plus on consomme de calories), de 550 à 650 calories seulement, l'équivalent d'un simple… cheeseburger.

Mais il y a pire (bien pire) !

La tragique richesse calorique des boissons

Toute la presse en a parlé ces derniers jours [2]. Selon une étude anglaise qui vient de sortir [3] :

Une simple pinte de bière contient 180 calories : il faudrait faire une demi-heure d'aérobic intensif pour les brûler.

Si vous gravissez une pente raide, en montagne, sous le cagnard, les épaules chargées d'un lourd sac à dos, vous ne brûlez que 300 calories par heure, l'équivalent de 2 pastis.

Même une activité aussi fatigante qu'extraire du charbon du fond d'une mine ne vous fera brûler que 350 calories à l’heure, à peine plus que 2 canettes de Coca (139 calories chacune).

Et si vous souhaitez perdre 1 kilogramme de graisse corporelle, il vous faudra brûler… 8000 calories.

Je vous laisse faire le calcul. Cela représente, au choix :

23 heures de travail au fond de la mine,

17 heures de corde à sauter

10 heures de course à pied en montant des escaliers.

Cela bien sûr sans manger quoi que ce soit, sinon vous rattrapez directement les calories brûlées.

Moins manger, plus efficace pour maigrir que de faire du sport

Vous avez compris le principe :

Autant la nourriture apporte facilement des calories, autant l'activité physique en consomme peu.

Car que représente un simple plat préparé aussi petit et peu nourrissant que, par exemple, une aiguillette de poulet sauce moutarde de marque Marie (portion individuelle) ?

Boum, 490 calories.

Un minipaquet de 100 g de cacahuètes grillées salées ?

Re-boum, 630 calories !

Une toute petite barre de chocolat Côte d'Or, à peine de quoi combler le creux de 10 heures…

BOUM : 125 calories !!

Tout cela peut sembler désespérant mais il faut voir le bon côté des choses.

Voir le bon côté des choses

Nous avons été conçus pour exploiter au mieux les ressources alimentaires de la nature. Survivre le plus longtemps possible, avec le moins possible, en milieu hostile… Quelques baies, une racine, un insecte, une limace, un mollusque par ci par là tandis que bat la pluie et souffle le blizzard.

Être capable de courser pendant des heures des animaux, à travers les ravins et les monts, jusqu'à ce que ceux-ci tombent d'épuisement et se laissent attraper.

Porter sur notre dos des enfants, des tentes, et tout le matériel nécessaire à la vie nomade, à l'époque où Décathlon n'existait pas, ni les nouveaux textiles ultralégers. De pesantes peaux, fourrures, et lourds morceaux de bois, des pierres même, taillées comme armes et comme outils.

La conséquence, évidemment, est que le confort moderne, les métiers de bureau, et bien sûr la nourriture surabondante font grossir nombre d'entre nous. Le surpoids et l'obésité apportent leur cortège de complications, à commencer par le diabète et l'arthrose.

La solution prioritaire et quasiment unique : manger moins. Faire de l'exercice physique reste évidemment vivement conseillé, pour ne pas dire obligatoire, mais il ne faut pas se faire d'illusions. Dans cette démarche, diminuer la nourriture et surtout les boissons sucrées et alcoolisées jouera à 80-90 %, le sport à 10-20 % maximum.

Travailler sur le sens de la vie

Evidemment, ce n'est pas facile de se priver de nourriture, c'est même presque impossible car la nourriture nous tient en vie physiquement et affectivement.

En effet, bien souvent nous mangeons parce que le monde est dur et que manger est un moyen simple et immédiat de se procurer un petit plaisir.

« Je me sens mal, mais avec ce paquet de chips au goût irrésistible ça ira mieux, au moins le temps que je le mange. »

« Je suis malheureux mais avec une bonne cuillère de Nutella dans la bouche, ça va passer un instant. »

« Je suis stressé, je me fourre un bonbon dans la bouche. »

« Je m'ennuie, je vais voir s'il n'y a pas quelque chose de bon à grignoter. »

Etc, etc.

Dans ces conditions, se fixer simplement comme but de manger moins de calories ne mène à rien. La tentation sera toujours plus forte. (la suite ci-dessous)

Annonce spéciale
La beauté, signe extérieur de santé

La beauté n'a pas d'âge ! Il est légitime de vous préoccuper de votre apparence physique, et il est très exagéré de dire qu'il n'y a jamais rien à faire. Mais la chirurgie et les opérations coûtent cher, sont dangereuses, et les résultats peuvent être désastreux (un exemple ici).

En réalité, l'aspect de votre visage, la texture de votre peau, vos cheveux, vos ongles et même votre sourire (état des lèvres, dents, gencives) sont fortement influencés par votre état de santé.

Notre visage reflète notre personnalité tout autant que nos carences nutritionnelles. Ainsi, une peau sèche et pelliculeuse est généralement due à un manque d’acides gras oméga 6.

​Continuez votre lecture ici.
Suite de la lettre de ce jour :
Réorganiser sa vie

Pour attaquer le mal à la racine, il faut réorganiser sa vie, sur un plan pratique et concret, pour se sentir mieux, plus heureux, plus détendu, moins s'ennuyer, moins angoisser.

C'est alors que le « problème » de la nourriture n'en est plus un. À partir du moment où l'on n’a plus besoin de la béquille de la nourriture pour affronter la vie, il devient plus facile de ne manger que ce dont notre corps a réellement besoin pour fonctionner. Et manger redeviendra en prime un vrai plaisir, parce que cela ne sera plus associé à une notion de culpabilité.

Les fidèles lecteurs de Santé Nature Innovation connaissent mes « recettes », qui n'ont rien de miraculeux malheureusement.

C'est toute une réflexion sur « pourquoi je vis » et « pour quoi je vis » qu'il faut mener. Reprendre, parfois à zéro, des mauvais choix professionnels, éducatifs, conjugaux, familiaux, qui ont été faits.

Déménager dans un endroit plus calme, plus ensoleillé, moins pollué. Changer de métier au risque de gagner moins dans un premier temps. Mais si vous trouvez un métier qui vous rend plus heureux, il est aussi probable que vous aurez plus de succès et que la rémunération suivra. S'occuper mieux, et autrement, de son conjoint, de ses enfants. Prendre plus de temps pour ses amis, ses voisins…

Et peu à peu, au fur et à mesure que la vie « reprend son sens », insensiblement, on se met à manger moins, plus sain et, miraculeusement, on se rapproche de son poids normal…

C'est du moins ce qu'on peut espérer, ce que je souhaite, du fond du cœur, à toutes les personnes qui ont un problème avec la nourriture, même si je sais, encore une fois, qu'il n'existe malheureusement pas de recette miracle.

À votre santé !

Jean-Marc Dupuis

Christophe Pavillon 12/01/2015 23:53

On se retrouve après cette page de publicité.

Samuel 29/12/2014 12:33

Superbe, la dernière photo ! J'aime aussi celle des murailles, et bien que ce soit du reconstitué, ça a de la classe quand même.

Petite correction : l'article précédent n'était pas chiant du tout, disons juste que c'était simplement la reprise et la continuité du précédent. J'y ai adoré les photos de tes mignons enfants, et certaines réflexions, comme sur l'argent par exemple. Au fait : pour la directrice d'école, probablement les 90 euros de parfum (environ 900 kuai) sont le correspondant de la part perso d'argent qu'elle s'était allouée sur les 3000 kuai, soit 1/3. Donc elle est d'accord pour vous rembourser la somme du moment que son détournement financier perso n'est pas inquiété à l'arrivée, en usant d'un autre biais. Lamentable...

Bravo pour les cartes de visite, elles sont inventives et vous faites très "pros" sur les photos :) Mais c'est vrai que je suis un peu étonné par la réaction de Caili. C'est frappant de voir comme certains schémas superstitieux peuvent transcender les générations et l'afflux des technologies. Du peu que je connais les mentalités chinoises pour le moment, je suis parfois surpris de constater chez beaucoup de Chinois un mélange - apparemment - paradoxal de matérialisme profond mêlé de superstitions farouchement arrimées.

Perso, je ne me reconnais dans aucun de ces extrêmes. Je crois qu'il faut d'une manière générale opérer cet exercice complexe de savoir faire parler la raison (mais qu'Est-ce qu'il faut exactement définir comme "la raison" ? Et où, dans cette définition, commence et s'arrête la part de rationalité authentique de la part de conditionnement matérialisme et parfois même de cartésianisme obscurantiste que l'éducation et la société ont pu en quelque sorte "programmer" en nous, et qui conditionne notre approche du réel ? Où commence et s'arrête notre réelle liberté de pensée là-dedans ?), tout en restant ouverts et humbles face aux mystères de la vie.

Je dis les mystères de la vie car en réalité notre société cartésienne (ou qui se prétend telle, car souvent il ne s'agit que d'une paresse intellectuelle ou d'une peur de l'inconnu, de ce qu'on ne maîtrise pas dans les phénomènes de la vie ; pour un humain d'il y a 500 ans, utiliser un téléphone portable, regarder dans une télévision des humains nous parler etc auraient été considérés comme du paranormal, de la sorcellerie... or aujourd'hui nous avons les moyens d'expliquer tous ces phénomènes ; et donc, le "paranormal" d'aujourd'hui n'est-il pas aussi le "normal" de demain, du futur, dans une vision de l'univers qui sera totalement élargie par rapport à nos petites prétentions et capacités d'analyse actuelles ?... Mais pour l'instant, souvent, on préfère maquiller sa peur de l'inconnu par un rejet immédiat du non compréhensible et la mise au placard facile des phénomènes incompréhensibles avec l'étiquette "impossible !", tout ça en prenant un petit air supérieur d'esprit prétendument cartésien pour se donner de l'importance), notre société prétendument et auto-proclamée "cartésienne" est toujours totalement incapable d'expliquer le mystère de la vie, de son origine, et plein de choses qui nous entourent au quotidien. Sans parler du vertige croissant qui s'empare de la plupart des astrophysiciens et physiciens quantiques, qui plus ils avancent dans leurs connaissances et leurs recherches, plus ils découvrent de vertiges d'inconnus, et même, des prolongements métaphysiques à leur réflexion. Juste pour prendre un minuscule exemple, tu parlais de cette boule d'angoisse au ventre et comment tu avais senti qu'elle quittait ton corps et ta détente immédiate postérieure. Je ne vois là rien d'absurde ou d'irrationnel en soi. Pour les médecins traditionnels chinois, c'est sans doute d'une évidence et d'une banalité absolues, et très facile à expliquer. Je crois qu'on a encore beaucoup de choses à étudier et à comprendre en occident, sur le fonctionnement du corps, les mécanismes de l'énergie, etc...

Pour ce qui est du sport, c'est vrai que peu de Chinois en pratiquent réellement. Et le Qi Gong et le Taijichuan, très en vogue en Occident, ne sont apparemment pratiqués que par les vieilles personnes en Chine, et mal connotés auprès des jeunes. Une copine à qui je demandais l'autre jour si elle faisait du Qi gong m'a répondu surprise : "Mais non, je suis jeune, moi, je ne suis pas une vieille !!".

Christophe Pavillon 13/01/2015 00:18

Salut Samuel,

Ca fait plaisir de te lire à nouveau. Désolé j'ai pris pas mal de retard dans les réponses aux commentaires. C'est autant dommage que stupide : après tout l'interactivité reste à la mode, et c'est tellement sympa d'échanger après des articles aussi barbants. Je sais que tu me diras le contraire, flatteur lecteur.

Heureux que tu apprécies les clichés. Je les ai pris rapidement un après-midi, en vue d'illustrer l'article. J'ai filé dans mon parc à course, univers dans lequel le texte se déroule en somme. Les habitués étaient surpris : j'étais en costume de ville, sans mesure avec mon petit short ras-les-couilles surmonté d'un tee-shirt élimé, habituel attirail du coureur transpirant que je prétends être. Les couleurs sont systématiquement retravaillées. Ma démarche est la suivante : en général, je prends le temps de régler l'appareil pour obtenir, en terme de couleurs et de lumière, des photos qui sont les plus proches possible de la réalité. Derrière par contre, je brise tout cela et étalonne sous photoshop les images comme bon me semble. C'est certes un peu pompeux, et même s'il n'y a pas de message derrière chaque manipulation photographique, il y a une idée derrière le bricolage numérique et le résultat obtenu. Mais tout ceci reste fort léger.

L'obscurantisme me gave. Les superstitions me gavent. Et l'incapacité à éveiller les gens à un rationalisme des plus basiques me gave et me navre. La bêtise inhérente aux croyances d'ordre médiévale est parfois telle qu'elle est impossible à combattre. Et c'est encore plus marqué en Chine qu'en Occident : le pays est resté très traditionnel, et le niveau d'éducation général reste encore trop light. Maintenant j'ai le même constat avec les idéaux culturels, où les consensus sociaux de chaque pays rendent la pensée individuelle inexistante. Malgré qu'on aime se gargarise d'un "je pense que", en fait à l'échelle d'une culture tout le monde pense la même chose, avec un même consensuel idéologique. Nous venons tous d'être témoins d'une abominable semaine en France. Et j'entendais une citoyenne à la télé française dire, tout en pleurant "comment des gens peuvent-ils s'attaquer aussi violement à une vérité aussi universelle que la liberté d'expression ?". Je partage la peine de cette quidam, mais si la liberté d'expression était véritablement universelle, et bien justement ce genre de monstruosité n'arriverait pas. Mais va décrotter le mental de quelqu'un qui n'est jamais sorti de son pays, et il ne comprendra pas, ou bien, comme c'est le mode automatique en France, on passera irrémédiablement pour un facho.

Je ne sais pas si je prendrais le temps de le faire, car j'ai vraiment pas mal de boulot en ce moment, Dieu merci. Mais j'aurai souhaité écrire un article sur ce qui s'est déroulé en France cet hiver, donner certes un sentiment politique sur la préoccupante invasion islamiste hexagonale, mais aussi relativiser les réactions d'un point de vue purement culturel. Et puis aussi dire à quel point, malgré que je sois connement assis la culture entre deux chaises, je me suis senti plus français que jamais face à cette adversité aux quels mes compatriotes ont été confrontés. Je ne promets pas de le faire... A chaud l'article aurait été plus sexy. Je verrais bien. Pour l'instant je rentre de France depuis 24 heures. Et je penses surtout à me mettre à jour professionnellement tout en me remettant du décalage horaire.

Allez, à plus l'ami Samuel.

Christophe.